Sylvothérapie et Qigong des arbres

par Georges Charles

Le 28 février 2020 pendant le journal de 20h00 sur France 2 un reportage était consacré à la sylvothérapie (avec ou sans accent !) et celui-ci se situait en France avec une intervenante française et des pratiquants-stagiaires français. Plusieurs reportages sur le « Shirin Yoku » alias « bain de forêt » au Japon avaient déjà été diffusés sur des chaînes thématiques. Mais là nous sortions de l’aspect confidentiel de la chose pour atteindre un plus vaste public. On nous montrait comment les participants « chargeaient » une petite pierre de tous leurs soucis, angoisses, maux divers pour la laisser à l’orée de la forêt. Cela incitait à penser à « la Billebaude » de Henry Vincenot ou à Patrick Burensteinas, notre Alchimiste de service, et ses « pierres de décharge » à l’entrée des cathédrales. Donc, en quelque sorte, à une initiation. Et à un retour au druidisme. Ou au Sushi à la portée du plus grand nombre confectionné dans les grandes surfaces par des Vietnamiens déguisés en Japonais.

 

Posture de l’Arbre – une pratique chinoise plusieurs fois millénaire.

 

Je n’épiloguerai pas sur le simple fait qu’au Japon le Sushi est un art, presque martial, nécessitant pour avoir le label officiel de Sushika (praticien de sushi) trois années d’étude au minimum pendant lesquels l’étudiant n’a pas même le droit de toucher un couteau. Ce qui ne l’empêche pas, évidemment, de s’entraîner chez lui. Cette espèce de CAP lui permet, lorsqu’il l’a obtenu, de travailler sous la férule d’un Maître (Sensei) de cette discipline. Ce n’est qu’au bout de trois années encore qu’il sera autorisé à ouvrir son propre restaurant ou comptoir. C’est un peu autre chose que de couper du saumon d’élevage et de l’étaler sur du riz.

Et il en va de même pour le fameux « Shirin Yoku » (le « Bain de Forêt ») qui nécessite également un apprentissage généralement réalisé dans le cadre d’un Monastère Shintoïste. C’est dévoiler un secret de Polichinelle que d’affirmer qu’il existe une très forte similitude, voire une sacrée parenté, entre le Shintoïsme japonais et le Taoïsme chinois. Shinto, qui se lit Shen Dao en chinois, signifie simplement « Voie (Do) des Esprits (Shen) ». On traduit généralement cela par « Voie des Divinités » ce qui est excessif car un Esprit, fut-il « Brillant, lumineux et bienfaisant » n’est pas un Dieu. Loin s’en faut. Les Japonais, même assez incultes, ne sont pas idiots et ne divinisent pas un arbre, un rocher ou une chute d’eau. Ils considèrent, par contre, qu’ils ont un « Esprit » bienveillant et utile qu’il convient de respecter. Ce faisant les « Kami » leurs sont favorables. Les Kami ce sont justement les « Esprits » qui animent ces forces de la nature. Ka représente le Feu et Mi représente l’Eau. Les Kami(s) se sont simplement les « forces-esprits » de la nature. Kamikase signifie alors le Vent (Kase) donc l’énergie en mouvement (Ki) qui apporte la protection de l’Eau et du Feu. Tant que l’on respecte la nature. Si on ne respecte pas la nature en ne cessant de l’agresser, ces vents deviennent alors destructeurs par le Feu et par l’Eau. L’aspect protection-destruction est toujours à prendre en compte.

Depuis des millénaires, en Chine, les sages ont toujours eu des affinités avec les arbres. La tradition chinoise classique en atteste. C’est ce qui sera développé dans les prochains articles. Cela dépasse d’ailleurs la Chine puisque le Bouddha, lui-même, trouva l’Illumination sous un arbre qui, même en latin, conserve la mémoire de ce fait. Cet arbre se nomme Ficus religiosa, ou figuier « religieux ».

En Chine ce fut aussi le cas de Bodhidharma (Daruma au Japon) qui fut, selon la tradition, son vingt-huitième descendant et successeur. Il faut noter au passage que le Bouddha Sakyamuni a été sanctifié par l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine sous le nom de Saint Josaphat (Légende Dorée du Bienheureux Jacques de Voragine). C’est un fait.

En Chine il existe donc une pratique millénaire qui a pour nom actuel Ding Shu Gong ou Ding Shu Daoyin Qigong. Littéralement « échanger son énergie avec les arbres » ce que l’on traduit généralement par « Qigong de l’arbre » ou « Qigong des arbres ». Ding signifie simplement « s’appuyer ou établir un contact) (Ricci 4972) et Shu signifie « arbre » (Ricci 4443). Daoyin indique un rapport avec Dao, donc le « daoïsme » (Taoïsme) et Qigong une « pratique énergétique ».

Cette pratique entre de fait dans ce que l’on nomme le « Yang Sheng Fa » donc les « pratiques d’entretien de la (longue) vie » qui ont simplement pour but d’harmoniser l’Etre Humain dans son environnement, dans la nature et au sein de Dao (Tao). Pour les Taoïstes l’univers n’est qu’une zone indéfinissable entre le Cosmos et Dao. « Une chiure de mouche sur la sandale du Bouddha » affirme-t-on dans le Chan (la vision chinoise du Zen japonais). Ce qui remet les choses à leur juste place.

 

Les « choses à leur place » (Zheng Ming) : « Le bon sens ».

  1. / Baihui – Les Multiples Réunions (mise en relation avec le faîte de l’arbre) et le Haut du Chef pour le Blason)
  2. / Yin Tang – Le Palais du Silence (mise en relation avec la frondaison de l’arbre) et le Lieu du Chef pour le Blason
  3. / Tian Tu – Pertuis Céleste (mis en relation avec les premières branches et le Lieu d’Honneur pour le Blason).
  4. / Zhong Ting – Pavillon Central (mis en relation avec le tronc et le Cœur ou Abyme pour le Blason).
  5. / Qi Hai – Océan su Souffle (mis en relation avec la souche et le Ventre pour le Blason)
  6. / Hui Yin – Réunion du Yin (mis en relation avec les racines et la Pointe pour le Blason).

Hui Yin et la Pointe, donc les racines, correspondent au l’Elément Métal (Jin) mais aussi le minéral.

Qi Hai et le Ventre, donc la souche correspondent à l’Elément Eau mais aussi le liquide (Jing) et mouvement de l’énergie.

Zhong Ting et le Cœur ou Abyme, donc le tronc (de l’homme et de l’arbre) correspond à l’Elément Bois mais aussi avec le relationnel, le sensationnel.

Tian Tu et le Lieu d’Honneur correspond à l’Elément Feu mais aussi avec l’intentionnel (le Yi)

Yin Tang et le Lieu du Chef correspond à l’Elément Terre (la Production) mais aussi avec le spirituel (Shen).

Bai Hui et le Haut du Chef correspond à la Réunion (Hui) des Cinq Eléments et correspond au Ciel (Tian).

Mais il y a ce qui est « en deçà » (plus profond que les racines) et ce qui est « au-delà »(plus élevé que le Ciel. Ce qui s’exprime dans l’adage taoïste « Avant il y a déjà quelque chose, Après il y a autre chose encore ».

Le Blason, l’arbre et la pratique du Ding Shu Gong

Les différentes parties symboliques du Blason situées sur son axe central sont également au nombre de six. Tout en haut le « Haut du Chef »qui sur un casque correspond au cimier. Dans la « joute courtoise » il est interdit de le frapper d’estoc à la lance car cela peut tuer en « rompant le col ». En dessous vient le « Lieu du Chef » (qui correspond au « Chef-Lieu)Sur un casque il se situe au niveau du « Regard » donc au niveau des yeux ou de la fente qui permet de voir. Il est également interdit à la frappe d’estoc. Le 30 juin 1559 le Roi Henry II est mortellement blessé par Gabriel de Montgomery, le Chef de sa Garde Ecossaise qui le blesse mortellement en le chargeant avec une lance cassée en biseau. La lance s’enfonce dans l’oeil du roi et il décédera au bout de dix jours d’une intolérable souffrance. A l’époque les régicides étaient punis de nombreux supplices (comme Ravaillac par le suite !). mais Montgomery est tout juste incarcéré à la Bastille où il même grand train et reçoit ses amis et ses amies. Il est rapidement libéré et retourne en Ecosse où il mène également grand train. En dessous le « Lieu d’Honneur » qui se situe au niveau de la gorge. C’est là où l’on suspend les décorations comme l’Ordre de Saint Louis ancêtre de la Légion d’Honneur. C’est la liaison entre le gorgerin et le corset. Et un lieu également très vulnérable. Vient le « Coeur ou Abyme » qui se situe au milieu du Blason, en son centre. Et donc au milieu de la cuirasse. Un choc d’estoc produit l’effet d’un massage cardiaque inversé !. Puis vient le « Ventre » qui de situe à la jonction de la cuirasse et de la « pansière », également un point très dangereux en cas de choc. Le Ventre est symboliquement le lieu de la force, le coeur étant celui du courage, de la « bravoure chevaleresque ». On disait alors qu’il fallait « avoir du Coeur au Ventre ». Enfin vient la « Pointe » qui, symboliquement est la virilité du chevalier. Il faut qu’un blason ait une pointe sinon cela laisse un doute quant à cette virilité. La question rituelle en cas de « manque de pointe » était « Etes-vous papillon ou libellule ? ». Il est évidement qu’à cheval seul l’arçon de la selle protège cette partie qu’on ne peut pas « mettre en boite ». Mais c’est, évidemment, un point vital essentiel…Même en armure !  Cette digression permet de mieux comprendre que la dimension symbolique est tout simplement « universelle » si ce terme n’avait pas été galvaudé ces derniers temps !  Ajoutons enfin que les blasons des villes ou des régions sinon des pays ne comportent pas de « pointe » car ils ne sont pas destinés à se reproduire. Pour les Dames il était inconvenant de « parler d’écu » (avec l’accent béarnais de Henry IV expert en la matière) les blasons étaient donc ovales ou en losange.

Concernant le « Qigong de l’arbre » il est question de pratique énergétique donc de bien-être et de santé dans l’harmonisation de l’énergie vitale. Ce qui doit permettre d’écarter la maladie. Ou de faire en sorte que celle-ci ait le moins d’influence possible. C’est ce qui fait toute la différence car il n’est pas question de thérapie, donc de traitement. On utilise cette pratique pour échapper non seulement à la maladie mais également au traitement de la maladie. Dans la conception chinoise classique le terme « sylvothérapie » pose donc un problème de compréhension car il est question ici  de soigner, de soin, de thérapeutique, donc de maladie alors que dans le Ding Shu Gong il est simplement question d’éviter celle-ci en renforçant les défenses énergétiques et immunitaires du corps et de l’esprit. On ne traite pas, on ne soigne pas, on prévient, on anticipe. Et surtout on éveille l’esprit. Tout en respectant la nature donc la forêt (sylve) et l’arbre font partie au même titre que l’Etre Humain (Ren).

 

Méditation taoïste – Adossé à l’Arbre on embrasse la Vallée ». (XIeme siècle). 

Et il ne s’agit pas de « prendre » comme on prend une potion, un médicament, un remède mais d’échanger et d’établir simplement (jadis les simples étaient les plantes que l’on utilisait en médecine, en cuisine, en décoration) « Respect (entraide ) et Prospérité Mutuelle » (Jita Kyoei) et « utilisation efficace (rationnelle) de l’énergie (Seiryoku Zen’Yo) comme le précisait le Maître Kano Jigoro dans sa «Métaphore scientifique du Judo».

 

Retrouvez quelques articles de Georges Charles à ce sujet :

Le Qigong des Arbres : Reportage sur les pratiques printannières en Mandchourie et le DING SHU GONG : le qigong avec les arbres. Par Yohan Radomski
http://tao-yin.fr/le-qigong-des-arbres

L’arbre dans la tradition chinoise Difficile d’embrasser l’arbre sans parler de l’arbre ! Et plus encore sans aimer l’arbre ! L’arbre est omniprésent dans la tradition chinoise.
http://tao-yin.fr/arbre-et-tradition

La Posture de l’arbre « Embrasser le Ciel en enlaçant un arbre » Retrouver le souffle originel
http://tao-yin.fr/la-posture-de-l-arbre

Arbre et méditation La méditation avec l’arbre ou sur l’arbre ou sous un arbre est un classique de la tradition taoïste chinoise.
http://tao-yin.fr/arbre-et-meditation

Le cueilleur d’arbres En prime un beau reportage sur un drôle de bonhomme qui vit avec les arbres !
https://www.youtube.com/watch?v=yCz3AmR4tMU

Posture « Embrasser un arbre » avec Georges Charles

Un dernier conseil pour cette pratique millénaire : « La tolérance des vertueux s’accompagne toujours de leur rectitude »  Shang Daoren (743 826) Calligraphie de Shi Bo Editions du Désastre 21, rue Visconti 75006 PARIS. La tolérance est à prendre au sens de la bienveillance (Ren). Sans rectitude la bienveillance n’est qu’illusoire.