Calendriers Énergétiques Traditionnels

taiji-saisons_2Par Georges et Martine Charles. Il s’agit d’un calendrier lunaire créé par Ming Yi et King Fan, deux éminents taoïstes vivant sous la Dynastie Qin (221 – 207 Av. J.C.) qui consignèrent leurs travaux dans le “Yiwei Qilan Tu”.

Ce traité précisait que les soixante quatre hexagrammes sont mis en relation et répartis sur les 365 jours 1/4 de l’année.

Ainsi les figures symboliques du Yijing (Yi King ou I Ching) échappent à la manipulation des baguettes ou des sapèques et à la simple “devination” spéculative. Chaque période est ainsi présidée par un hexagramme particulier qui correspond à une énergie spécifique : la chaleur, la froidure, la sécheresse et la pluie se succèdent au cours des diverses périodes de l’année suivant une organisation quasi mathématique et rigoureuse.

Suivant le texte originel :

“La méthode de King Fan consiste à observer le vent, les nuages, la pluie, le gel, le froid, le frais, le tiède, le chaud, le sec, l’humide, le plein, le vide, ceci en relation directe avec le caractère propre à chaque période saisonnière et à chaque hexagramme pour en déduire le faste et le néfaste, le favorable et le défavorable, le propice et le déconseillé, le productif et l’inutile…”.

Un proverbe chinois résume ce principe :

“Pour celui qui travaille la terre, le beau temps c’est le temps qui change souvent ” .

 

La Duchesse de Dai :

mawangdui_duchesseReconstitution de la Duchesse de Dai – Musée de Mawangdui  Pour en savoir plus sur la Duchesse de Dai : cliquer ici

L’un de ces calendriers fut retrouvé dans les documents présents dans la tombe N°3 de Mawangdui (Ma Wang Tui) qui contenait la dépouille de la Duchesse de Dai, femme du Premier Ministre du Roi de Tchin inhumée entre 198 et 194 Av. J.C.

La bibliothèque personnelle qui accompagnait dans le tombeau, à sa demande, la Duchesse de Dai comprenait deux versions du Yijing (Yi King ou I Ching, le “Livre des Mutations”), un traité sur la morpho-psychologie des chevaux, un traité sur les nuages, un traité sur l’art de la chambre à coucher, un traité sur la gymnastique taoïste (Daoyin Tu ou Tao-Yin Tu), divers ouvrages philosophiques ainsi que des documents comme ce fameux calendrier. Celle-ci était donc très versée dans une conception très globale, sinon holistique, de l’existence. Elle était également accompagnée de divers objets personnels dont son intendant avait précisé qu’elle avait souhaité être entourée puisque provenant des meilleurs artisans de la province.

La beauté et la simplicité de ces objets ne permirent aucune critique, habituelle, de ceux qui ouvrirent le tombeau. Le corps de la Duchesse était parfaitement conservé et baignait dans un liquide contenu dans le dernier des trois cercueils qui, lui-même, était recouvert de la fameuse Bannière de Mawangdui décrite et commentée par le regretté Père Larre S.J. et Élisabeth Rochat de la Vallée de l’Institut Ricci. Toute une pharmacopée traditionnelle était également présente. Dans un couffin portant la mention “cornes de rhinocéros” l’intendant avait laissé cette note :

“La Duchesse m’a prié de remplacer les habituelles cornes de rhinocéros par des reproductions en bois car elle trouve inconvenant de prétendre soigner des maladies vulgaires avec l’attribut d’un aussi noble animal”.

Sans commentaire.

Ce calendrier fut, pendant plus de deux millénaires, réservé à la publication impériale qui en conservait le monopole de la distribution et de la vente.

Avec les billets de banque et certaines ordonnances pharmaceutiques il fut imprimé en grand nombre dès le XIeme siècle (cf. J. Needham de l’Université de Cambridge et “Quand la Chine nous précédait” de KG Temple aux Editions Bordas). Cette édition sur papier de riz ou de soie précède donc l’ “invention” occidentale de Guttenberg de plusieurs siècles. Mais il en est de même pour la poudre à canon, la boussole, la vaccination, la circulation sanguine, le gouvernail, l’étrier et le harnais, la découverte du vent solaire, la géobiologie, l’extraction de l’or du minerais grâce au mercure. Et des pratiques de santé.

Mais cela est difficile à admettre, les Chinois n’étant ni considérés comme des scientifiques ou des cartésiens. Ce calendrier luni-solaire était donc utilisé dans tout l’empire pour fixer les périodes favorables ou défavorables aux activités humaines.
Il concernait donc tant la médecine classique (acupuncture, diétothérapie, massages, manipulations, moxibustion) que les travaux des champs.

Chaque corps de métier possédait donc les clés de son utilisation. Il fut amplement simplifié lors de la prise de pouvoir par les Mandchous (Qing) puis à l’événement de la République (1911) pour disparaître progressivement au profit de l’agriculture intensive, exclusivement basée sur les engrais, et d’une médecine occidentalisée symptomatique, anale, buccale et intraveineuse. Quelques acupuncteurs encore soucieux de respecter les préceptes de l’Empereur Jaune contenus dans le Neijing Suwen (Canon de la Médecine Interne) l’utilisent néanmoins.

C’est principalement pour eux que nous l’éditons chaque année. Il aurait donc été dommage de le laisser tomber dans l’oubli, d’autant plus qu’il possède une connotation directe avec les Hexagrammes du Yijing qui peuvent, dans ce cas, apporter de précieuses indications à ceux et celles qui savent lire entre les lignes et qui ne considèrent pas cet ouvrage comme un vulgaire moyen de divination, donc de “devination”.

Nous nous sommes donc simplement contentés de le remettre à jour en utilisant un simple calendrier des lunaisons et la méthode décrite par King Fan. Ce faisant nous nous substituons à l’Empereur de Chine, désormais empêché. Et nous lui prions de bien vouloir nous en excuser. Nous lui reverserons les bénéfices de cette opération.

 

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