Hommage officiel à Georges Charles, héros de la Résistance.

Georges Charles 1902-1944 :
un résistant de la première heure

maquis_photogcfflLa dernière photo de Georges Charles FFL prise peu de temps avant son exécution au Fort de Bondues en 1944

Un hommage solennel a été rendu à Georges Charles (1902 1944), résistant fusillé au fort de Bondues, près de Lille, le 16 janvier 1944. Il a été arrêté sur dénonciation lors d’une réunion des responsables de réseaux qui se tenait à Lille le 5 décembre 1944. Le procès verbal indique qu’il était porteur de documents compromettants et de photos de sites de V1 et V2 (Attestation Norbert Fillerin du Réseau Pat O’Leary). Il est jugé toujours à Lille par un tribunal militaire allemand et condamné à mort pour « espionnage et aide aux puissances ennemies ». L’enquête indique qu’il travaillait pour les services secrets britanniques depuis mars 1941. Ce qui a été confirmé, par la suite, par un « certificate of Service » signé de la main même du Field Marshal Montgomery et un courrier des SR britanniques. Il s’avère qu’il avait signé un engagement pour la durée de la guerre auprès du S.I.S. (Secret Intelligence Service).

Parallèlement il travaillait également pour le S.R. Alliance, originellement allié aux Britanniques mais qui rejoint De Gaulle en 1943 ainsi que pour le Réseau d’Evasion « Escape Line » dirigé par le Commodore Pat O’ Leary (Dr Albert Guérisse) et qui avait pour fonction de récupérer les aviateurs alliés tombés en France, de les cacher, souvent de les soigner puis de les convoyer jusqu’en zone libre d’où ils pouvaient rejoindre les Alliés pour reprendre le combat. Dans ce réseau il est directement sous les ordres de Norbert Fillerin, un ami d’avant-guerre, responsable pour tout le Nord de la France.

Il transmet également des informations à un réseau polonais. Précisons ici qu’une partie du Nord de la France, comprenant Boulogne sur Mer et Neufchatel où il réside et opère est rattachée à la Belgique, dirigée par un Gauleiter, et considérée comme « zone rouge interdite ». La ville de Boulogne et ses environs ont été classés comme « Festung » (Forteresse) par Hitler et ne comporte pas moins une garnison de 10 000 militaires allemands. Ce qui complique encore le travail de la résistance en grande partie coupée des réseaux français.

Il est justement chargé des liaisons inter-zones concernant des documents importants, des postes de radio, des ordres en sus de son travail de renseignement. Et il héberge et convoie des aviateurs alliés jusqu’à la limite de la zone libre où il les confie au Dr Cliquet de Vierzon.

Mais à Boulogne sur Mer son travail consiste au renseignement, son métier d’électricien lui permet de se faire embaucher dans des ouvrages côtiers et d’en faire les relevés. Artiste peintre il est également chargé de la décoration de mess des officiers. Ce qui lui permet de prendre connaissance de documents sensibles qu’il transmet aux forces alliées. Il peint, notamment, le chateau et les douves du fort de Boulogne qui est une importante garnison.

img423Le fort de Boulogne et ses douves peint par Georges Charles en 1941. Le passage secret menant des remparts visibles sous le dôme de la Basilique passe sous les arches et mène, sous le pont levis, à l’intérieur du chateau. En plusieurs vues l’itinéraire pour pénétrer dans le château est démontré mieux que ne le feraient des photos. 

Entouré de soldats allemands qui viennent admirer son travail d’artiste il peint l’endroit de ces douves où existe un passage qui permet de rentrer dans le chateau et qui prend naissance sur le rempart, débouche sur une porte dérobée au pied de celui-ci, longe le mur et permet de pénétrer dans le chateau à partir de ces douves qui à l’époque sont envahies de végétation. Le 18 septembre à  la libération de Boulogne, pendant l’Opération « Wellhit »,  le Régiment Québécois de La Chaudière appuyé par des éléments de la Stormont Dundas et du Glengary Highlanders pénétrera de nuit, grâce à ce passage,  dans le chateau et prendra celui-ci par surprise sans qu’un seul coup de feu soit échangé. Les Allemands se rendront sans résistance. Il se rend également deux fois en Afrique du Nord pour transmettre des documents de la plus haute importance.

Ses activités prennent fin lorsqu’il est arrêté à Lille très probablement dans le cadre de l’Opération Fortitude en tant que, suivant la terminologie utilisée par Sun Tzu (Sunzi) dans les « 13 articles de l’Art de la Guerre », agent liquidable. Il est en effet, comme un certain nombre d’agents œuvrant pour les Britanniques, détenteur d’un secret militaire extrêmement important : les alliés débarquerons dans le Pas de Calais fin mai ou début juin 1944. Il lui a été demandé à cet effet de rechercher de nombreux renseignements sur les défenses côtières, sur les régiments en garnison, sur les armes dissimulées. Ce qu’il a fait en prenant le maximum de risques. Sans se douter, évidemment, que le débarquement aurait bien lieu mais en Normandie.

Finalement il sera un de ceux qui « transmettront le virus » et qui inciteront Hitler à considérer le débarquement en Normandie comme un leurre masquant un débarquement de plus grande amplitude. Ce qui permettra aux Alliés de gagner un temps précieux tandis qu’une important partie de l’armée allemande qui aurait pu contre-attaquer immédiatement restera bloquée, sur ordre de Hitler, dans le Pas de Calais, notamment des divisions blindées équipées de chars Tigre.

L’action de résistance de Georges Charles sera reconnue, notamment par les Alliés. Le Président US Dwight D. Eisenhower, le Field Marshal B. Montgomery, le Général George Marshall conseiller militaire de Roosevelt le remercieront personnellement à titre posthume. En France il sera cité à l’ordre de la Nation par le Général de Gaulle qui lui décernera une croix de guerre avec deux palmes, la Médaille Militaire et la Croix de la Résistance. Les Britanniques le décoreront de la George Cross et de la King’s Medal for courage. Il recevra des attestations officielles de la part de Marie-Madeleine Méric-Fourcade, du Réseau Alliance et de Norbert Fillerin du Réseau Pat O’Leary.

Puis il sera quelque peu oublié si on excepte le Musée de la Résistance du Fort de Bondues. A Boulogne sur Mer, si on excepte son nom sur le Beffroi, Place de la Résistance et sa tombe, au Cimetière de l’Ouest,  portant mention « Mort pour le France », rien n’a été fait pour honorer sa mémoire que de déplacer son nom sur la plaque apposée peu de temps après la libération. De premier de la liste il est passé alphabétiquement en dessous comme pour le remettre à sa place.

Il est vrai qu’il avait principalement travaillé pour les Britanniques et qu’avec Norbert Fillerin il faisait figure atypique. Le Général de Gaulle ne comprenait pas que des Français puissent préférer œuvrer pour les Britanniques, pour  le Roi d’Angleterre, que de le rejoindre dans les rangs de la France Libre. Le Commandant Philippe Kieffer et les membres de son commando, qui débarquera le 6 juin 1944 à Ouistreham, se retrouva dans le même cas de figure. Le Général nommait ces Résistants réfractaires les « exogènes » et ce fut Jacques Chirac qui rompit le sortilège en décorant le dernier survivant de ce fameux commando en béret vert. Celui-ci lui murmura à l’oreille « Ce n’est pas trop tôt Monsieur le Président ! ».

 

8 mai 2018, commémoration de Neufchâtel-Hardelot.

C’est à l’initiative de l’Association Opale Bunker History et particulièrement de son Président Monsieur Jacky Lemaitre qu’il a été décidé, avec le soutient de la Mairie, d’apposer une plaque commémorative en face de la maison que Georges Charles occupait au 40, rue des Allées, pendant la guerre et où il cachait des aviateurs alliés avec l’aide de son voisin à la Boucherie Lemaire. Il est rappelé que sa dépouille fut ramenée à Neufchatel après son exhumation au Fort de Bondues.

Le cercueil fut exposé dans la cour de l’école où les enfants portaient des bouquets champêtres tricolores constitués de bleuets, de coquelicots et de marguerites. Il y eut une cérémonie religieuse puis il fut inhumé dans le cimetière. Mais ce cercueil fut ensuite transféré au Cimetière de l’Est à Boulogne sur Mer dans le caveau familial. Après le discours de Madame Le Maire Paulette Juilien-Peuvion au Monument au Mort, la Sonnerie aux Morts et la Marseillaise, la plaque, recouverte d’un drapeau tricolore, fut dévoilée après un discours émouvant de Bernard Feitz et quelques mots de Georges Charles, le petit fils du Résistant. Ce sont ses nièces qui dévoileront la plaque au son du « Chant des Partisans » effectué avec brio par la fanfare locale et en présence de véhicules militaires d’époque et de soldats en uniformes français et américains. Il s’en suivra un vin d’honneur à la salle des fêtes, un discours de Jean Pierre Pont, ancien maire et député puis  un « pot-pourri » de  musiques d’époque magistralement interprétées par la fanfare locale.

Discours Momument aux MortsDiscours de Madame Le Maire Paulette Juilien-Peuvion devant le Monument au Morts de Neufchâtel-Hardelot

 

commemoration Georges Charles 2Les véhicules de « Opale Bunker History » défilent en ville

commemoration Georges Charles 3Le véhicule de commandement avec M. Jacky Lemaître, Président de Opale Bunker History

commemoration Georges Charles 1Des uniformes US devant la plaque qui va être dévoilée juste  en face d’où habitait Georges Charles

Georges Charles Discours Bernard Feitz 2Le discours émouvant de Monsieur Bernard Feitz relatant l’action de Georges Charles dans la Résistance

Discours Georges Charles petit filsQuelques mots de Georges Charles, petit fils du Résistant et qui porte son nom avec fierté.
Georges Charles dévoilement de la plaqueLa plaque a été dévoilée par les nièces de Georges Charles, arrière petites filles du Résistant.
Mathilde Charles, Sophie et Anne Lok.
Georges Charles plaque Neufchatel 1La plaque mémorielle de Georges Charles à Neufchâtel-Hardelot située juste en face de son domicile inaugurée le 8 mai 1018.
Georges Charles FamilleLes descendants de Georges Charles FFL. De gauche à droite Sophie Lok et Léa, Mathilde Charles, Sang Lok mari de Catherine Charles, Anne Lok, le Professeur Catherine Lok, Georges Charles et Frédéric Charles.
Georges Charles plaque mémorielleLa plaque mémorielle de Georges Charles FFL à Neufchâtel-Hardelot.


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Le carnet retrouvé sur Georges Charles FFL :
« Si je ne dois pas rentrer, cela est écrit dans notre destinée, il n’y a rien à faire pour la changer. J’aurais fait mon devoir de Français sans hésiter. Je prierai donc la personne qui trouvera le présent carnet de le faire parvenir à ma famille. Ma femme chérie et mes deux enfants adorés sauront, en tous cas, que mes dernières pensées ont été pour eux. Georges ».

Mon Dieu, protégez-moi de mes amis,
mes ennemis je m’en charge !

Par Georges Charles petit fils du résistant

Dans son ouvrage « Des capitaines par milliers » (Calman Lévy) Louis Nouveau, alias « Saint Jean »,  relate une visite qu’il a effectuée à un certain « Georges » à Neufchatel. Il y est convoyé par Norbert Fillerin, de Renty, mais doit effectuer la dernière partie du trajet à vélo. Fillerin a oublié de le prévenir que le Boulonnais n’est pas tout à fait plat et il arrive donc à Neufchatel en vélo et en sueur et soufflant comme un phoque.

Il demande ici et là où il pourrait trouver un « certain Georges » et s’étonne que les réponses soient plus qu’évasives. A force de persuasion il finit par trouver son adresse et décide de le rencontrer. Il s’étonne encore que l’accueil qu’on lui réserve soit un peu froid et qu’on ne lui propose qu’un café. Il ne trouve pas le fameux « georges » très souriant ni causant et se demande même si on peut lui faire confiance. Il note dans son ouvrage que « Georges a été par la suite fusillé et qu’il en faisait donc plus que ce qu’il semblait ».

Louis Nouveau, alias « Saint Jean »(qui a servi de modèle pour Saint Luc dans l’Armée des ombres) est un « grand chef », le supérieur hiérarchique de Fillerin, lui même le supérieur hiérarchique de Georges Charles, le « certain Georges » dans le réseau Pat O’Leary. Et Fillerin a oublié de prévenir « Georges » de cette visite inopinée. Qui voit donc débarquer un grand bourgeois marseillais en costume trois pièces, vélo à la main, et bien congestionné. Il y a de quoi se poser des questions. D’autant plus que le « certain Georges » avec la complicité de la boucherie Lemaire, voisine, cache des aviateurs anglais qu’il est chargé de convoyer jusqu’à Vierzon chez le Docteur Cliquet afin qu’ils passent la Ligne de Démarcation et rejoignent l’Espagne pour reprendre le combat une fois rapatriés en Angleterre.

Dans un cas semblable on ne recherche pas trop la publicité ni les visites impromptues mais, visiblement, Louis Nouveau ne doit pas trop être au courant de la situation en zone interdite et du risque qu’il fait courir à Georges Charles en demandant partout si on le connait et en se rendant à son domicile, ce qui est parfaitement contraire à toutes les règles du combat clandestin ! Et il s’étonne que l’accueil fut assez froid. C’est un peu significatif de l’état de la résistance et de son organisation. Il y a ceux qui résistent, les soutiers, et il y a ceux qui organisent, les capitaines, souvent de fort loin sans se douter des problèmes posés et des risques encourus. Et même qu’ils font encourir en négligeant less règles le plus absolues de la clandestinité.

Un autre cas est celui de « Tatou » du « Réseau Alliance » dite aussi « Arche des Animaux » en raison des pseudonymes utilisés par les agents. Celui de Georges Charles est « Marsouin ». Tatou qui fait partie de l’Etat Major et du Poste de Commandement (PC – ne pas confondre avec Parti Communiste !) ne trouve pas mieux que d’envoyer au domicile personnel de Georges Charles, rue des Allées à Neufchatel, et à son nom propre, des courriers ronéotypés lui demandant moult détails et lui prodiguant des conseils très « pédagogiques » afin de l’aider à être un bon agent bien reconnu « en face » donc par les Britanniques.

A l’époque, en effet, le Réseau Alliance est assis le « cul entre deux chaises » puisqu’il renseigne encore les Britanniques, le SOE et le SIS, organisations totalement concurrentes, et recherche la reconnaissance du Général de Gaulle pour intégrer la France Libre, donc le BCRA. Tatou ignore évidemment que Georges Charles travaille déjà pour les Britanniques depuis 1941 parallèlement à son action au sein d’Alliance qu’il a également rejoint en 1941. En plus du Réseau Pat O’Leary et d’un réseau polonais F2.
Voici pour la première fois publié l’un de ces courriers qui a été conservé par Lionel Charles, fils du résistant :

Tatou a Marsouin GF FFL mars 43 1 Tatou a Marsouin GC FFL mars 43 2

Tatou a Marsouin GC FFl mars 43 3
Le document est intéressant car on constate le travail de renseignement effectué par Georges Charles à Neufchatel et dans ses environs.  Il est daté d’avril 1943. Il laisse quelque peu songeur lorsqu’on sait maintenant que l’Opération Fortitude consistait à faire croire aux Allemands et particulièrement à Hitler que le débarquement aurait bien lieu dans le Pas de Calais.

Si un débarquement avait lieu en Normandie cela ne pouvait être qu’un leurre destiné à dissimuler le débarquement plus important qui aurait lieu, probablement, aux environs de Boulogne. Neufchâtel-Hardelot ainsi que le Touquet étaient des cibles plus que probables. A cause des très grandes plages. Plus haut les grandes falaises n’étaient pas propices. Et les plages de Calais-Dunkerque se situaient trop haut et en zone belge.  Il fut donc demandé aux agents de fournir le maximum de renseignements sur cette zone côtière où œuvrait Georges Charles et le Réseau « Frères de la Cote ».

Les renseignements qui parvenaient de la résistance normande étaient ostensiblement « de l’autre côté – comme dit Tatou »  mis à la poubelle. On s’étonne aussi quelque peu que le courrier ne soit pas chiffré, comme il aurait du, et envoyé à son nom propre et à son adresse personnelle à Georges Charles rue des Allées à Neufchatel ! Même un feldgendarme allemand obtus tombant sur ce courrier aurait osé faire réveiller Adolf afin de le prévenir d’un risque d’invasion sur le Pas de Calais et de la présence d’agents de renseignements « de l’autre côté ». On en est donc pantois. Qu’un service allemand de contre-espionnage tombe sur cette missive, il n’avait même plus besoin d’effectuer une enquête puisque tout était dit. Avec l’enveloppe et l’adresse il savait immédiatement qui était « Marsoin » et quel était son rôle. Cela équivalait à une lettre de dénonciation en bonne et due forme. Préférons oublier qui est « Tatou » qui, probablement, avait lui-aussi sérieusement été manipulé. Mais quand on est agent de renseignement depuis le début de la guerre, ou peu s’en faut, il y a de quoi assez mal dormir. On ne s’étonne donc pas trop que le souricière de Lille ait bien fonctionné.

A ce niveau il eut été préférable que Georges Charles ait lu Sun Tsu, ses « Treize Articles » et particulièrement le dernier sur les « agents liquidables ». Mais malheureusement il ne l’avait pas fait.
G.C.