Hommage officiel à Georges Charles, héros de la Résistance.

Georges Charles 1902-1944 :
un résistant de la première heure

maquis_photogcfflLa dernière photo de Georges Charles FFL prise peu de temps avant son exécution au Fort de Bondues en 1944

Un hommage solennel a été rendu à Georges Charles (1902 1944), résistant fusillé au fort de Bondues, près de Lille, le 16 janvier 1944. Il a été arrêté sur dénonciation lors d’une réunion des responsables de réseaux qui se tenait à Lille le 5 décembre 1944. Le procès verbal indique qu’il était porteur de documents compromettants et de photos de sites de V1 et V2 (Attestation Norbert Fillerin du Réseau Pat O’Leary). Il est jugé toujours à Lille par un tribunal militaire allemand et condamné à mort pour « espionnage et aide aux puissances ennemies ». L’enquête indique qu’il travaillait pour les services secrets britanniques depuis mars 1941. Ce qui a été confirmé, par la suite, par un « certificate of Service » signé de la main même du Field Marshal Montgomery et un courrier des SR britanniques. Il s’avère qu’il avait signé un engagement pour la durée de la guerre auprès du S.I.S. (Secret Intelligence Service).
Georges Charles FFL livre Zone Interdite JM Fossier
Parallèlement il travaillait également pour le S.R. Alliance, originellement allié aux Britanniques mais qui rejoint De Gaulle en 1943 ainsi que pour le Réseau d’Evasion « Escape Line » dirigé par le Commodore Pat O’ Leary (Dr Albert Guérisse) et qui avait pour fonction de récupérer les aviateurs alliés tombés en France, de les cacher, souvent de les soigner puis de les convoyer jusqu’en zone libre d’où ils pouvaient rejoindre les Alliés pour reprendre le combat. Dans ce réseau il est directement sous les ordres de Norbert Fillerin, un ami d’avant-guerre, responsable pour tout le Nord de la France.

organisation du Réseau « Alliance » aussi nommé « Arche des Animaux »
Chefs mission 1ere classe : 9
Chefs mission 2eme classe : 20
Chargés de mission 1ere classe : 125 (grade capitaine)
Chargés de mission 2eme classe : 207 (grade lieutenant) – catégorie où est recensé Georges Charles FFL
Chargés de mission 3eme classe : 567
Chargés de mission 4eme classe : 131
Chargés de mission 5eme classe : 57
Chargés de mission 6eme classe : 2
Sans grade (agents permanents et occasionnels) :1289
Dont
1048 P2 permanents
912 P1 habituels
442 O occasionnels
Soit 2027 agents (source André Girardet Alliance).

Henri FREMENDITY (Balbuzard) et Georges CHARLES (Marsouin) du Réseau SR ALLIANCE à BOULOGNE SUR MER

Henri FREMENDITY (Balbuzard) (à gauche) et Georges CHARLES (Marsouin) du Réseau SR ALLIANCE à BOULOGNE SUR MER

Henri FREMENDITY (1919 1944) du Réseau Alliance

Henri FREMENDITY (1919 1944) du Réseau Alliance

Henri FREMENDITY alias Balbuzard et Georges CHARLES alias Marsouin du Réseau SR Alliance seront arrêtés ensemble par la gestapo lors d’une réunion à Lille le 5 décembre 1943. Ils avaient été « balancés ». Georges CHARLES sera fusillé au Fort de Bondues le 16 janvier 1944 tandis que Henri FREMENDITY disparaîtra à jamais après avoir été condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Lille le 19 janvier 1944. Nul ne sait ce qu’il est devenu puisqu’on ne retrouve pas sa trace à Bondues ni dans les convois de déportation. Il a probablement été liquidé à la prison de Loos. 

Georges Charles transmet également des informations à un réseau polonais F2. Précisons ici qu’une partie du Nord de la France, comprenant Boulogne sur Mer et Neufchatel où il réside et opère est rattachée à la Belgique, dirigée par un Gauleiter, et considérée comme « zone rouge interdite ». La ville de Boulogne et ses environs ont été classés comme « Festung » (Forteresse) par Hitler et ne comporte pas moins une garnison de 10 000 militaires allemands. Ce qui complique encore le travail de la résistance en grande partie coupée des réseaux français.

Il est justement chargé des liaisons inter-zones concernant des documents importants, des postes de radio, des ordres en sus de son travail de renseignement. Et il héberge et convoie des aviateurs alliés jusqu’à la limite de la zone libre où il les confie au Dr Cliquet de Vierzon.

Mais à Boulogne sur Mer et à Neufchatel-Hardelot son travail consiste au renseignement, son métier d’électricien lui permet de se faire embaucher dans des ouvrages côtiers et d’en faire les relevés. Il fait parvenir aux Alliés des dessins et plans de divers ouvrages dont des maisons fortifiées de Wimereux dont une accueillera Hitler lors de sa visite. Ainsi que des plans et photos concernant des V1 et V2 et des batteries de DCA. Artiste peintre il est également chargé de la décoration de mess des officiers. Ce qui lui permet de prendre connaissance de documents sensibles qu’il transmet aux forces alliées. Il peint, notamment, le chateau et les douves du fort de Boulogne qui est une importante garnison.

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Le fort de Boulogne et ses douves peint par Georges Charles en 1941. Le passage secret menant des remparts visibles sous le dôme de la Basilique passe sous les arches et mène, sous le pont levis, à l’intérieur du chateau. En plusieurs vues l’itinéraire pour pénétrer dans le château est démontré mieux que ne le feraient des photos. 

 

peinture georges Charles et chateau Boulogne

La peinture de Georges Charles en 1941 et une photo récente prise du même point de vue. Photo GC
Remparts Boulogne 1

L’extrémité du rempart ou se trouve l’ancien escalier menant dans la douve. C’est l’endroit où Georges Charles indiquera aux soldats Canadiens le marche à suivre pour pénétrer dans le fort grâce à un passage situé sous le pont levis. Photo GC
Remparts Boulogne 2Au coin du rempart le départ de l’escalier qui, pour des raisons de sécurité, à été obstrué. Photo GC.
Fort Boulogne Porte douves 2La porte donnant dans les douves est desservie par l’escalier situé sur le rempart. Photo GC
Douves Boulogne 2Cette porte donne dans les douves. A l’époque le trottoir-promenade n’existait pas et les douves étaient envahies de plantes et de sureaux. Photo GC.
Douves Boulogne 3Sous le pont et le pont levis on distingue la porte qui permet de pénétrer dans le château.  Photo GC.
Douves Boulogne 4Cette porte permet d’arriver à un passage qui est situé sous le château. A l’époque (1944)ce passage était dissimilé par la végétation. Photo GC.
Douves Boulogne 5On distingue sous le corps du château le passage permettant de pénétrer dans celui-ci. En 1944 la végétation avait envahie les douves et la dissimulait.

Entouré de soldats allemands qui viennent admirer son travail d’artiste (un artiste peintre ne peut que leur âtre sympathique puisque Hitler lui-même initialement avait gagné sa vie en tant que tel !) il peint l’endroit de ces douves où existe un passage qui permet de rentrer dans le chateau et qui prend naissance sur le rempart (l’escalier est désormais condamné mais visible sur la photo 2), débouche sur une porte dérobée (photo 3) au pied de celui-ci, longe le mur (photo 4) et permet de pénétrer dans le chateau à partir de ces douves (photo 5 et 6) qui à l’époque sont envahies de végétation. Le 18 septembre à  la libération de Boulogne, pendant l’Opération « Wellhit »,  le Régiment Québécois de La Chaudière appuyé par des éléments de la Stormont Dundas et du Glengary Highlanders pénétrera de nuit, grâce à ce passage, guidés par Lionel Charles, fils de Georges Charles, ce qui a été confirmé par un autre résistant boulonnais, Robert Perrot, dans le chateau et prendra celui-ci par surprise sans qu’un seul coup de feu soit échangé. Les Allemands se rendront sans résistance. Il se rend également deux fois en Afrique du Nord pour transmettre des documents de la plus haute importance.

19 septembre 1992 fort de Bondues. Dépot de gerbe par Lionel Charles, Paul Astier Maurice Schuman

19 septembre 1992 fort de Bondues. Dépot de gerbe par Lionel Charles, Paul Astier Maurice Schuman

Cérémonie du 19 septembre 1992 au Fort de Bondues dans la Cour Sacrée où a été fusillé Georges Charles. En la présence de Lionel Charles, son fils, de Paul Astier, Maire de Bondues et de Maurice Schuman porte parole de la France Libre.

Marie Madeleine Méric-Fourcade et Maurice Schumann à l'inauguration de la Cour Sacrée du Fort de Bondues en 1992

Marie Madeleine Méric-Fourcade et Maurice Schumann à l’inauguration de la Cour Sacrée du Fort de Bondues en septembre 1992

Marie Madeleine Méric-Fourcade née Bridou (1909 1989) fut, après l’arrestation et la déportation de Georges Loustaunau-Lacau (1894 1955), fondateur du Réseau, le chef du Réseau Alliance, l’un des principaux mouvements de résistance sous le pseudonyme de « Hérisson ». D’abord rattachée au MI6 britannique elle rejoindra De Gaulle en 1943. Maurice Schumann fut l’un des principaux porte-parole de la France Libre à Londres où il créera l’émission « Honneur et Patrie ». 

Les activités de Georges Charles prennent fin lorsqu’il est arrêté à Lille, lors d’une réunion des chefs de réseaux, très probablement dans le cadre de l’Opération Fortitude en tant que, suivant la terminologie utilisée par Sun Tzu (Sunzi) dans les « 13 articles de l’Art de la Guerre », agent liquidable. Il est en effet, comme un certain nombre d’agents œuvrant pour les Britanniques, détenteur d’un secret militaire extrêmement important : les alliés débarquerons dans le Pas de Calais fin mai ou début juin 1944. Il lui a été demandé à cet effet de rechercher de nombreux renseignements sur les défenses côtières, sur les régiments en garnison, sur les armes dissimulées (voir le courrier  « de Tatou à Marsouin » plus bas). Ce qu’il a fait en prenant le maximum de risques. Sans se douter, évidemment, que le débarquement aurait bien lieu mais en Normandie. (voir complément sur Robert Perrot).

Finalement il sera un de ceux qui « transmettront le virus » et qui inciteront Hitler* à considérer le débarquement en Normandie comme un leurre masquant un débarquement de plus grande amplitude. Ce qui permettra aux Alliés de gagner un temps précieux tandis qu’une important partie de l’armée allemande qui aurait pu contre-attaquer immédiatement restera bloquée, sur ordre de Hitler, dans le Pas de Calais, notamment des divisions blindées équipées de chars Tigre.
* La deuxième partie de l’opération « Fortitude » (Force d’âme) se nomme « Faith » (Foi) (Voir George Charles Gordon) et consistait à protéger la vie de Hitler à tout prix puisqu’il était le seul à pouvoir bloquer l’armée allemande dans l’attente du débarquement qui devait justement avoir lieu dans le Pas de Calais. La bombe qui avait été déposée par Von Stauffenberg le 20 juillet 1944 et qui logiquement devait le tuer avait été fournie par le SIS britannique par l’intermédiaire de Marie Madeleine Fourcade aux conjurés allemands de la « Black Kapelle » et n’avait fonctionnée qu’a un tiers de sa puissance. Hitler qui avait « miraculeusement » échappé à plusieurs attentats évoquait sa destinée chanceuse. Il était surtout bien protégé car beaucoup plus utile aux Alliés vivant que mort. Son « dauphin » l’Amiral Canaris dès 1938 avait fourni aux services secrets britanniques un exemplaire du codeur « Enigma » ainsi que les codes. Hitler apprenant qu’il l’avait trahi l’a fait pendre à un crochet de boucher et fait filmer son agonie. Comme il n’était plus d’aucune utilité, il a été balancé. C’est une autre vision des choses un peu plus réaliste que ce que nous propose le cinéma et les historiens quelque peu naïfs. 

L’action de résistance de Georges Charles sera reconnue, évidemment,  par les Alliés. Le Président US Dwight D. Eisenhower, le Field Marshal B. Montgomery, le Général George Marshall conseiller militaire de Roosevelt le remercieront personnellement à titre posthume. Les Britanniques le décoreront de la George Cross et de la King’s Medal for courage. Ils alloueront une pension exceptionnelle à sa veuve. En France il sera cité à l’ordre de la Nation par le Général de Gaulle qui lui décernera une croix de guerre avec deux palmes, la Médaille Militaire et la Croix de la Résistance. Il recevra des attestations officielles de la part de Marie-Madeleine Méric-Fourcade, du Réseau Alliance et de Norbert Fillerin du Réseau Pat O’Leary.

Puis il sera quelque peu oublié si on excepte le Musée de la Résistance du Fort de Bondues. A Boulogne sur Mer, si on excepte son nom sur le Beffroi, Place de la Résistance et sa tombe, au Cimetière de l’Ouest,  portant mention « Mort pour le France », rien n’a été fait pour honorer sa mémoire que de déplacer son nom sur la plaque apposée peu de temps après la libération. De premier de la liste il est passé alphabétiquement en dessous comme pour le remettre à sa place.
Beffroi Boulogne 2004

Plaque commémorative du beffroi de Boulogne sur mer

Plaque commémorative du beffroi de Boulogne sur mer

La plaque commémorative du Beffroi de Boulogne sur Mer honore les Résistants tombés pour la France. Sur la plaque originelle, qui se suffisait à elle-même, Georges Charles occupait le première place. Puis on a ajouté un portrait du Général et on l’a rétrogradé. Par principe.

Il est vrai qu’il avait principalement travaillé pour les Britanniques et qu’avec Norbert Fillerin il faisait figure atypique. Le Général de Gaulle ne comprenait pas que des Français puissent préférer œuvrer pour les Britanniques, pour  le Roi d’Angleterre, que de le rejoindre dans les rangs de la France Libre. Le Commandant Philippe Kieffer et les membres de son commando, qui débarquera le 6 juin 1944 à Ouistreham, se retrouva dans le même cas de figure. Le Général nommait ces Résistants réfractaires les « exogènes » et ce fut Jacques Chirac qui rompit le sortilège en décorant le dernier survivant de ce fameux commando en béret vert. Celui-ci lui murmura à l’oreille « Ce n’est pas trop tôt Monsieur le Président ! ».

Norbert Fillerin et sa famille

Norbert Fillerin et Georges Charles sont des passionnés d’histoire et d’ésotérisme. Ils se sont rencontrés avant guerre dans le cadre d’activités militantes nationalistes et souverainistes. Georges Charles organise à Boulogne sur Mer des reconstitutions historiques concernant Napoléon Premier et la Grande Armée. Dès le début de l’occupation ils se retrouvent et décident de résister. Boulogne sur Mer et Renty sont situés en zone rouge rattachée à la Belgique et placée sous le commandement d’un Gauleiter. Norbert Fillerin propose à Georges Charles de participer à l’activité du réseau Escape Line fondé par le Dr Albert Guérisse, un Belge, qui se fait appeler Commodore Pat O’Leary. Le réseau s’appelera plus tard le « Réseau Pat ». Il a principalement pour but de récupérer les aviateurs alliés tombés au combat dans la Manche ou sur la côte, de les soigner, de les héberger puis de les convoyer pour qu’ils puissent reprendre le combat. Ce qu’ils font.
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Trois aviateurs alliés « récupérés » et cachés à Renty dans la ferme des Fillerin. Ici en photo avec Geneviève et Monique. Ils posent devant une affiche allemande menaçant de mort ceux qui aident les aviateurs alliée et qui propose 2000 francs or pour leur livraison aux autorités.

Norbert Fillerin est aidé par sa femme Marguerite Cadet, de son nom de jeune fille, qui possède une ferme à Renty et par leurs deux filles Geneviève et Monique et leur fils Gabriel. Ils sont également aidés par Roger Santune de Renty et Albert Gommeaux de Fauquenbergues. Georges Charles aidé par sa femme Fernande Gaston cache des aviateurs à Neufchâtel-Hardelot chez son ami le boucher qui lui prête une chambre froide désaffectée. Les pilotes sont généralement convoyés jusqu’à Vierzon chez le docteur Charles Cliquet qui leur fait passer la ligne de démarcation. Il y fera passer plus de 1000 personnes. Le Dr cliquet sera arrêté en 1943 à cause d’un document britannique qui le mentionnait, il sera torturé et déporté à Buchenwald d’où il s’évadera, repris il s’évadera à nouveau et décédera le 27 mars 1956.

Norbert Fillerin subira le même sort et sera également torturé et déporté à Flossenbürg et Hradisko. Il reviendra mais décèdera en 1977. Madame Fillerin sera également arrêtée et déportée et décèdera en 1980. Geneviève décédera peu de temps après sa mère. C’est Monique qui aura perpétuera le souvenir de cette famille extraordinaire mais également méconnue. Avant de mourir Norbert Fillerin écrira ses souvenirs de déportation dans 16 lettres dites de Flossenbürg qui n’ont pas été publiées à ce jour. Elles sont toujours en la possession de Georges Charles.

de gauche à droite Geneviève, Monique, Norbert et Gabriel Fillerin

de gauche à droite Geneviève, Monique, Norbert et Gabriel Fillerin

 

Le petit fils de Georges Charles FFL rend visite à Monique Fillerin fille de Norbert Fillerin à Colleyrac

Le petit fils de Georges Charles FFL rend visite à Monique Fillerin fille de Norbert Fillerin à Colleyrac

 

Attestation rédigée par Norbert Fillerin concernant Georges Charles et faisant mention de son arrestation ç Lille

Attestation rédigée par Norbert Fillerin concernant Georges Charles et faisant mention de son arrestation à Lille

 

Ordre de mission du Service de Renseignement Alliance concernant Lionel Charles et Neufchatel

Ordre de mission du Service de Renseignement Alliance concernant Lionel Charles et Neufchatel

Fillerin Floss 1 original
Fillerin Floss 1 bis original
Pour la première fois publiée la première des « Seize lettres de Flossenbürg » de Norbert Fillerin. Elles demeurent un témoignage inédit sur les camps nazis et leur contexte. Elles furent écrites à son retour et sont, en quelque sorte, un héritage. Mais lourd à porter. GC
ballade de Pat 2
Ballade de Pat 3
ballade de Pat
Quelques documents inédits du Réseau « Pat O’Leary Escape Line » dont deux ballades.
Et une page avec les tampons de plusieurs mairies servant à confectionner des « faux » qui seront bien utiles.

Enveloppe d'un courrier de Norbert Fillerin à Fernande Charles épouse de Georges Charles

Enveloppe d’un courrier de Norbert Fillerin à Fernande Charles épouse de Georges Charles

Photo d'identité de Georges Charles en 1943

Photo d’identité de Georges Charles en 1943

Famille Charles 1942

Famille Charles 1942

A gauche Georges Charles FFl en tenue de peintre. Trois cousines de Carly. Légèrement de profil Fernande Charles, sa femme, née Gaston. Lionel Charles et Yolande Charles son fils et sa fille. Lionel est « Zazou » ce qui ne l’empêchera pas, au contraire, d’aider Georges dans certaines missions. Il guidera les Canadiens au passage secret qui permettra le libérer le château de Boulogne servant de garnison allemande sans qu’un coup de feu soit tiré. Sans lui, et la persuasion de Damien Charles, Chef FFI, le château aurait probablement été détruit.

Défilé à Boulogne sur Mer Thème Blanche Neige Georges Charles USB organisateur

Défilé à Boulogne sur Mer
Thème Blanche Neige
Georges Charles USB organisateur

Georges Charles alors vice-président de l’USB (Organisation Sportive Boulonnaise) (sous les traits de la sorcière) organisait des défilés. Ici (avec l’accord de Dysney !) un char avec Blanche Neige et les Sept Nains. Le rôle du Prince à cheval est tenu par Yolande Charles, la fille de Georges. Lionel Charles, son fils, se retrouve sous les traits de Grincheux ! Georges Charles organisait également des reconstitutions à la Colonne de la Grande Armée.

 

8 mai 2018, commémoration de Neufchâtel-Hardelot.

C’est à l’initiative de l’Association Opale Bunker History et particulièrement de son Président Monsieur Jacky Lemaitre qu’il a été décidé, avec le soutient de la Mairie, d’apposer une plaque commémorative en face de la maison que Georges Charles occupait au 40, rue des Allées, pendant la guerre et où il cachait des aviateurs alliés avec l’aide de son voisin à la Boucherie Lemaire. Il est rappelé que sa dépouille fut ramenée à Neufchatel après son exhumation au Fort de Bondues.

Le cercueil fut exposé dans la cour de l’école où les enfants portaient des bouquets champêtres tricolores constitués de bleuets, de coquelicots et de marguerites. Il y eut une cérémonie religieuse puis il fut inhumé dans le cimetière. Mais ce cercueil fut ensuite transféré au Cimetière de l’Est à Boulogne sur Mer dans le caveau familial. Après le discours de Madame Le Maire Paulette Juilien-Peuvion au Monument au Mort, la Sonnerie aux Morts et la Marseillaise, la plaque, recouverte d’un drapeau tricolore, fut dévoilée après un discours émouvant de Bernard Feitz et quelques mots de Georges Charles, le petit fils du Résistant. Ce sont ses nièces qui dévoileront la plaque au son du « Chant des Partisans » effectué avec brio par la fanfare locale et en présence de véhicules militaires d’époque et de soldats en uniformes français et américains. Il s’en suivra un vin d’honneur à la salle des fêtes, un discours de Jean Pierre Pont, ancien maire et député puis  un « pot-pourri » de  musiques d’époque magistralement interprétées par la fanfare locale.

Discours Momument aux MortsDiscours de Madame Le Maire Paulette Juilien-Peuvion devant le Monument au Morts de Neufchâtel-Hardelot

 

commemoration Georges Charles 2Les véhicules de « Opale Bunker History » défilent en ville

commemoration Georges Charles 3Le véhicule de commandement avec M. Jacky Lemaître, Président de Opale Bunker History

commemoration Georges Charles 1Des uniformes US devant la plaque qui va être dévoilée juste  en face d’où habitait Georges Charles

Georges Charles Discours Bernard Feitz 2Le discours émouvant de Monsieur Bernard Feitz relatant l’action de Georges Charles dans la Résistance

Discours Georges Charles petit filsQuelques mots de Georges Charles, petit fils du Résistant et qui porte son nom avec fierté.
Georges Charles dévoilement de la plaqueLa plaque a été dévoilée par les nièces de Georges Charles, arrière petites filles du Résistant.
Céline Charles, Sophie et Anne Lok et dans les bras de Sophie Ines.
Georges Charles plaque Neufchatel 1La plaque mémorielle de Georges Charles à Neufchâtel-Hardelot située juste en face de son domicile inaugurée le 8 mai 1018.
Georges Charles FamilleLes descendants de Georges Charles FFL. De gauche à droite Sophie Lok et Ines sa fille, Céline Charles fille de Frédéric, Sang Lok mari de Catherine Charles, Anne Lok fille de Catherine, le Professeur de médecine Catherine Lok, Georges Charles et Frédéric Charles.
Georges Charles plaque mémorielleLa plaque mémorielle de Georges Charles FFL à Neufchâtel-Hardelot.


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Le carnet retrouvé sur Georges Charles FFL :
« Si je ne dois pas rentrer, cela est écrit dans notre destinée, il n’y a rien à faire pour la changer. J’aurais fait mon devoir de Français sans hésiter. Je prierai donc la personne qui trouvera le présent carnet de le faire parvenir à ma famille. Ma femme chérie et mes deux enfants adorés sauront, en tous cas, que mes dernières pensées ont été pour eux. Georges ».

Mon Dieu, protégez-moi de mes amis,
mes ennemis je m’en charge !

Par Georges Charles petit fils du résistant

Dans son ouvrage « Des capitaines par milliers » (Calman Lévy) Louis Nouveau, alias « Saint Jean »,  relate une visite qu’il a effectuée à un certain « Georges » à Neufchatel. Il y est convoyé par Norbert Fillerin, de Renty, mais doit effectuer la dernière partie du trajet à vélo. Fillerin a oublié de le prévenir que le Boulonnais n’est pas tout à fait plat et il arrive donc à Neufchatel en vélo et en sueur et soufflant comme un phoque.

Il demande ici et là où il pourrait trouver un « certain Georges » et s’étonne que les réponses soient plus qu’évasives. A force de persuasion il finit par trouver son adresse et décide de le rencontrer. Il s’étonne encore que l’accueil qu’on lui réserve soit un peu froid et qu’on ne lui propose qu’un café. Il ne trouve pas le fameux « georges » très souriant ni causant et se demande même si on peut lui faire confiance. Il note dans son ouvrage que « Georges a été par la suite fusillé et qu’il en faisait donc plus que ce qu’il semblait ».

Louis Nouveau, alias « Saint Jean »(qui a servi de modèle pour Saint Luc dans l’Armée des ombres) est un « grand chef », le supérieur hiérarchique de Fillerin, lui même le supérieur hiérarchique de Georges Charles, le « certain Georges » dans le réseau Pat O’Leary. Et Fillerin a oublié de prévenir « Georges » de cette visite inopinée. Qui voit donc débarquer un grand bourgeois marseillais déguisé en prolo, vélo à la main, et bien congestionné. Il y a de quoi se poser des questions. D’autant plus que le « certain Georges » avec la complicité de la boucherie Lemaire, voisine, cache des aviateurs anglais qu’il est chargé de convoyer jusqu’à Vierzon chez le Docteur Cliquet afin qu’ils passent la Ligne de Démarcation et rejoignent l’Espagne pour reprendre le combat une fois rapatriés en Angleterre.

Dans un cas semblable on ne recherche pas trop la publicité ni les visites impromptues mais, visiblement, Louis Nouveau ne doit pas trop être au courant de la situation en zone interdite et du risque qu’il fait courir à Georges Charles en demandant partout si on le connait et en se rendant à son domicile, ce qui est parfaitement contraire à toutes les règles du combat clandestin ! Et il s’étonne que l’accueil fut assez froid. C’est un peu significatif de l’état de la résistance et de son organisation. Il y a ceux qui résistent, les soutiers, et il y a ceux qui organisent, les capitaines, souvent de fort loin sans se douter des problèmes posés et des risques encourus. Et même qu’ils font encourir en négligeant less règles le plus absolues de la clandestinité.*

* Quelques extraits choisis « Des capitaines par milliers » par Louis Nouveau dit Saint Jean (Calmann-Levy 1er trimestre 1958 pages 278 et suivantes)

« Le jour suivant Norbert Fillerin me procura une veste et un pantalon de bleu de chauffe, une vieille paire d’espadrilles et un vieux béret basque. Le temps était beau. Vers 10 ou 11 heures, la camionnette bâchée conduite par un de leurs amis de Fauquembergues (Roger Santune note de GC), vint nous chercher. Dedans il y avait une vieille bicyclette un peu rouillée et sans changement de vitesse. Une demie heure ou trois quart d’heures après nous étions au sommet d’une crête à quinze cents mètres d’un village et mes compagnons m’indiquaient que la zone interdite commençait avant une route que l’on apercevait dans le creux.

Pat avait envoyé Georges et sa femme à Neufchatel (leur logis de Boulogne sur mer situé 2, rue du Doyen, ayant été détruit par un bombardement allié. Note de GC.)…puis j’entrais dans un village et me retrouvais au milieu d’Allemands qui pansaient leurs chevaux. Il devait avoir une batterie qui cantonnait là. J’avais tellement l’air d’un pauvre diable du pays que personne ne fit attention à moi. Immédiatement après ce village la route se releva et un calvaire de fatigue commença…

Au bout de la côte alors que j’étais épuisé, je vis une patrouille allemande en bicyclette qui venait vers moi. Bien que j’eusse envie de descendre et de pousser mon vélo je me gardais de le faire…les Allemands m’ignorèrent et je continuais à monter et à descendre jusqu’à Neufchatel (Aujourd’hui Neufchâtel-Hardelot. Note de GC). Après une grande ligne droite je me trouvais devant un Allemand qui réglait la circulation et une fois de plus je craignis d’être arrêté, mais non. J’étais là tout près de la mer, au but. J’avais demandé mon chemin un peu auparavant (Louis Nouveau avait en effet demandé plusieurs fois si on pouvait lui indiquer où habitait « un certain Georges ». On se demande presque si il ne l’avait pas fait auprès de l’Allemand qui réglais la circulation ! Note de GC). Je tournais à gauche, trouvai la maison et arrivait chez les Georges. J’y passais une heure, ils m’offrirent du café.

Je n’appris rien si ce n’est que les routes étaient peu surveillées, le train qui menait à Boulogne était contrôlé très sévèrement. Sa femme et son fils étaient avec lui (Fernande Charles et Lionel Charles, grand mère et père de l’auteur GC. Note de GC). Ils habitaient dans un appartement au rez-de-chaussée dans une avenue bordée d’arbres. Ma visite n’avait pas l’air de lui faire grand plaisir. Pour un peu je dirais que nous ne savions pas de quoi parler. Par ce qu’il me dit et que j’écoutais consciencieusement, je me rendis compte qu’il avait fait sans doute peu de choses. Cependant Pat m’a dit (Pat est le Docteur Albert Guérisse (1911 1989), alias « le Commodore Pat O’ Leary, fondateur du réseau Par Escape Line. Le « Big Boss ». Note GC) en 1945 que plus tard il fut arrêté et fusillé. Il devait donc en faire plus que je ne croyais…

Je couchais le soir chez les Fillerin et dormis bien. Je repris le train le lendemain pour Paris. J’eu la joie d’y rencontrer une amie qui était aussi pour quelques jours en séjour à Paris et nous fîmes ensemble Oh ! quel bon déjeuner chez Le Doyen, aux Champs Elysées sous les ombrelles. La température était délicieuse et le nourriture excellente : nous mangeâmes même une langouste à l’américaine ».

Je pense que cela ne nécessite pas trop de commentaires mais que si vous vous retrouviez dans le situation de ce « certain Georges » qui planquait des aviateurs britanniques dans la chambre froide de son ami le boucher, la visite d’un olibrius, grand bourgeois marseillais, déguisé en prolo qui demande partout où vous résidez ne vous ferait pas nécessairement plaisir d’autant plus que Norbert Fillerin avait bien posté une lettre le prévenant de cette visite mais qui est arrivée le lendemain. Quand on lit le compte rendu de Tatou oublié plus loin on se rend compte que le « certain Georges » en faisait beaucoup plus que Louis Nouveau l’imaginait. Celui-ci ne manquait pas de courage, certes, mais sans se rendre compte qu’en « zone rouge » la moindre visite était suspecte d’autant plus que, il l’avoue lui-même, Neufchatel regorgeait de soldatesque allemande.

Comme il le dit « Plus tard il fut arrêté et fusillé ». On se demande presque « de la faute à qui ». Le certificat rédigé plus tard par Norbert Fillerin est très explicite quant à l’action du « certain Georges » puisqu’il fut arrêté dans une souricière à Lille ayant sur lui, entre autres, des photos et des plans concernant les V2 et les V2. Mais le récit de la langouste à l’Américaine dégustée, entre autres, chez Ledoyen, l’un des plus grands restaurants de Paris, donc à l’époque du monde, avec une amie charmante, est significatif de ce qui différenciait les « chefs » des « soutiers » comme Georges Charles à Neufchatel ou de Norbert Fillerin à Renty. Tous deux simples officiers de renseignement. Entre l’omelette au lard et la langouste à l’américaine chez Ledoyen (toujours 3 étoiles au Michelin) il existe quand même une petite différence.

Un autre cas est celui de « Tatou » du « Réseau Alliance » dite aussi « Arche des Animaux » en raison des pseudonymes utilisés par les agents. Celui de Georges Charles est « Marsouin ». Tatou qui fait partie de l’Etat Major et du Poste de Commandement (PC – ne pas confondre avec Parti Communiste !) ne trouve pas mieux que d’envoyer au domicile personnel de Georges Charles, rue des Allées à Neufchatel, et à son nom propre, des courriers ronéotypés lui demandant moult détails et lui prodiguant des conseils très « pédagogiques » afin de l’aider à être un bon agent bien reconnu « en face » donc par les Britanniques.

A l’époque, en effet, le Réseau Alliance est assis le « cul entre deux chaises » puisqu’il renseigne encore les Britanniques, le SOE et le SIS, organisations totalement concurrentes, et recherche la reconnaissance du Général de Gaulle pour intégrer la France Libre, donc le BCRA. Tatou ignore évidemment que Georges Charles travaille déjà pour les Britanniques depuis 1941 parallèlement à son action au sein d’Alliance qu’il a également rejoint en 1941. En plus du Réseau Pat O’Leary et d’un réseau polonais F2.
Voici pour la première fois publié l’un de ces courriers qui a été conservé par Lionel Charles, fils du résistant :

Tatou a Marsouin GF FFL mars 43 1 Tatou a Marsouin GC FFL mars 43 2

Tatou a Marsouin GC FFl mars 43 3
Le document est intéressant car on constate le travail de renseignement effectué par Georges Charles à Neufchatel et dans ses environs.  Il est daté d’avril 1943. Il laisse quelque peu songeur lorsqu’on sait maintenant que l’Opération Fortitude consistait à faire croire aux Allemands et particulièrement à Hitler que le débarquement aurait bien lieu dans le Pas de Calais.

Si un débarquement avait lieu en Normandie cela ne pouvait être qu’un leurre destiné à dissimuler le débarquement plus important qui aurait lieu, probablement, aux environs de Boulogne. Neufchâtel-Hardelot ainsi que le Touquet étaient des cibles plus que probables. A cause des très grandes plages. Plus haut les grandes falaises n’étaient pas propices. Et les plages de Calais-Dunkerque se situaient trop haut et en zone belge.  Il fut donc demandé aux agents de fournir le maximum de renseignements sur cette zone côtière où œuvrait Georges Charles et le Réseau « Frères de la Cote ».

Les renseignements qui parvenaient de la résistance normande étaient ostensiblement « de l’autre côté – comme dit Tatou »  mis à la poubelle. On s’étonne aussi qu