Duhamel, les Denneval et François Antoine…

LA BETE DU GEVAUDAN : LES BATTUES Un pays désarmé suite à la « révolte des camisards »

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Un buron comme il en existe encore sur les contreforts du Mont Mouchet

Certains lieux n’ont probablement pas trop changé ! Suite à la révolte des Camisards *, très proche dans le temps et dans l’espace, et à l’aventure de Louis Mandrin, bandit de grand chemin ayant sévi dans le Vivarais et le Gévaudan et qui fut roué vif le 28 mai 1755, la plupart des armes à feu et des armes longues (armes de hast) avaient été confisquées dans la région. * Vous pouvez lire l’excellent ouvrage « La guerre des Camisards » par André Ducasse chez Hachette paru en 1962 et réédité en 1978. Les paysans utilisèrent donc pour se défendre le fameux couteau aveyronnais, devenu par la suite le Laguiole, alors emmanché et qui faisait ainsi office de baïonnette. Mais ils utilisèrent également, comme ce fut le cas lors des jacqueries, des outils agraires comme des fourches, fourchons, râteaux, fléaux et faux retournées.

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Cette brochure de colporteur éditée à Lyon en 1765, donc en pleine « affaire » est intéressante à divers titres. On y voit justement l’utilisation d’instruments agraires comme une simple binette pour la femme et de deux écorçoirs à crochets pour les hommes. La Bête (le bestio) ne ressemble que fort peu à un loup. La légende est « Représentation de la terrible Bête féroce qui désola le Gévaudan etc. en 1764 et 1765 » C’est le type de liitérature qui était lu et surtout regardé à l’époque . Il est constaté « Peut-être l’a-t-on chassée dans quelque autre partie du monde. On n’a pas pu la tuer jusqu’ici. Si nous apprenons encore quelque chose, nous le dirons après dans un article séparé » Donc à suivre ! Si vous souhaitez en savoir plus sur cette Gazertte de 1765 et sur le texte d’époque concernant la Bête du Gévaudan

Cliquez ici ! Malheureusement ces armes de fortune, souvent maniées par des enfants ne parvenaient pas à transpercer la peau de la fameuse « bête » ce qui, pour de nombreux chercheurs, indiquerait la présence d’une cuirasse. De même, bon nombre de fusils d’époque, rarement détenus par les « croquants », ne bénéficiaient pas d’une puissance de pénètration suffisante pour lui infliger de graves blessures. Ce qui explique, probablement, qu’elle ne fut que rarement blessée. Ou du moins que les divers animaux passant pour la Bête échappèrent à ces blessures qui auraient, normalement, les mettre hors d’état de nuire. Il est donc plus que probable que ces animaux, protégés par une cuirasse ou divers types de cuirasses, n’aient été que légèrement blessés puis soignés dans un ou plusieurs repaires du Mont Mouchet et du Mont Chauvet.

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Une gravure d’époque montrant un berger armé d’une lance (collect. G.C.) Il devair être parfois moins risqué de s’attaquer à une bergère qu’à un agneau de ce pâtre ! La plupart des vachers et des bergères étaient équipés d’une arme de fortune ou d’un simple bâton ferré. Quand il ne s’agissait pas purement et simplement d’un bâton ou d’une cane !

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La Bête est cernée et n’aura pas le temps de mettre ses sombres projets à éxécution ! Il convient de noter que, conformément aux Armoiries classiques elle est armée (griffes), lampassée (langues), allumée (yeux) et vilenée (sexe) mais contournée. On a beau dire ce que l’on veut, la plupart des estampes et figures de l’époque comportent en légende la mention de hyène !

Pourquoi ?

Et pourquoi la plupart des historiens n’ont pas considéré ce détail ?

La légende de la figure comporte la mention précise et particulière :

 

« Figure de la bête féroce que l’on croit être une hyène ».

Il est important de remarquer, dès à présent, que de très nombreuses illustrations d’époque comportent, en légende, la mention de la hyène ! Ce charmant animal sera pourtant oublié dans les statistiques de bon nombre d’auteurs récents et plus encore dans les fameuses données confiées aux ordinateurs censés nous délivrer la vérité. Mais comme le dit justement Paul Boccuse « Quand on congèle de la merde, on décongèle de la merde ! » Si les données fournies à l’ordinateur sont fausses il y a fort peu de chances que les réponses soient justes ! Or, ces estampes et illustrations étaient, à l’époque, le seul moyen d’informer le public, généralement analphabète mais qui n’en pensait pas moins. Quelques privillégiés, dont les colporteurs, pouvaient lire les légendes en les décryptant mot à mot, généralement en famille, aux veillées ou en réunion. Ces légendes, généralement méprisées de nos jours, donnent des indications simples mais essentielles et n’en apportent que plus de force à l’image. Mais encore faut-il y préter attention et, éventuellement, comme Sherlock Holmes, utiliser une bonne vieille loupe ! Dans les campagnes reculées, comme en Margeride, seuls quelques érudits, échansons, notaires, enseignants, curés pouvaient lire les textes plus complexes et généralemet fort ampoulés à cause de la censure et des bonnes moeurs.

Se baser uniquement sur ces textes c’est comme vouloir reconstituer un plat ou un repas à partir de la lecture de la notice d’une conserve chinoise. On en sait généralement plus en regardant la photo sur la boîte ! Duhamel et les grandes battues de 1765 demeurées sans le moindre effet sur la « Bête » De grandes battues furent néanmoins organisées assez rapidement sous la direction du capitaine major de Clermont, Duhamel sur ordre du Conte de Moncan, gouverneur militaire du Languedoc. Le 7 février 1765, par exemple, une battue mobilisa 73 paroisses du Gévaudan, 30 d’Auvergne et 18 du Rouergue soit plusieurs milliers d’hommes sans le moindre résultat. Comme par hasard la « Bête » passa plusieurs fois entre les mailles du filet.

Il est vrai que bon nombre de paisibles villageois, comme ceux du Malzieu, n’appréciaient pas réellement de perdre un ou deux jours à battre la campagne ou la montagne, et, généralement, se défilaient dès que les autorités avaient tourné le dos. Certains campagnards ou montagnards n’appréciaient pas, non plus, que l’on vienne fouiner sur leurs territoires, ce qui les empêchait d’exercer leurs habitudes de braconnage nécessaires à la survie de leur famille. Une journée perdue et c’était autant de trravail en plus qui se cumulait ainsi que des pertes substancielles. D’autant plus que bon nombre de ces villgeois, campagnards et montagnards n’étaient pas dupes et savaient que la « Bête » n’était pas assez bête pour aller se fourrer dans la gueule du loup et qu’elle était généralement la première prévenue de la battue et de son déroulement.

Donc qu’elle restait planquée bien au chaud en attendant simplement que cesse ce tohu bohu. Duhamel, qui trouvait prétexte à ces chasses pour mener grand train sur les deniers publics, fut donc remplacé par les Denneval, père et fils, des gentilshommes normands qui étaient considérés comme les meilleurs louvetiers de France. Ou au moins de Normandie. Ils comptaient plus de douze cents loups à leur tableau de chasse et avaient, notamment, débarrassé la Forêt Royale d’Eu, en haute Normandie, des loups qui l’infestaient.

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Chapelle de Bazinval près de Blangy sur Bresle Vallée de la Bresle, confins de la forêt d’Eu en Seine Maritime

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Il existe toujours une bénédiction annuelle de la chapelle que l’on nomme, évidemment, « la chapelle aux loups ». Ces loups, généralement capturés par leurs soins, étaient jugés, condamnés et pendus au plus gros arbre de la forêt devant une nombreuse assistance fort réjouie. On raconte encore qu’on laissait à l’idiot du village le soin d’assurer leur défense. Préfigurant ainsi le Far-West à l’Ouest du Pecos et le fameux juge Roy Bean. Il reste encore ainsi, dans la forêt Royale et Indivise d’Eu plusieurs « Arbres à Leu » !

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Un « chêne à loups » ou « quesne à leu » dans le patois normando-picard de la vallée de la Bresle.

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Le « Quesne à Leu » de la forêt royale et indivise d’Eu Malheureusement une tempête a eu raison du géant où l’on pendait jadis les loups après un procès en bonne et du forme.. Sur la route d’Aumale à Eu existe le lieu dit « Val à Leu » (vallée des loups – ou combe aux loups – d’où l’origine de Combloux (Haute Savoie) où un loup dévorant assaillit également plusieurs jeunes fermières sur le chemin forestier entre Les Intages et Megève.

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Vitrail représentant le Chène à Loups de la Biscaye Plus loin, enfin, on arrive au lieu dit « Sortival », du moins si on avait réussi à échapper aux loups ! En fait ceux-ci faisaient plus de peur que de mal et le fameux Pierre Dubos qui fit ériger la chapelle de Bazinval leur avait échappé. Si les loups avaient réellement attaqué il n’aurait pas été là pour le reconter ! Les Denneval, père et fils, étaient accompagnés d’un valet, d’un piqueur, de six limiers et de deux grands chiens dressés à tuer le loup et qu’on disait fort efficaces.

Les Denneval abattent assez rapidement plusieurs loups, dont certains de belle taille, mais le massacre continue de plus belle. Ils sont donc contraints de demander l’appui de l’armée pour organiser des battues. Malheureusement pour eux ce sont les dragons qui sont envoyés en renfort. Les mêmes dragons qui avaient, dans la chanson « incendié Coblence et pillé le Palatinat » et dans la région, commis de nombreuses exactions, dont pas mal de viols, connues sous le terme évocateur de  » dragonnades « , à l’occasion de la révolte des Camisards. Ils sont donc détestés par la population qui, malgré la menace de la  » Bête « , prend un malin plaisir à les lancer sur les plus mauvaises pistes. Et les Denneval ne vont pas tarder à porter le chapeau !

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Une baraque sur les pentes du Mont Mouchet près d’auvers en juillet 2004 Le caporal Gayon y aurait été dévoré le 19 juin 1765 !

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En août 2011 le tag affirme toujours « Ici fut dévoré par la Bête le caporal Gayon » Mais ce n’est plus le 19 juin mais le 18 juillet 1765 ! Il a aussi été inscrit en haut à gauche « réhabilitons le loup ! »

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Sur l’autre mur de la baraque « Le loup est intelligent et innocent » Il y en a au moins dans les environs d’Auvers qui ont des convictions sincères et qui le font savoir ! La « Bête » continue à faire parler d’elle en 2004…et en 2011 ! Preuve en est ce « tag » au Bois de la Ténazeyre sur un abri de cantonnier où aurait été dévoré un certain caporal Gayon. Etrangement cet épisode n’est relaté nulle part. Une photo plus récente indique que ce même caporal Gayon aurait été dévoré le 15 juillet Mais que ce soit le 19 juin ou le 15 juillet 1765 la Bête fut vue assez loin de ce lieu par plusieurs témoins. Cela n’empêche pas que le « tag » soit reproduit chaque année par un sympathique acharné, probablement descendant de ce fameux et illustre caporal Gayon qui fut dévoré plusieurs fois ! A qui se fier ?

Les Denneval, plus habitués au calme terroir normand qu’aux sauvages monts du Gévaudan, sont totalement découragés et les gazettes anglaises publient des railleries visant l’armée française dont  » Cent vingt mille hommes ont été tenus en défaite par un seul animal inconnu qui après avoir dévoré 25 000 hommes et avalé tout le train d’artillerie s’est trouvée le lendemain vaincue par une chatte !  » Les Allemands, de leur coté, proposent les services de leurs lansquenets dont ils ne savent trop que faire mais qui valent bien nos Dragons lorsqu’il est question de vivre sur le dos de l’habitant. Denneval malgré les pleins pouvoirs qu’on lui a octroyé et des effectifs de plus en plus importants et dispendieux ne réussit à abattre que quelques vulgaires loups. Et c’est loin d’être suffisant !

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Calvaire à Apcher : il date de l’époque de la Bête !

Des grandes chasses

de plus en plus impopulaires jusqu’à la défection des « crapules » du Malzieu et des « mauvais bougres » de Saint Chély. Où Duhamel brise son sabre sur le dos d’un consul récalcitrant. « La forfaiture des magistrats et bourgeois du Malzieu » ! Les « grandes chasses » de Duhamel deviennent de plus en plus impopulaires simplement parce que les dédommagements ne satisfaisaient aucunement les participants requis d’office et qui, souvent plusieurs jours durant, devaient quitter leurs fermes ou leurs domiciles pour courir les bois en se faisant houspiller par les Dragons ou la Maréchaussée !

Sur les lieux de chasse les populations se plaignaient sans cesse de l’attitude de la soldatesque qui se comportait commen en terrain étranger conquis et réquisitionnaient fourrage pour les chevaux et nourriture pour la troupe et ceci sans une réelle contrepartie. Le 7 février 1765 les notables et les bourgeois du Malzieu décidèrent de ne pas prendre part à la chasse et, de ce fait, les croquants, suivant ce mauvais exemple restèrent chez eux. Ce qui bien évidemment fit échouer la battue puisque la Bête, profitant de la faille dans le filet, réussit à franchir la Truyère et à disparaître.

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Le « passage » sur la Truyère au Malzieu où la Bête s’échappa en passant à gué, comme l’affirme la tradition, sur ses pattes de derrière. Les chasseurs qui devaient barrer cet endroit stratégique étaient au troquet ! Duhamel, Furieux, se plaignit jusqu’à la Cour de cette forfaiture et traita les notables du Malzieu de « crapules » et furieux cassa son sabre à plat sur le dos d’un consul de la ville . Le compte rendu d’époque est assez explicite et porte comme titre « La forfaiture des magistrats et bourgeois du Malzieu ».

« La communauté du Malzieu fut la seule dont Duhamel eut à se plaindre. Les bourgeois s’abstinrent de prendre part aux chasses et leur exemple suit suivi par un bon nombre d’hommes du peuple. Leur défection fit que la garde des bords de la Truyère (Trueira), côté rive droite qui leur avait été confiée ne fut pas assurée, ce qui permit à la Bête, traquée par les gens de Prinières, de traverser impunément la rivière, de se dérober et deux jours après de tuer la jeune fille de Mialanettes.

Jugée sévèrement la désobéissance de la communauté du Malzieu fut portée à la connaissance du Roi et comme à la seconde chasse un consul du Malzieu avait tenu des propos déplacés à un maréchal des logis qui commandait un groupe de quinze dragons, Sa Majesté chargea son Ministre, le Comte de Saint Florentin, d’adresser à cette communauté un blâme sur la conduite que ses principaux membres avaient eu à la première chasse générale et à l’autorité militaire une lettre pour faire incarcérer à Mende le consul coupable » (Abbé Xavier PIC II 64 RF cité par Dubois page 81) Le Roi chargea donc Monsieur le Comte de Saint Florentin, Ministre de régler ce problème.

Ce qu’il fit grâce à une lettre de cachet qui permit de faire emprisonner à Mende un Consul du Malzieu qui avait tenu des propos vindicatif à un Maréchal des Logis (adjudant) des Dragons. Lequel fut rapidement libéré car on se rendait bien compte que ces fameuses chasses étaient de plus en plus mal tolérées. Nos braves bourgeois du Malzieu ne semblaient pas être particulièrement tenus en grande estime par Monsieur le Comte de Morangias, père, qui écrivait le 3 mai 1765 : « Le sort de notre malheureux pays se décide au Malzieu par ces aventuriers au milieu des pots et des verres et de concert avec les crapuleux de cette folle cité » (Puech op. cit., p. 13 et Pic op. cit., p. 270).

Il aurait été intéressant de savoir ce que le vieux Comte voulait dire par là mais il semble que, comme Duhamel, il ait nourri un important soupçon contre les Chastel qui fréquentaient alors le Malzieu et qui y entretenaient des solides relations. Mais il est vrai, également, que Monsieur de la Barthe, propriétaire foncier écrivit, à la suite de cet épisode fâcheux, une lettre à Monsieur l’Intendant : « Les Dragons traitent le Gévaudan en vrai pays de conquête, exigent sans payer. Leurs chevaux qui sont aussi nécessaires qu’une troisième roue à un carosse détruisent les récoltes et je crois qu’il ne manque plus que de les brûler pour avoir une vraie image de la guerre… »

On comprend donc fort bien que les consuls du Malzieu, qui étaient assez proches de leur population bourgeoise et paysanne qui ne cessait de se plaindre de Duhamel qui les traitait avec morgue et mépris, n’aient pas été trop motivés par ces battues immenses qui causaient du tort aux récoltes et enpêchaient bon nombre d’artisans de gagner leur vie. Seuls les cabaretiers en tiraient grand profit ! Puech, relaté par Pic, bien que ce dernier accrédite plus volontiers la thèse d’un loup et réfute tout acte de sadisme, fut l’un des premiers auteurs à reprendre les soupçons de Denneval et de Motangias père concernant le rôle important des Chastel dans cette ténébreuse affaire de la « Bête ».

Puech, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Montpellier, Membre de l’Institut, Membre de l’Académie des Sciences et des Lettres publia une étude sur cette fameuse « Bête du Gévaudan » et fut, probablement, le premier à rompre le ronron habituel et convenu en posant la question suivante « Qui était la Bête du Gévaudan » et en répondant sans ambage : 1/ les loups opportunistes 2/ des mystificateurs 3/ et surtout un fou sadique et ses complices Pour ce qui nous concerne nous acceptons volontiers sa proposition en l’inversant, toutefois. Donc en premier lieu l’action d’un fou sadique (le jeune Comte de Morangias, probablement) aidé par des comparses (Jean Pierre Chastel, Jean Chastel et ses deux fils utilisant des animaux dressés fussent-ils chiens, loups, hyènes ou hybrides. Le fait de ne pas avoir découvert de dépouilles de ces divers animaux lorsqu’ils étaient blessés à mort n’exclut pas qu’on ait pu les faire disparaître. On note souvent un assez long moment entre le fait qu’une bête ait été blessée et de nouvelles attaques.

Le fait de l’existence d’une carapace protectrice n’est pas à négliger et expliquerait la relative invincibilité de la Bête. On aura beau parler de charge insuffisante ou de poudre mouillée pour expliquer ce fait comme si les chasseurs de l’époque, habitués à tirer le loup et à l’étendre net, faisaient exprès de charger leurs pétoires avec du plomb à grives après avoir fait pipi sur la poudre rien que pour le plaisir de la voir s’échapper ! Les histoires de calibres, de balles, de chevrotines, de poudre, de balles ne sont que des arguties consistnt à tourner en rond autour du pot. Les chasseurs d’époque n’étaient pas idiots et lorsqu’ils allaient à la Bête ils chargeaient les fusils en connséquence, si les balles et chevrotines ricochaient sur sa peau c’est qu’il y avait autre chose que sa peau.

Et il en va de même pour les armes de hast, baïonnettes et autre Aveyronnais emmanchés (ce n’est pas une insulte à caractère homophobe mais une arme, l’Aveyronnais êtant l’ancêtre du Laguiole ! ) , qui, la plupart du temps, semblaient inneficaces sauf lorsque la Bête (ou les bêtes) était atteinte au cou ou au poitrail.

En deuxième lieu des mystificateurs profitant des méfaits des premiers pour assouvir leurs vengeances. Ce ne sont peut-être que quelques cas isolés, certes, mais le descriptif des méfaits de la bête incite à ne pas les négliger. En troisième lieu des loups ou des chiens errants qui finissaient le travail en dévorant tout ou partie des victimes des deux groupes précédents.

Les agissements de Morangias et des Chastel étant bien évidemment en partie couvert par de hautes protections volontaires ou involontaires. Il suffit de parcourir l’Armorial Général du Velay pour comprendre rapidement que ces grandes familles étaient profondément liées par le sang bleu et ne pouvaient mettre en cause l’un des leurs. Lorsqu’on voit, à notre époque, donc au XXIeme siècle, des individus pervers, sadiques, violeurs tortionnaires et assassins relâchés par la justice pour des raisons de simple procédure ou « parce que c’est comme ça en France, terre de liberté et de droit  » et qui, ce faisant, récidivent immédiatement dès qu’ils recouvrent leur liberté, après qu’un médecin pénitenciaire leur ait prescrit du Viagra, on imagine bien qu’à l’époque la destinée d’un déséquilibré mais issu d’une famille de la plus haute lignée ne devait point trop être perturbée par la magistrature locale ! Il fallut seulement que les bornes étant franchies et les limites largement dépassées l’on décide en très haut lieu que « cela devait cesser ».

Et « On » s’y employa donc mais en prenant tellement de précautions que les crimes continuèrent de plus belle pendant un bon moment encore. Il est, évidemment, assez difficile de rouver des documents « officiels » concernant ces turpitudes comme il est difficile d’en trouver concernant les accidents de Coluche, de Thierry Sabine et de Daniel Balavoine ou les suicides de Pierre Bérégovoy et de François de Grossouvre. Et comme il sera encore plus difficile d’en trouver dans deux siècles !

Ce ne sont donc là que vaticinations d’auteur en recherche de sensationnel, évidemment. Quelque temps après une autre chasse eut encore lieu le 7 décembre et, cette fois, ce furent les habitants de Saint Chély qui refusèrent d’y participer. Habitants de Saint Chely qu’on nommait, et qu’on nomme encore parfois dans la région, les ‘Barabans ». Ce qui en vieille Langue d’Oc se dit « baro es abons » que l’on peu traduire par « barre (gros bâton) en avant » ! Ceci car ils sont assez bagarreurs et qu’ils ont le sang chaud.

Et beaucoup de vitalité avec leur grosse barre en avant ! Barabans ! Ce qui est un compliment que l’on fait, aussi, aux habitants d’Okinawa avec leur « Okinawa Bo » (gros bâton d’Okinawa !) qu’ils manient avec dextérité. Actuellement on pourrait parler de « grosse cane » ceci, évidemment, sans aucun rapport avec l’actualité d’un certain fait divers new-yorkais !

Ces « Barabans de Saint Chely » tout comme les « Crapules du Malzieu », auparavant, refusèrent de se mêler à une des immenses battues de Duhamel ce qui provoqua sa fureur mais, également, sa disgrâce et son départ. Les futures battues d’Antoine, à cheval et aux chiens courants, ne donnèrent pas plus de résultat, d’ailleurs, mais mécontentèrent moins les villageois car si les seigneurs menaient grand train ils ne le faisaient plus, physiquement, sur le dos de l’habitant.

Quelques soient les rapports suspects de Jean Chastel avec la « Bête » ou avec les bêtes, car il semble bien qu’il y en ait eu plusieurs, ce fut malgrè tout lui qui eut le dernier mot, et ce, en chasseur solitaire. Même et surtout si il profita d’une battue organisée par le jeune Marquis d’Apchier, ou Apcher, et d’une douzaine de piqueurs. Il savait parfaitement quel serait l’itininéraire de la Bête de Desge au Mont Mouchet et l’attendit patiemment au bon endroit.

Et probablement la Bête ne fut pas étonnée de le rencontrer là puisqu’elle revenait à son repaire. Mais nous n’en sommes pas là, encore ! Comme disent nos amis britanniques « N’oubliez jamais que le Titanic fut conçu par des spécialistes alors que l’Arche de Noë le fut par un amateur ! » Quant à Duhamel, désavoué, disgrâcié, critiqué Il fut contraint, sous la pression générale, d’abandonner la partie. Non sans avoir laissé une imposante « note de frais »assez conséquente et qui lui fut réglée au liard près !

Tout en fondant en larmes dans les bras de l’intendant Laffont qui n’en demandait pas tant . Et non sans avoir été obligé d’acueillir son successeur, Antoine, et de lui faire bonne figure. Les deux hommes tenteront d’unir leurs forces mais leurs méthodes étaient trop différentes et sources d’innombrables conflits. Denneval cédera donc le terrain à Antoine et à son fils Antoine de Beauterne et rentrrera en Normandie où il continuera à exterminer force loups.

 

L’arrivée de « Monsieur Antoine »

Porte arquebuse du Roi et Grand Louvetier du Royaume et de sa clique constituée des plus fines gachettes du royaume. Au Service Secret de a Majesté ! Mais avec un James Bond de soixante dix ans !

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Les Armes Royales du Couvent des Ursulines au Malzieu Monsieur Antoine Au Service Secret de Sa Majesté ! On le remplace donc par François Antoine, porte arquebuse du Roi et Grand Louvetier du Royaume. accompagné de 14 gardes chasse, d’une meute de plusieurs dizaines de chiens, de limiers et de quatre grands chiens de la Louveterie Royale qui ont chacun tué plusieurs loups.

Le Sieur Antoine, Porte arquebuse du Roi, Lieutenant des Chasses de sa Majesté, Chevalier de l’Ordre Royal de Saint Louis n’est donc pas venu seul et a personnellement choisi huit gardes des Capitaineries Royales, quatre de la Capitainerie de Saint Germain : Dumoulin, Lacoste, Pélissier et Regnault ; un de la Capitainerie de Versailles : Lecomte ; un de la Capitainerie de Fontainebleau : Maréchaux ainsi que les deux gardes brevetés louvetiers Délion et Lestang. De son coté le Duc d’Orléans lui a confié deux de ses gardes à cheval : Lacourt et Rinchard (parfois orthographié Rinchard et même Reinhart) considéré comme un fin tireur et qui sera le Garde du Corps d’Antoine pendant les chasses.

C’est la moindre des choses puisqu’il s’ait de son propre neveu ! Donc un homme de toute confiance et un « taiseux ». Le Duc de Penthièvre en a détaché trois : Bonnet, Lachenet et Lecteur et le Prince de Condé un : Frigaud considéré comme une des plus fines gachettes de France et un pisteur hors pair. A ces gardes il a encore ajouté deux valets de limiers : Berry et Lafeuille et un domestique, Lachenaie, pour son service et celui de son fils cadet, Antoine de Beauterne, son fils ainé étant demeuré auprès du Roi à Versailles.

Précisons pour situer Antoine qu’il est le porte arquebuse, donc le compagnon de chasse, de Louis XV dont l’activité favorite et quasi quotidienne, donc sa passion, est justement la chasse. Ce dernier se sépare donc d’un confident qu’il considère comme un ami qui lui permet, au moins pendant les chasses, d’éviter les courtisans fâcheux. Encore un « homme de confiance » ! Ce n’est donc pas nécessairement de gaité de coeur qu’il envoie Antoine en Gévaudan mais par raison d’Etat. Il s’agirait donc maintenant de l’équivalent d »un « conseiller spécial » (comme le fut Monsieur de Grossouvre, directeur des chasses présidentielles, sous plusieurs présidents de la République !) à qui il a personnellement confié une mission : Faire cesser les troubles en Gévaudan et ceci quel qu’en soit le prix à payer. Mais sans nécessairement lui donner toutes les clés.

Il est du linge sale qui ne se lave qu’en famille et le Roi ne peut pas ne pas avoir été prévenu de la situation sur place par Monseigneur de Choiseul Beaupré dont le père fut l’un des plus importants ministres de Louis XIV . Monseigneur de Choiseul Beaupré qui en dit beaucoup plus dans son Mandement qu’il est convenable de le faire mais qui persiste à être lu de travers ou, du moins, en dehors de la compréhension d’époque.

Antoine ne peut donc se permettre de faillir à cette mission spéciale directement commanditée par le Roi en rentrant bredouille. Au risque de se discréditer et de risquer de perdre une fonction rès honorifique et un rôle de confident que de nombreux courtisans lui envient. Et il va donc faire tout ce qui est en son pouvoir pour mener à bien cette mission. Il en a normalement les moyens avec les meilleurs chasseurs du royaume ainsi qu’une belle meute comportant des chiens louvetiers fort expérimentés et qui ont à leur actif de nombreux loups de belle taille. Particulièrement Rouvard et Briscard deux grands chiens de meute, probablement des lévriers d’Ecosse, qui ont chacun une douzaine de loups mâles à leur seul actif.

Et d’une chienne fin limier nommée Daurade qui est à la gent canine ce que Sherlock Holmes est au genre humain. Sans parler du fameux chien du piqueur Berry, un dogue nommé Lansquennet, qui avait à lui seul et son maître une soixantaine de loups adultes à son tableau de chasse. En réalité une équipe de spécialistes au service secret de Sa Majesté. Certains prétendront qu’il ne s’agissait là que de chiens chassant à vue, ce qui est faux, puisque la meute comprenait plusieurs limiers dont la fameuse chienne Daurade. Les battues reprennent de plus belle avec l’aide des cavaliers de la maréchaussée dont la plupart des  » Gendarmes  » sont issus du terroir.

Au tout début il suit les conseils de Denneval et organise des barttues mixtes utilisant à la fois des cavaliers et des « piétons » en assez grand nombre. le 9 août 1765 l’une d’entre-elles mobilise 117 batteurs armés, plus de 600 hommes et presque une centaine de chiens. Sans le moindre résultat. Antoine décide alors de demeurer, au propre et au figuré, entre professionnels et se se passer des bourgeois, des manants, des vilains, des croquants et de leur ribaudaille. Il décide alors de mener des battues à cheval auxquelles il invite les meilleurs cavaliersn du Gévaudan.

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Le village de Sauzet où Duhamel s’installe initialement On y voit encore plusieurs grands bâtimets d’époque. Il quitte alors le village de Sauzet que lui avait conseillé Denneval et rejoint alors les châteaux du Chamblard et du Besset sur les pentes du fameux Mont Mouchet.

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Le chateau du Chamblard situé entre Paulhac et Venteuges offre sur l’avant scène une façade très classique mais à l’arrière demeure une redoutable bastide du XIIe siècle. Il était à l’époque la résidence principale de Verny de la Vedrine, un gentilhomme qui était également maître verrier et qui connaissait particulièrement bien la région, ses ravines, ses grottes, ses mines de feldspath où la Bête pouvait facilement trouver refuge lorsqu’elle était pourchassée. A l’époque de la Bête, et suivant les cartes, il se trouvais en espace découvert et non en pleine forêt, et à portée de vue du Besset

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Le Besset de nos jours (août 2010)

le chateau qui se trouvait à gauche de la gentilhommière qui sert actuellement de ferme a été totalement razé et il n’en subsiste que quelques gros moellons.

Le Besset se trouve à mi chemin entre la Beysseire Saint Mary et Auvers et donc à proximité de Pompeyrin et de Nozeyrolles sans parler du Chamblard qui actuellement se trouve en pleine forêt mais qui à l’époque était dégagé donc à vue. Ces quelques localités comptent à elles seule le plus grand nombre d’attaques de la Bête, Nozeyrolles détenant le recond absolu avec 13 victimes ! !

Les gardes qu’il avait réparti dans divers villages le rejoignent et il décide non plus d’attendre que la Bête frappe à nouveau mais de prendre l’initiaive en cherchant à la débusquer de son territoire.

Un loup noir de grande taille est abattu par le garde Rinchard !

Notons ici que les gravures d’époque écrivent Rinhard, Rainhard, Reinhardt aors que la plupart des auteurs « modernes » parlent de Rinchard. Pendant ce temps, donc la fin du mois d’août 1765, un loup noir et énorme est tué d’un coup de fusil magistral par le garde Rinchard au bois noir à proximité de Paulhac. On note actuellement que la plupart des loups noirs sont des hybrides entre louve et chien et qu’ils sont, parfois, croisés volontairement.

Ce qui accrédite encre un peu plus la thèse non pas d’un hybride occasionnel mais de plusieurs hybrides volontaires. On attribue donc cette accalmie à cette destruction d’un animal quelque peu extraordinnaire et on pense que la  » Bête  » a été tuée.

Mais la suite prouve qu’il n’en est rien et, comme par le plus grand des hasards, la libération des Chastel précède de très peu de nouvelles attaques sanglantes à proximité de la résidence de ces mêmes Chastel. Et presque sous les fenêtres du Sieur Antoine au château du Besset.

Qui, bien évidemment le fait enrager car aucun loup ne lui a jamais fait tel affront. C’est un peu comme si on venait assassiner quelqu’un dans la cour d’une gendarmerie penndant la visite du Préfet ! Il faut quand même à la Bête un certain culot pour exercer ses méfaits, nombreux et sanglants, juste sous le nez et la barbe d’Antoine, de Monsieur de Beauterne, des plus fines détentes du Royaume, d’une meute de chiens parfaitement exercés à la chasse au loup et de Jean Chastel et de sa tribu.

En toute impunité. Darnes, Pompeyrenc, La Besseyre Saint Mary, le Besset, Nozeyrolles, Auvers, Lair résonnent des cris et des lamentations des parents des petites victimes tandis qu’à trois lieues de là les chasseurs commis par le Roi pour tuer la bête demeurent totalement impuissants. Et tout le monde trouve cela normal ? Et disserte sur les charges de poudre et les formules dentaires. Sans se poser la question, la seule : pourquoi. Et accessoirement : à qui profite le crime ? Dans ce micmac l’hybride il a bon dos !

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Un grand loup noir

Quelques considérations historiques, géographiques, ethnologiques et sociologiques !

Petit ajout nécessaire après nos dix séjours à Paulhac en Margeride.

Beaucoup de grands mots pour apporter quelques précisions indispensables à la compréhension de l’ affaire de la « Bête » !

Nous avons, en Occident, la malheureuse habitude de replacer l’histoire sans aucunement tenir compte du contexte géographique de l’époque considérée. Ainsi dans la plupart des manuels scolaires on présente encore l’empire de Charlemagne sur un canevas géographique actuel ou peu s’en faut !

Canevas qui ne tient évidemment aucun compte des modifications physiques du territoire en question et moins encore de la perception que l’on avait de ce territoire à l’époque dudit Charlemagne. Qui soit dit en passant était l’Empereur à la la barbe rase et non non à la barbe « fleurie » comme on se plait à nous le répèter depuis des siècles.

On a simplement dans son cas précis allègrement confondu fleurus qui signifie ras, à fleur de peau, naissante et floreus qui signifie couvert de fleurs, fleuri. Charlemagne, contrairement à la plupart de ses contemporains portait donc la barbe rase, donc rasée ou naissante. Comme Gainsbourg et non comme Dieu le Père qui, comme chacun le sait est un gros fumeur de Havanes.

Et il y a à peu près autant de différence entre la topographie de l’époque et les cartes actuellement représentées qu’entre Gainsbourg et Dieu le Père ! Mais cela ne dérange pas grand monde puisqu’on s’est déjà habitué depuis l’école primaire à ce tour de passe-passe. Et on te refile de la Sogne d’Auvers par ici et du Bois Noir de la Teynazère par là alors que les rares cartes d’époque ne comportent nullement et aucunement ces mentions particulières.

Mais indiquent, par contre, plusieurs « siagnes » ou « sagnes » qui auraient très bien pu être celles où Chastel abbatit une « Bête ». Et actuellement on nous présente un espace dégagé pour cette « Sogne d’Auvers » alors que la « siagne » d’époque se trouve probablement désormais en pleine forêt. En Chine, par exemple, dès qu’il est question de la période des Tang la représentation géographique est effectuée sur une carte des Tang ! On va prétendre que les cartes de l’époque étaient fausses. Probablement pour l’IGN mais pas pour celles et ceux qui les utilisaient alors ! La carte de l’époque étais simplement la représentation mentale du terrain de l’époque et on s’en servait fort bien pour aller d’une ville à une autre et d’un pays à un autre aussi surement qu’avec un GPS de série. Il y a un peu plus d’un siècle une simple carte de visite et des liquidités suffisaient amplement pour passer l’immense majorité des frontières, donc faire le tour du monde, sauf bien évidemment en cas de guerre locale. Sur ce plan les choses ont bien changé bien qu’on nous rebatte suffisamment les oreilles sur la liberté de circulation.

Effectuer des recherches historiques concernant la « Bête du Gévaudan » sur une carte IGN actuelle, fut-elle d’Etat-Major est comme essayer de rechercher le numéro du portable de Charlemagne. Sur le terrain, tout au plus, on peut imaginer la situation d’époque. Or, contrairement à ce qu’on imagine à tort la forêt occupait alors une superficie beaucoup moins étendue que de nos jours et ceci, particulièrement, sur les contreforts du Mont Mouchet. Les pentes de celui-ci et leurs environs(‘Saugues, Desge…) étaient donc en grande majorité recouvertes de prairies et le landes. Le feuillus dominaient largement les pins suite à une période de refroidissement qui avait duré près de deux siècles, de 1550 à 1730.

Pendant cette période les glaciers descendirent jusqu’à Chamonix. Puis vint une période de réchauffement qui causa un relatif bouleversement climatique et un changement de végétation qui est celle que nous connaissons de nos jours. Pour donner un exemple plus précis le fameux Mont Blanc, qui n’était plus blanc du tout mais vert sale, fut rebaptisé « Mont Perdu » ou « Mont Pourri », ce qui n’incita pas le tourisme d’autant plus que les alpinistes n’existaient pas encore.

Il existe à Club Alpin de Génève une gravure du Mont Blanc, pardon du « Mont Pourri » et datant justement du milieu du XVIIIe où celui-ci apparaît totalement dépourvu des fameuses « neiges éternelles » qui n’ont , évidemment, d’éternelles que le nom afin d’entretenir un fantasme écologique hautement « pédagogique ». C’est à dire du niveau de l’école primaire. Puisque paidos signifie enfant et par extension enfantin – littéralement du grec « sans poil ».

Désolé pour cette précision anatomique. Elémentaire dirait Sherlock Holmes. Il suffit, par ailleurs, d’examiner, non pas de regarder mais d’examiner, les diverses vues du Mont Fuji par Hokusai pour constater, qu’à la même époque, le Fuji San ou Fuji Yama était lui-même très peu enneigé en été et qu’il était, aussi, plutôt gris-vert que blanc. Mais de cela tout le monde se fout puisque ne nous concernant pas. A cette époque la circulation à pied et à dos d’ânes était donc facilitée en zone alpine et on passait facilement de la France, pardon de la Savoie, en Italie, pardon en Savoie comme on passait facilement de la France en Confédération Helvétique sans bien évidemment rencontrer le moindre douanier ni, par ailleurs, le moindre loup dévorant ! Ces fameuses pentes, contreforts et environs du Mont Moucher étaient également beaucoup plus peuplées qu’elle ne se sont aujourd’hui. La « Bête », au vu des effectifs actuels, aurait définitivement rasé plusieurs villages comme La Besseyre Saint Mary, Nozeyrolles, Chanteloube et on en passe.

Nous l’avons déjà dit, le Besset qui compte actuellement 9 habitants résidant le village en comptait alors près de 300 logés soit dans ledit village soit dans de nombreuses métairies proches.

Avec beaucoup moins de forêt et beaucoup plus de monde il était alors assez difficile de se dissimuler si on ne disposait pas de cachettes bien protégées, donc hors de vue des curieux, mais assez facile de communiquer visuellement ou par la voix d’un village à un autre.

C’est un peu le paradoxe de la zone montagneuse où les distances s’accroissent considérablement pour le marcheur ou même pour le cavalier mais où, au contraire le « vol d’oiseau » permet un contact quasi permanent de jour comme de nuit. Il suffit d’être placé au bon endroit et au bon moment pour prévenir de l’arrivée ou du départ d’une chasse, d’une troupe ou même d’individus isolés. Lorsqu’on observe la photo du « Bois Noir » de Desges en bas de cette page il est difficile de se rendre compte que quelqu’un situé à l’emplacement du photographe sur ce chemin peut communiquer par geste ou par miroir à quelqu’un se trouvant tout en haut de la sogne que l’on voit en face, où voir ce qui se passe sur celle-ci alors qu’il lui faudrait plus de deux bonnes heures à pied pour gagner cette sogne la pente étant presque à pic. A cheval, par contre il conviendrait d’effectuer un large détour de près de trois heures pour gagner cette même sogne.

Mais un animal sauvage, fut-il dressé, mettrait moins d’une demie heure. Il est donc assez facile d’appeler un animal puis de disparaître rapidement ou de prévenir un ou plusieurs complices si une battue se présente. Lorsqu’on sait qu’à l’époque il existait beaucoup plus de chemins que de routes on comprend que des individus à pied et connaissant fort bien le terrain pouvaient aisément leurrer les grandes battues surtout lorsqu’elle avaient lieu à cheval. Plus de quatre vingt pour cent du territoire concerné entre le Mont Mouchet, Desges, Venteuges demeurant inaccessible fut-ce au meilleurs cavaliers.

Répétons ce qu’affirmait Monsieur Antoine lui-même à ce sujet. « J’ai l’honneur de vous faire observer, M.M., que depuis cinquante ans que j’ai exercé des chasses de toutes sortes, tant en France qu’en Allemagne, au Piémont et les Pyrénées, je n’ai jamais vu de pays pareil à celui-ci et aussi difficile ! «