SUR LES TRACES DU TAIJIQUAN EN FRANCE

Par Georges Charles

Sur les traces du Taijiquan en France Qu’on le veuille ou non, l’un des tous premiers à avoir officiellement, donc avec pignon sur rue, enseigné le Taijiquan en France à la fin des années soixante, d’ailleurs sous la dénomination de Taidji, fut le maître Sino-Vietnamien Hoang Nam qui tenait un cours, pour ses anciens, rue de Montmorency à Paris.

Hoang Nam enseignait le “Taidji” à la fin des années soixante à Paris
Si on excepte la littérature anglo-saxonne (dont les deux classiques essentiels étaient alors « T’ai Chi » de Cheng Man Ching et .W. Smith publié chez Tuttle et « Fundamentals ou Tai Chi Ch’uan » de Wen Shan Wang), vers la même époque parut, sous la plume d’Edward Maisel et préfacé par Philippe de Méric, un ouvrage intitulé Taï Chi Chuan – La Gymnastique Chinoise – (Editions MCL Paris 1969) et qui se vendait dans les maisons de régime et les boutiques diététiques.
Et qui, somme toute, est assez intéressant car il ouvre de nombreuses pistes et donne même la traduction de plusieurs textes classiques comme l’ »Exposé pratique des Treize Mouvements » attribué à Wang Chung Yueh.

L’un des premiers ouvrages en français sur le Taijiquan (Taï Chi Chuan)

Au tout début des années soixante dix, Li Guanghua, élève d’un certain Luo, disciple direct de Yang Chengfu animait un groupe dans le cadre du département de psychomotricité de l’Hôpital de la Salpétrière *.
Lié d’amitié avec Karlfried Graf Dürckheim, il initia quelques pionniers de cette discipline en France dont Ram et Jean Gortais.

La troisième édition de l’ouvrage de Jean Gortais sur le Taijiquan

Auparavant Li Guanghua avait également initié plusieurs de ses élèves au Taijiquan mais en privé et ceci, probablement, à partir des années cinquante lorsqu’il arriva en France.

Li Guanghua (1914 1977) issu de l’ouvrage de Jean Gortais

Il en est de même, d’ailleurs, pour Wang Zemin (Wang Tse Ming ou Tai Ming Wong) qui enseignait à Paris les Arts Internes dès 1949 mais entre compatriotes chinois expatriés.
Plusieurs cours de Taijiquan avaient donc probablement lieu à Paris, à Bordeaux à Lille et dans quelques villes de France comportant une communauté chinoise.

Il est, par exemple, étonnant de constater que Ho Chi Minh, pourtant Vietnamien, fut filmé au tout début des années cinquante pratiquant le Taijiquan avec un assistant assez terrorisé.
Il est donc possible que certains membres de la communauté vietnamienne, proches de ce leader charismatique, aient pratiqué le Taijiquan à Boulogne Billancourt !

Mais dans ces cas il ne peut être question de « cours » puisqu’il s’agissait d’entraînements en privé et réservés aux initiés.
Au début des années soixante dix, James Kou se fit connaître et créa la première fédération concernant cette pratique encore mal connue en occident.
En 1971 fut publié le très remarquable « Soins et Techniques du corps en Chine, au Japon et en Inde » de Pierre Huard et Ming Wong (Berg) et qui consacrait un important chapitre à cette pratique dont une forme avec épée et une forme assise destinée aux vieillards mais qui passa, à l’époque, assez inaperçu.

En 1973 paru un ouvrage de Dominique de Wespin intitulé « Sur les traces du Tai Ki Tchuan » ( André Gérard Marabout) et qui traitait, en fait, d’automassage, ce qui montre que le Taijiquan était déjà un peu mis à toutes les sauces.

Mais c’est en 1975 que la parution du fameux T’ai-ki k’iuan (avec les apostrophes et les tirets !) de Catherine Despeux, publié dans la collection de Mémoires de l’Institut des Hautes Etudes Chinoises, fera l’effet d’une petite bombe dans le Landerneau de la pratique.
Il s’agissait originellement d’une thèse universitaire assez aride mais qui se vendit à plusieurs milliers d’exemplaires et qui fit rapidement autorité.
Plusieurs versions lui succédèrent avec des remises à jour successives et quelques modifications dans les généalogies et l’historique initial, l’auteur ayant été contactée et quelque peu influencée par les responsables de la République Populaire de Chine.

Peu de temps après fut publié le « Taiji Quan » de Jean Gortais (Le Courrier du Livre), d’ailleurs préfacé par Ram, qui devint à son tour un « classique » depuis réédité.
Suivirent toute une série d’ouvrages, assez inégaux, de Michael Minick (Flamarion 1975), de Da Liu (SBN 1976), de Charles Antoni (EPI 1977).

De leur coté, plusieurs Karatékas comme Roland Habersetzer et Pierre Portocarrero, firent connaître la version japonaise du Taikyokuken de Yong Meiji (Yang Ming Shi).
A la fin des années soixante dix le Taijiquan, sous ses multiples transcriptions et ses diverses tendances, était déjà bien implanté dans de nombreux clubs dont les célèbres MJC de quartier.

En 1979, par exemple, ce fut à l’initiative de plusieurs enseignants parisiens et de province, Charles Li, Serge Dreyer, Edmond Goubet et Georges Charles, que put être invité, pour la première fois, en France, le Maître Wang Yen-Nien de Taiwan.

Wang Yen-Nien du Yang Michuan Taijiquan

C’est l’époque où se dessinèrent les principaux grands courants qui se manifestent encore aujourd’hui. * Expérience exceptionnelle pour l’époque où le corps médical était probablement plus ouvert qu’aujourd’hui…