LE GINSENG

Une panacée pour l’hiver

par Georges Charles

Ren Shen (Gin Sen) : le ginseng (Panax ginseng)

 

 

LES VISION CHINOISE ET OCCIDENTALE CLASSIQUES Comme son nom scientifique l’indique (Panax ginseng) le ginseng est considéré depuis plus de deux millénaires en Chine comme une panacée.
Or, « Pa-naxos », en grec, signifie simplement « qui guérit tout » !
Ce qui est peut-être quelque peu excessif.
En Chine il se nomme en mandarin Renshen (Jen Chen) et en cantonnais Gin Sen, ce qui signifie littéralement « racine humaine » ou « racine anthropomorphe » car sa racine fourchue et digitée, portant des rides comme un doigt, évoque une silhouette humaine. Cette particularité, cette « signature », est à l’origine profonde de son extraordinaire renommée.

Ginseng : le totum – la plante entière – ici elle porte ses fruits

En Occident, une réputation fort semblable concernait, pour les mêmes raisons, la mandragore dont le nom grec signifiait également « de forme humaine » et dont le nom occitan « menerba » (homme-herbe) évoque également Minerve.
Dans un cas comme dans l’autre on imaginait que le sol avait été ensemencé par un génie (Mingshen) de la forêt ou par le sperme d’un pendu !
Il s’agissait donc, plus ou moins, d’un homoncule, sorte d’embryon ou de petit être doué d’un pouvoir surnaturel qu’utilisaient les sorciers et certains alchimistes.
De ce fait son nom taoïste ésotérique est « Jing Shen », littéralement « Essence-Esprit. Puisqu’il provient de la rencontre entre l’Energie-Essence de la Terre (Jingqi ou Tching Chi) et l’Energie-Esprit du Ciel (Shenqi ou Chen Chi).
Il se constitue donc, toujours suivant les Taoïstes, de l’union entre le « Petit Yang » ou les Nuages (Yun) qui montent de la Terre (Grand Yin) et le « Petit Yin » ou la Pluie (Yu) qui descend du Ciel (Grand Yang).

La petite sirène version chinoise : la plante antropomorphe par excellence !

Or, dans la terminologie taoïste les « Jeux des Nuages et de la Pluie » (Yunyushi) symbolisent l’harmonie du couple dans l’acte sexuel.
Le mouvement harmonieux entre Grand Yin (Terre), Petit Yang (Nuages), Grand Yang (Ciel) et Petit Yin (Pluie) n’est autre que le mouvement du Taij, donc du Tao.
Nuages et Pluie représentent également le Dragon Vert (Qinglong) et le Tigre Blanc (Baihu) qui « rugissent ensemble ».
Le Ginseng, la racine de ginseng, les potions à base de ginseng sont donc censées « restaurer l’essence (Jing), favoriser l’énergie (Qi), éveiller l’esprit (Shen) et ont toujours été considérées, en Chine et dans tout l’Extrême-Orient, comme favorables à la santé, à la vitalité et à la sexualité.
En effet, le Jing (principe essentiel) se manifeste dans le sperme, le Qi (énergie vitale) puissant facilite l’érection et l’esprit (Shen) éveillé motive l’imagination et la créativité.
En médecine chinoise classique, le ginseng est donc classé au tout premier rang des « Neuf Plantes Royales » depuis le Bencao (Pen Tsao) (Pharmacopée) attribué à Sheng Nong et datant, suivant Needham, du second siècle avant notre ère.
Suivant cet ouvrage magistral : « Il répare les Cinq viscères, rééquilibre le corps (Xing) et l’esprit (Shen), prolonge la vie (Sheng), renforce l’énergie (Qi), accroît l’essence (Jing) et facilite la reproduction ». Des ouvrages plus récents ajoutent qu’il tonifie le Yang de la rate et du poumon, qu’il tonifie et accroît l’énergie vitale, qu’il produit des liquides et qu’il équilibre l’esprit.
Il est donc recommandé comme un grand tonique en cas de fatigue profonde due à l’âge ou au surmenage physique et intellectuel, pour renforcer en profondeur les défenses corporelles de l’organisme et en cas de difficultés sexuelles.

Que demander de plus ?

Une explication plus occidentale peut-être.

Quelques analyses occidentales récentes
Depuis la « découverte » de ses propriétés pharmacologiques, en 1854, par un chercheur américain du nom de Garigues, le gingeng n’a cessé d’être étudié et analysé dans de nombreux laboratoires par de multiples chercheurs.
Ces analyses démontrent la présence d’un glucocide essentiel, la panaquilone ; d’une huile essentielle, le panacène ; d’un saponide, le panaxoside ; de résines et mucilages ; d’acide panacique et d’autres acides gras ; de vitamine B ; de phytostérol et de diverses hormones ayant un effet oestrogénique et androgénique.
Ces divers composés justifient donc bien la plupart des propriétés pharmacologiques attribuées au gingeng. Suivant plusieurs auteurs la plante agit donc à la manière des amphétamines sans présenter les inconvénients de ces dernières.
Il possède, en outre, une action anti-inflammatoire proche de celle de la cortisone.
Son action stimulante sur les glandes sexuelles ne semble donc désormais plus son seul spectre d’utilisation vis à vis du grand public car il s’agit, réellement, lorsque le ginseng est de bonne qualité, d’un produit très utile en cas d’asthénie, de fatigue ou de stress, donc d’un tonique exceptionnel.
Il peut donc être utilisé sous diverses formes et dans de nombreuses prescriptions.
En Chine on utilise volontiers la racine (radix) simplement séchée (ginseng blanc) ou conservée à l’aide de glucose et par séchage en étuve (ginseng rouge) que l’on découpe en fine lamelles et que l’on laisse infuser dans de l’eau bouillant mais également la poudre de ginseng également utilisée en tisanes et décoctions ainsi que diverses macérations dans de l’alcool ou du vin de riz qui se consomme en petites quantités.
La racine de ginseng peut également être utilisée en « alicament » dans la confection de plats ou de potages médicinaux (poulet noir au ginseng).
Les feuilles de ginseng servent également à parfumer le thé mais sont d’un effet moindre que la racine.
Enfin, le ginseng entre dans bon nombre de potions et préparations magistrales composées de plusieurs éléments végétaux, minéraux et animaux (cornes de cerf, os de tigre…).
En Occident le ginseng est généralement utilisé sous la forme d’extraits (ampoules), de poudre (gélules) ou de composés (boissons toniques, en association avec de la gelée royale) ainsi que dans diverses préparations médicinales et diététiques.

 

QUEL GINSENG CHOISIR Quel ginseng choisir ?

 

Une belle racine quelque peu “magique !”

 

A moins de disposer d’une fortune considérable ou de connaître un vieux maître taoïste chinois ou coréen, un chamane Oïgour…il faudra se contenter de ginseng cultivé comme de vulgaires carottes.
En effet, le vrai ginseng sauvage demeure hors de prix.
Wang Tse Ming (Tai Ming Wong), avec qui j’ai travaillé pendant près de dix années et qui en commercialisait professionnellement, me montrait des racines qu’il allait acquérir lui-même en Corée, qui provenaient de Mandchourie et qui étaient destinées à de riches vieillards de la communauté asiatiqu et qui valaient pour la plupart plusieurs milliers d’euros.
Une racine exceptionnelle peut donc valoir le prix d’une petite voiture !
Inutile de préciser qu’on ne la retrouvera pas dans une potion miracle vendue en grande surface !

Toujours suivant Wang il existait cinq grandes qualités de ginseng cultivé :
La première, qualifiée de « ginseng de mandchourie », provient des contrées situées de part et d’autre de la frontière entre la Chine (Heilong, Jiling, Liaoning) et la Russie (Khabarovsk, Oussourisk, Komsomolsk), le long du fleuve Amour (Heilong Jiang).
La seconde provient de Corée où elle est cultivée depuis le XIIIeme siècle dans la province de Pionyang à Buk Do ainsi que dans les montagnes Surak, Odae, Chiri et Kaya.
La Corée du Sud est évidemment le premier producteur mondial de ginseng cultivé, généralement de bonne qualité.
La troisième qualité provient du Japon où la plante est cultivée semi-industriellement sur les côtes ouest des îles de Hokkaido et de Kyushu sur des plants achetés aux Coréens et aux Russes.
La quatrième qualité provient du Caucase (Réserve de Tiberdine).
La cinquième, enfin, provient des Etats Unis et du Canada où elle est récoltée depuis fort longtemps.
Le fameux Daniel Boone en avait accumulé près de quinze tonnes perdues dans un naufrage en 1787 !
Mais il s’agit alors d’un très proche cousin du Panax ginse, le Panax pseudoginseng (ou Panax notoginseng encore parfois nommé, à tort, Panax quinquefolium). Cette plante est également cultivée en France dans les Causses et le Massif Central mais sa production n’est pas encore très importante pour être significative.

 

L’alcool médicinal dit de “Hua To” contient du ginseng

 

 

Ainsi que l’alcool dit des “Cinq Racines” (Wu Chia Pi Chew ou Ng Ka Bi Kiu)

 

Une liqueur de racine de ginseng de corée

 

Concernant cette notion, essentielle pour les experts chinois et asiatiques, de qualitatif, il convient de savoir qu’elle n’est que très peu prise en compte par les chercheurs occidentaux qui se contentent le plus souvent, pour leurs expériences, de panax pseudoginseng de la plus médiocre qualité.
Le prix de revient des meilleures racines de Mandchourie dissuade en effet, et heureusement, les chercheurs de tous poils d’administrer une tisane valant plusieurs milliers de dollars à des rats qui n’ont pas besoin de ginseng pour se reproduire allégrement !

Quelques racines qui ne sont probablement pas à la portée de la bourse des chercheurs
occidentaux !
Sur la photo quelques dizaines de milliers de dollars au bas mot !

 

Comme pour le Shiitaké (Lentinus Edodes) dont on tire le lentinan utilisé dans les tri-thérapies et qui n’est autre que le vulgaire champignon parfumé des restaurants chinois ce rapport de qualité, même dans les espèces cultivées, varie de un à cent.
Une seule racine de ginseng comme un seul champignon de la meilleure qualité peut valoir l’équivalent de plusieurs kilos du même produit en qualité médiocre.
Ce rapport passe de un à dix mille pour une racine ou un champignon sauvage de la meilleure qualité et une production médiocre.
Il est donc probable que les effets ne soient pas tout à fait les mêmes mais les « chercheurs » occidentaux ne s’occupent pas de ces considérations non scientifiques qui ne sont à leurs yeux que des racontars ou des légendes.
Enfin, quelle que soit la qualité il existe, concernant la racine, deux modes essentiels de conservation (si on excepte les macérations dans l’alcool, les extraits ou les teintures).

 

Extrait concentré de ginseng de Corée (type mélasse)

La première consiste à simplement faire sécher la racine qui demeure blanche mais qui est alors très fragile et particulièrement appréciée de nombreux insectes ravageurs.

Dans les mauvaises qualités elle risque donc d’être traitée par des pesticides ou des insecticides afin de la préserver.

La seconde consiste à tremper la racine dans une solution à base de glucose puis de la faire sécher en étuve.
Elle devient alors translucide et d’une couleur brun-rouge.
On la qualifie alors de « ginseng rouge ».

Ce traitement permet une meilleure conservation et une meilleure tenue à la coupe
L’inconvénient est que des petits malins profitent de ce traitement naturel pour extraire de la racine ses principes essentiels qu’il commercialiseront parallèlement en effectuant un double bénéfice *.

* ‘J’ai déjà dénoncé ce fait il y a plusieurs années dans le Magazine mensuel “La Vie Naturelle” ce qui nous a valu une levée de boucliers de tous mes
Seule une analyse de la plante permet de restreindre ce risque.

De plus, dans un cas comme dans l’autre, il existe des contrefaçons effectuées à partir de racines ayant une ressemblance avec celle du ginseng (angélique…et même réglisse !).

Mieux vaut donc acheter son ginseng sans prendre trop de risque dans une boutique sérieuse ayant pignon sur rue.

Donc en pharmacie.

Il est en effet probable que le pharmacien ne prendra pas le risque de vendre n’importe quoi sous l’appellation de ginseng et il pourra probablement en identifier la provenance.

Cela est important car le ginseng produit en trop grandes quantités et traité industriellement contient souvent un taux important de pesticides, de résidus d’engrais et de conservateurs.

Pour le ginseng vendu en maison de régime, mieux vaut se fier aux marques connues qui, pour les mêmes raisons, éviteront l’arnaque généralisée.

En ce qui est de la correspondance ou de la vente à domicile une grande méfiance s’impose car le ginseng se prête très bien à de multiples escroqueries à la petite semaine, surtout vis à vis des personnes âgées.

Prévenez donc vos grands parents et dirigez les éventuellement vers le pharmacien si ils vous en parlent !

Il est encore possible d’acheter son ginseng chez un épicier asiatique, mais dans ce cas particulier mieux vaut demander à un ami asiatique d’effectuer la commission.

En règle générale il sera mieux servi.

Ce n’est pas une critique, c’est une constatation.

Dans ces épiceries, par contre, vous pourrez acheter en confiance de l’alcool au ginseng (Jinro) provenant de Corée et garanti par le gouvernement coréen.

Mais n’en abusez pas.

Une cure de ginseng dure deux à trois semaines pendant lesquelles il convient d’éviter de boire du thé ou du café

Les puristes chinois ajouteront et de manger de la viande de chien aux haricots rouges.

Evitez donc pour un moment le « Chili con carne » de provenance incertaine !

Enfin, et c’est important, le ginseng demeure principalement un remède masculin
Un abus chez la femme, particulièrement ménauposée, peut provoquer des désagréments hormonaux (effets oestrogéniques et androgénique) développement du système pileux, perte de cheveux.

En Chine l’équivalent féminin du ginseng est l’alisma plantago (ou alisme plantain d’eau).

Mais c’est une autre histoire.

 

 

Habu Sake d’Okinawa avec vipère, frelon et…ginseng
Cet alcool est désormais strictement interdit par la Convention de Washington et a été à l’origine de la disparition de la vipère Habu (vipère asiatique à cornes) d’Okinawa.
On en trouve toujours, malheureusement, au marché noir.

 

ET LE GINGEMBRE ALORS ? Et le gingembre ? Ne pas confondre, comme c’est souvent le cas, ginseng et gingembre
Comme on ne confond pas Viagra et aspirine ! De son coté, le rhizome de gingembre (Sheng Jiang) possède la particularité de « générer de la chaleur, de réchauffer les organes atteints par le froid, d’augmenter les secrétions de l’estomac et de l’intestin grêle
Il provoque la transpiration, neutralise les toxiques, accélère la circulation sanguine, est digestif, élimine la mauvaise haleine et stimule l’activité cérébrale » (Bencao) .
Donc quand vous demandez du gingembre confit à la fin d’un repas chinois et que le serveur vous l’apporte avec un air entendu et égrillard, c’est simplement qu’il existe une confusion, soigneusement entretenue par les restaurateurs asiatiques, entre ginseng et gingembre.

C’est l’une des raisons pour laquelle ils en vendent beaucoup, particulièrement le soir.
Si on excepte le fait qu’il réchauffe le corps, neutralise la mauvaise haleine et stimule l’activité cérébrale, le gingembre, frais, cuit ou confit, n’aura donc aucune influence propre sur votre sexualité si ce n’est sur votre libido par simple effet placebo.
Il vous permettra par contre de mieux digérer les pâtés impériaux un peu trop gras et donc de moins somnoler à l’instant fatidique !
Il est, par contre, conseillé pour combattre les refroidissements et le rhume pris à son début, ce qui en hiver est fort utile. Recette pour l’utilisation d’une racine de ginseng de bonne qualité.

(recettes confiées par Wang Zemin (Wang Tse Ming ou Tai Ming Wong) 1909 2002 )

 

 

Pilules médicinales au ginseng

 

La meilleure et la plus simple consiste à plonger la racine de ginseng, blanche ou rouge, dans une bouteille d’alcool blanc de bonne qualité, de la laisser macérer au moins trois semaines et de consommer cet alcool en petites quantités soit pur soit dilué dans le l’eau tiède.
Au fur et à mesure de l’utilisation il est possible de rajouter un peu d’alcool afin que la racine soit toujours recouverte.
Wang Tse Ming rappelait que le terme ” médicament ” ou ” potion ” s’écrit en chinois avec la racine ” alcool” .
Comme en Occident ou le médicament se disait “drogue” avant de devenir pharmaciens-apothicaires les vendeurs de médicaments se nommaient des droguistes. cela implique qu’il ne faut pas en abuser !

Comme, par ailleurs, les archéologues se nommaient antiquaires.
Et que les physiciens étaient des médecins, le terme “physician” chez les Anglo-Saxons désigne encore le médecin. Ce qui explique le nombre très important de “physiciens” dans les feuilletons télévisés made in USA.
Découper la racine, blanche ou rouge, en tranches fines.
Dans une théière très propre déposer quatre tranches, juste les recouvrir d’eau de source (ne pas utiliser l’eau du robinet qui, comme pour le thé, provoque un précipité qui restreint la diffusion des principes essentiels de la plante) froide.
Laisser reposer une trentaine de minutes. Ajouter l’équivalent de deux tasses à thé d’eau très chaude mais non bouillante (juste quand de petites bulle commencent à se produire) et laisser infuser encore une vingtaine de minutes.
Eventuellement sucrer avec du miel de bonne qualité (les richissimes Chinois utilisent du miel de ginseng !).
Boire lentement soit le matin, soit immédiatement avant de se coucher.
On peut utiliser les mêmes tranches trois fois.
Une racine de taille normale sert donc pour une cure de deux semaines.
Si il est difficile ou impossible de couper la racine (cela se fait avec un tranchoir spécial) il est possible de la casser en petits morceaux à l’aide de deux pinces.
Dans ce cas laisser infuser les morceaux à l’eau froide une journée entière. Concernant les extraits (ampoules), les composés (pilules), les poudres (gélules) il convient de les prendre la matin, de préférence après le petit déjeuner en les accompagnant d’un peu d’eau chaude (les Chinois disent « eau cuite », l’eau froide étant « eau crue ») ou d’une boisson légèrement sucrée.