La balnéothérapie en Occident et en Orient

Par Georges Charles

L’Occident et ses bains de l’antiquité à nos jours

Si en Occident Grecs et Romains, après les Crétois et les Phocéens, ont été de grands utilisateurs des thermes puisqu’on retrouve ceux-ci dans la plupart des cités et souvent même jusque dans les villas, la Gaule n’était pas en reste puisqu’on retrouve à Paris les ruines des Thermes des Nautes, à Lutèce, mêlées aux ruines de l’Abbaye de Cluny, juste à l’angle du Boulevard Saint Michel et du Boulevard Saint Germain.

frigidarium Cluny

La grande salle du “frigidarium” des thermes de Cluny qui sert, désormais, de lieu d’exposition au Musée de Cluny.
On imagine la taille exceptionnelle de ces fameux thermes dont Gaulois et Romains se partagent la paternité.

pilier des Nautes

Le fameux “Pilier des Nautes” qui est, à ce jour, si on excepte la Tombe d’Isis découverte sous le Parvis de Notre Dame, le plus vieux monument de Paris.
Il est exposé dans le frigidarium des thermes de Cluny.

Thermes gallo-romains de Génainville

Les thermes gaulois puis gallo-romains de Génainville dans le Vexin.
Ce lien n’est pas ouvert au public et est encore en fouilles archéologiques.
Un théâtre antique de plus de 10 000 places y a été découvert, on recherche donc une ville importante dans les environs.
Il est plus important en dimensions que celui de Lutèce.
Ce site représentait une sorte de parc de loisir où l’on pouvait venir y assister à des représentations théâtrales, profiter d’installations thermales de grand luxe et y consommer, particulièrement, des huîtres vendues dans ce que les archéologues d’aujourd’hui nomment “habitats parasites” accolés au théâtre en arènes semi-circulaires.
Ce qui n’empèchait pas la présence de plusieurs temples dédiés à des divinités locales auxquelles on pouvait venir effectuer des offrandes.
Et, visiblement, des espaces de jeux où l’on pouvait venir tenter sa chance et dépenser son argent.
Ce qui prouve que nos lointains ancêtres, mais pas si lointains que cela, ne différaient pas trop de nous.
Ces termes de Lutèce étaient fort luxueux et appartenaient à la puissante corporation de ceux qui étaient chargés de faire traverser la seine aux pèlerins venus se recueillir sur l’Ile de la Cité, à l’emplacement actuel de la cathédrale Notre Dame où se trouvait alors un temple renfermant le tombeau d’Isis.
D’où le nom de la tribu des Parisis qui occupait alors la partie nord de l’Ile de France et qui a, bien plus tard, donné son nom à la Capitale de la France, les pays des Francs.
Les armoiries de la Ville de Paris représentent toujours une nef qui décrit l’un de ces bateaux qui affrontaient les remous de la Seine, souvent fort capricieuse à cet endroit et particulièrement à proximité des îles, ce qui fut également à l’origine de la devise des Nautes, évidemment latinisée, « Fluctuat Nec Mergitur ».

Fluctuat Nec Mergitur et nef de Paris

La fameuse devise des Nautes de Lutèce
La nef gauloise civile a été fortement romanisée, voire césarisée, puisqu’elle a été transformée en galère militaire !
Ce qui représentait à l’époque un avertissement puisque fluctuat ne représente pas la flottaison, comme on le croit en « latin de cuisine » où tabla est opposé à mesa, mais bien des fluctuations donc des remous.
Cela se traduit donc plus justement par « Bien que secoué (battu par les flots) il ne sombre pas » !
Ou « malgré les remous vous ne risquez rien » !
Donc « dormez tranquille tout va bien, la situation est sous contrôle ! »
A condition, cependant, de payer son droit de passage incluant, probablement, une assurance.
Ce qui faisait de cette corporation des Nautes l’une des plus puissantes de la bonne Ville de Lutèce et des gens capables de se faire construire les plus beaux bains d’Occident.
Mais comme on nous a toujours dit que les Gaulois étaient sales et que ce sont les Romains qui nous ont apporté avec la civilisation l’hygiène et donc les bains publics il ne faut pas le répéter.
La plupart des historiens vous diront donc que ce sont des bains gallo-romains puisqu’on n’a pas la preuve absolue que ce soient les bains des Nautes dont parlent pourtant les Romains !
Oubliez donc également la fameuse Tombe d’Isis qui rendait les Egyptiens et les Romains jaloux et les mêmes historiens perplexes.
Circulez il n’y a rien à voir et encore moins à savoir !
Il suffirait, pourtant, de lire Pillement, Membre de l’Institut, dans son « Histoire des monuments détruits de l’art français » pour avoir une autre vision des choses.
Les Germains de leur côté, à la même époque, fréquentaient, aussi les sources thermales avec beaucoup d’assiduité et probablement autant que leurs voisins Nordiques qui, entre deux réunions de Druides, à l’Althing ne dédaignaient pas les plaisirs du Sauna et des sources chaudes.
En un mot comme en cent les gens de l’antiquité se baignaient beaucoup et pour diverses raisons.
La plupart des sources thermales avaient déjà été découvertes et utilisées avec profit.
Pendant l’âge médiéval, contrairement à une croyance répandue, on se baignait également beaucoup dans les villes et dans les bourgs ou les « étuviers », donc des bains publics ou semi-publics, étaient nombreux mais entretenaient parfois une assez mauvaise réputation de « bordeaux » terme d’époque qu’on évitera de traduire afin de ne pas porter de tort à la Capitale d’Aquitaine.

étuve au moyen âge

Un de ces fameux “étuviers” de l’âge médiéval.
On s’y baigne, on y boit, on y mange et, souvent, on s’y couche !
D’où une assez mauvaise réputation.

Notre Bon Roi Louis IX, pas encore Saint Louis, était un adepte de ces fameux bains ou l’on pouvait rencontrer des dames de petite vertu.
Bon nombre d’entre eux se trouvaient par ailleurs rue de Saint Denis et il suffisait de « passer le pont », mais dans le sens inverse des pèlerins, pour s’y rendre.

Bains publics au moyen âge

Quelques nobles chevaliers au bain.
On reconnaît étrangement quelques signes de reconnaissance.

L’Ordre du Bain et la douche écossaise !

Originellement il s’agit d’un bain purificateur ayant lieu avant l’adoubement du chevalier.
En 1399 le Roi Henry IV d’Angleterre prend un bain avec 36 de ses écuyers.
Ce sera l’origine de l’Ordre du Bain ou “Most Honourable Order of the Bath” dont la devise sera ” Tria Iuncta In Uno” (Les Trois s’Unissent en Un) qui peut, aussi, nous rappeler quelque chose.
La formule de l’adoubement était alors la même en France et en Angleterre où elle était prononcée en français :
“Au Nom de Dieu de Saint Michel et de Saint Georges, je te fais Chevalier – sois brave, loyal et généreux – ”
Et ceci était suivi de la colée qui est devenue une accolade.
Le bain possède donc encore une grande valeur symbolique qui s’est perdue en Occident.
Les interjections “Crénom de Dieu” (donc Nom de Dieu et Crévindiou) (Par le Sacré nom de Dieu) ;”Palsambleu” (Par le Sang Bleu (royal) du Christ) ; “By Jove” (Par Jupiter – pour ne pas citer Dieu) datent de cette époque où, à la Cour d’Angleterre on parlait aussi français.
Tandis que sur les champs de bataille on criait aussi “Merci, Merci !” ou “Mercy, Mercy” ce qui voulait dire “Pitié, pitié !” auquel on répondait par “Sans merci, pas de quartier !” que l’on traduit par “Sans pitié, on ne fera pas de prisonniers (pas de rançon !”
En mauvaise posture il était possible d’annoncer le nombre de quartiers de noblesse, quatre pour un marquis, trois pour un duc, deux pour un comte et un pour un baron, rois et princes se trouvant au dessus de la mêlée, ceci afin de faire savoir à l’ennemi sur le point de conclure l’importance de la rançon et d’espérer sa sauvegarde.
Les Ecossais, quant à eux, payaient rarement de rançon ce qui est à l’origine de leur proverbiale avarice ou du moins prodigalité et à l’inverse des Godons, donc des Anglais, ne prenaient pas de bains mais des douches alternant le froid et le chaud, lointain souvenir de leurs origines nordiques, système encore connu sous le nom de “douche écossaise”.

De la Renaissance à nos jours

C’est plus tard, au tout début de la Renaissance, que le Bon et Grand Roi François Premier aimait à se divertir en sortant le soir dans cette même rue de Saint Denis, à proximité de la rue Saint Sauveur, et donc de la Cour des Miracles, pour aller chasser le malandrin qu’on nommait alors « de sac et de corde ».
Accompagné de quelques sbires de sa garde, mais en tenue civile, donc bourgeoise, il se rapetissait du haut de ses deux mètres, ou presque, et lorsqu’on lui demandait fort courtoisement « la bourse ou la vie » il se redressait, saisissait le coupe jarret ou le tire-laine par le col et lui envoyait une formidable mandale derrière la nuque et qui porte encore le nom de « coup du Père François ».
Mais si on excepte quelques archevêques transalpins on se lavait moins à cette époque de la Renaissance que pendant le Moyen Age fut-il le plus bas.
Henry IV, ou Henri de Navarre, surnommé le « Vert Galant » se piquait de sentir le vieux bouc et aimait que ses compagnes, fussent-elles de futures Reines, fleurent bon la nature lorsqu’il les honorait en « deux coups de queue hier à Pau ».
Le roi ayant montré la mode il eut été de mauvais goût de ne pas l’imiter et le bain ne fut plus en odeur de sainteté.
Les divers successeurs du Bon Roi Henri ne firent pas preuve de trop d’hygiène et il faudra, malheureusement, attendre Napoléon le Petit, donc le Troisième, pour que, grâce à se femme la Grande Eugénie, les bains retrouvent leur splendeur et surtout leur public.
Le Petit Napoléon ayant eu autre chose à faire qu’à aller aux eaux comme on disait à l’époque, la plupart de ses maréchaux bien que pomponnés comme des poules de collection devaient sentir les pieds, la poudre de riz et les parfums qui étaient à la mode et fort prisés par l’Empereur qui fit même créer une eau de Cologne spéciale « Bouquet Impérial » qui fit les beaux jours de la Maison Roger et Gallet.
Seul Talleyrand, semble-t-il, prenait le temps de consacrer une partie de sa matinée pour ses ablutions ce qui n’empêcha pas Napoléon de le traiter « de merde dans un bas de soie » ce qui n’était pas très sympathique.
Au tout début du vingtième siècle, pendant les années folles, les bains de mer furent mis à la mode mais les dames se baignaient toute habillées et rentraient dans l’eau dans des charrettes tirées par des chevaux afin de se protéger de la vue des inconvenants.
Ce fut également la grande période du thermalisme et des grandes stations où l’on se rendait pour des raisons d’hygiène mais surtout de santé puisque les bains sulfurés, notamment, traitaient les affections pulmonaires assez fréquentes à cette époque.
La grande Guerre mit un coup de frein brutal au développement de ce thermalisme médical puisque la plupart des établissements furent réquisitionnée pour soigner les blessés et surtout les gazés.
Mais ce qui incita aussi pas mal de personnes issues des classes moyennes et du monde ouvrier ou paysan à découvrir ces établissements en rendant visite à un membre de leur famille, un poilu, qui y était hospitalisé.
Entre les deux guerres le thermalisme se démocratisa et les médecins de familles n’hésitèrent plus à prescrire des cures.
Les fameux « congépés » de 1936 permirent à toute une population jusqu’alors privée de vacances de découvrir les bains de mer et de se rendre sur la Côte pour se délasser.
Les nantis se réfugièrent alors dans les fameux établissements où ils pouvaient continuer à « prendre les eaux » sans avoir à supporter trop de proximité avec les vacanciers.
La seconde guerre mondiale, si on excepte Vichy qui fut une ville d’eau très animée, n’incita pas trop au thermalisme.
Mais celui-ci retrouva ses habitués à partir des années cinquante où il se renouvela quelque peu.
Actuellement on redécouvre le plaisir du bain et surtout de ce que d’autres civilisations on su apporter à celui-ci.
On peut, évidemment, tenter de se transformer en curistes mais on peut tout aussi bien, et plus facilement choisir de se faire plaisir en se faisant du bien ne serait-ce qu’en découvrant cet art lié à un élément plus qu’essentiel : l’eau.

Orient et Extrême Orient

En Orient et en Extrême-Orient l’histoire de la balnéothérapie se confond avec l’histoire de la civilisation. Inde
En Inde la médecine ayurvédique conseille de prendre des bains avant le massage aux huiles médicinales, le massage se dit « chamboon » qui, par la suite a donné le terme shampooing qui correspondait originellement à un massage du cuir chevelu.

Kalaripayat

Kalaripayat rituel de purification par le feu

Le Maître des huiles ayurvédiques

La préparation des huiles médicinales utilisées dans la médecine ayurvédique
Les Indiens furent probablement ceux qui utilisèrent les premiers , parallèlement avec les Egyptiens, des parfums et des sels de bain ainsi que des bains de vapeur thérapeutiques puisqu’utilisant des plantes médicinales.
Mais ce sont surtout des centaines de millions d’indiens qui pratiquent les rituels de purification par l’eau dont les bains dans les eaux sacrées du Gange sont les plus connues.

Rituel de purification par l'eau en Inde

Les ablutions rituelles de purification chez les Brahmanes en Inde
Comme dans beaucoup de pratiques traditionnelles bien qu’ayant un important fond propre la Chine antique sera influencée par l’Inde lorsqu’elle adoptera puis adaptera le Bouddhisme Dhyana qui y deviendra le Chan puis le Sön en Corée et le Zen au Japon.

La Chine et le thermalisme : Yuyi

apsara nageant

Apsara nageant Dynastie Han Ier siècle Av. J.C.

En Chine Marco Polo, que je soupçonne d’être quelque peu Marseillais, donc optimiste, parle de la présence de 3000 bains rien que dans la ville de Kimsay, la Venise chinoise, qui n’est autre que Hangzhou.
Le fameux docteur et chirurgien Wato (Hua To) (110 207) donne des indications sur l’usage médical des bains mais c’est dans le “Bencao Kangmu ” (Pen Tsao Kang Mou) de Li Jechen (Li Che Tchen) (1518 1593) qu’on trouve les indications les plus précises sur la balnéothérapie chinoise (Yuyi) ainsi que sur l’utilisation rationnelle des sources thermales.
Il prescrit cette forme particulière de médecine énergétique contre les crampes, les convulsions, les hémorroïdes, les ulcères, la gale, les rhumatismes, l’hémiplégie et la rééducation des blessés.
Depuis la balnéothérapie fait partie intégrante de la médecine chinoise traditionnelle au même titre que l’acupuncture, la moxibustion, les massages, la diététique et les exercices de santé.

Pan Yulin Après le bain

Pan Yulin – Après le bain XXe siècle
En chinois le caractère Chan, qui désigne la méditation, représente une pelle qui sert à nettoyer le terrain pour y pratiquer un rituel de purification afin de pouvoir y exercer, ensuite, la méditation active, le Zhan Chan qui deviendra le Ritsu Zen au Japon ou assise, le Zhou Chan qui correspond à Zazen.

Baotuquan source thermale en Chine

La source thermale de Baotuquan en Chine à proximité de Jinan
On y retrouve, symboliquement, les “Trois Sources”.
Le Rituel de la purification par l’Eau existe en effet chez les Bouddhistes, les Confucianistes et les Taoïstes.
Donc dans la religion populaire qui inclut les “Trois en Un” (San Jiao He Yi).
Traditionnellement, et on pourrait dire même classiquement, pas de méditation possible sans un préalable rituel de purification afin de chasser les influences perturbatrices.

pelle Chan bouddhiste

La fameuse pelle Chan des bouddhistes chinois
Elle est à l’origine du nom et du caractère Chan qui représente la méditation.

caractère Chan

Le caractère chinois Chan ou japonais Zen représente à gauche la clé simplifiée de l’Eau (Shui) dans sa forme antique puis de l’influence céleste, ou spirituelle, et à droite une pelle rituelle destinée à nettoyer le lieu où se pratique la méditation.
Un proverbe chinois explique en effet “On trébuche plus souvent sur une taupinière que sur une montagne” avec un jeu de mot entre Chan (méditation) et Chan (montagne).
Il convient donc d’enlever les taupinières pour ne pas trébucher pendant le rituel !
Chan est la prononciation chinoise (Chan’Na) du sanscrit Dhyana (Tian’Na) désignant la méditation et, par extension, la méditation bouddhiste Chan ou Zen.

Nguyen P°0ham Chanh

Ngyuen Pham Chanh – Eau chaude – Vietnam XXe siècle
Littéralement la méditation c’est “agir centré -axion puis ation ou action – centré – médius est ce qui est au centre, ce qui est au milieu donc centré”.
Notons, au passage, que le Chan des origines utilisait une technique de “nettoyage à sec” dont la légende dorée dit qu’elle fut créée par Bodhidharma (Potitamo, Damo, Daruma, Tamo…) vers le Veme siècle et qui est “Yijinjing Xisuijing” ou “Nettoyage des muscles et des tendons Purification des Moelles et de la Qintessence (Sinus traduit improprement de Sinews désigne le système endocrinien qui régit le comportement humain”. Sinew en anglais désigne, à l’origine, simplement un tendon. Il y a donc redite. Mais dans l’ancienne médecine sinews désignait tout ce qui a un rapport avec le système endocrinien dit des “humeurs” que l’on pourrait comparer au “Jing” (essence) qui se transforme en “Qi” dans les processus d’alchimie interne (Neidan). De là les termes de bonne ou de mauvaise humeur dans la comportement d’un individu. Lorsque l’humeur est trouble elle devient mauvaise et trouble le comportement.
Il ne s’agit donc pas des sinus frontaux et il est donc parfaitement inutile de renifler comme un phoque pour rendre l’exercice efficace !
C’est encore une “traduction de cuisine” comme celle qui transforme cicada, la sauterelle en scarabé ou en cigale.
Dans le feuilleton “Kung-Fu” alias “The Warrior” Kwai Chang Cain (Qiang Guanchang en chinois !) alias David Carradine aurait donc su se nommer “Petite Sauterelle” au lieu de “Petit Scarabé”.
Dans la version anglaise il se nomme donc “Grasshoper”.
Ce n’est d’ailleurs pas David Carradine qui joue le rôle de “Petite sauterelle” (Grasshoper) jeune mais Radames Pera !
Ce rituel de purification antique, lié aux Cinq Eléments, que l’on retrouvera plus tard en Corée, au Japon, au Vietnam utilise, dans l’ordre, les Eléments du Métal (qui correspond justement à la pelle Chan), du Feu, de l’Eau, de la Terre et du Bois.
Pourquoi le Métal ?
Simplement parce que cet élément est celui qui permet de mettre en contact l’Eau et le Feu, donc les contraires ou les opposés, et de les réunir pour obtenir, par exemple, de l’eau chaude ou de la vapeur (Qi) utilisés dans les purifications rituelles.
C’est également lui qui permet « d’ouvrir le rituel » et de passer de l’espace profane à l’espace consacré.
« En séparant il réunit, en réunissant il sépare » : il sépare l’eau du feu mais réunit, par la vapeur, l’eau, le feu et l’air.
Si le Feu est généralement représenté par la présence de fumigations ou d’encens, l’Eau consiste en des aspersions ou des immersions rituelles.
Celles-ci ont donc toujours eu beaucoup d’importance dans la pratique des rituels précédant la méditation.
Le caractère Yu qui représente l’action de se baigner est constitué de trois points d’eau, ou sources, et d’une vallée, ce qui désigne un lieu propice à une baignade naturelle mais implique aussi généralement sinon la présence d’une montagne du moins la présence de rochers.
L’eau est d’autant plus purificatrice qu’elle est vitalisée par la pierre et le bois.
l’Elément Terre représente le lieu où se tient la purification, ou le rituel, donc la méditation.
C’est l’espace consacré et central qui est en dehors du monde profane, donc souillé et impur.
Le Bois représente non seulement le bouquet, la branche d’arbre mais également l’offrande que l’on effectue en saluant ce lieu.
Dans tous les cas, grâce à ce rituel de purification, on passe du monde profane à celui des initiés.

Peitou Bains publics

Peitou ou Beitou à Taiwan (Formose) les bains publics en 1884
Taiwan est demeurée longtemps sous l’influence du Japon mais s’est toujours rattachée à la Chine sur le plan historique et culturel.
Peitou est actuellement l’une des stations thermales les plus fréquentées de toute l’Asie.
Il n’existe pas de rituel lié à l’eau, fut-ce un bain, qui ne comporte une initiation préalable.
Donc des indications particulières concernant la marche à suivre et les gestes et faits à accomplir.
C’est ce qui distingue le bain traditionnel d’une simple ablution hygiénique ou thermale.
Sans aller jusqu’au sacré qui implique le divin on peut alors parler de secret partagé entre adeptes.
Il est donc naturel que celui, ou celle, qui sait explique à celui, ou à celle qui ne sait pas comment pratiquer le bain dans les meilleures conditions et en respectant une façon de faire particulière.
C’est, en quelque sorte, le premier rituel.
Et pour que le bain prenne toute sa valeur il faut donc consentir à suivre ce rituel et ce qu’il implique au risque de passer pour un barbare.
Le bain rituel ne sert, en aucune mesure, à se laver puisque la crasse reste en dehors du lieu consacré.
On peut donc, et on doit même, prendre une douche avant de pénétrer dans le bain.
Dans beaucoup de bains un simple baquet suffit à effectuer cette ablution.

Bon là il en va autrement car la Chine s’est, entre temps, quelque peu équipée !

balneo à Qingdao RPC

Un document assez exceptionnel : le grand bain aux eaux salées à 40° des bains douches de Qingdao en République Populaire de Chine !
Où toutes les photos sont évidemment strictement interdites !
Les baigneurs-curistes regardent un match de basket sur un écran géant !

Le ville de Qingdao a toujours été hautement réputée pour la qualité de ses eaux.
Que ce soit l’eau de ses plages pour la baignade, l’eau de ses sources pour le thermalisme et même l’eau qui sert à produire l’une des bières les plus réputées dans le monde.
La preuve, c’est là qu’en 1907 les Allemands construisirent une brasserie pour produire une bière qui pouvait rivaliser avec la Lager Bier de Munich !
La brasserie allemande est maintenant un musée de la bière mais Qingdao, alias Tsingtao, produit toujours cette fameuse bière légère (lager) qui est exportée dans le monde entier et bue dans tous les restaurants chinois du monde et probablement de la Galaxie !
Ceci dit en passant la ville bénéficie toujours quelque peu de son passé germanique et est considérée comme l’une des plus propres et agréables de toute la Chine !

Si le rituel est bon enfant en Chine, la preuve avec ces bains douches photographies fin novembre 2011, il peut se compliquer quelque peu au Japon !

Japon : O Furo Ga Waki Mashita ! “L’Honorable bain est prêt, je vous prie !”

 

cascade par Hiroshige

La cascade qui représente l’idéal de la cérémonie japonaise du bain !

Utamaro les pécheuses d'awabi

Utamaro – Les pécheuses d’awabi (ormeaux japonais)
Elles maîtrisent parfaitement la science de la plongée en apnée et demeurent plusieurs heures par jour sous l’eau.
C’est un rapport très particulier qu’entretiennent les Japonais avec la nature et particulièrement avec l’eau et la mer.
Les “Esprits de la Nature” , les Kamis, représentent justement le Feu (Ka) et l’Eau (Mi) qui sont les deux forces fondamentales.
Les Kamis protègent le Japon mais peuvent aussi le détruire.
Kamikase signifie simplement “Vent (Kase)porteur de Feu(Ka) et d’Eau(Mi)”
Etrangement favorable quand il s’agit de Kami-Feu/Eau, l’inversion du processus en Eau/Feu devient aussi destructeur qu’un Tsunami alias “vague qui dépasse la digue (qui protège le port)” donc vague destructrice.
Précisons encore que le Shinto (Shen Dao en chinois) est la “Voie des Esprits” et non la “Voie des Dieux”.
Les Japonais ne sont pas idiots et si il respectent l’Esprit (les Amérindiens diraient le Manitou) de l’arbre ou du rocher il n’en font pas pour autant un Dieu ni même une divinité !
Ce sont nous, les Occidentaux, qui apportons cette surenchère en divinisant des simples “esprits” et en nommant “magique” ce qui est simplement extraordinaire – qui sort de l’ordinaire !
Dans un Dojo le Kamiza (où s’asseoient les esprits de la nature – Kami) est à droite, le Shinza (où s’asseoit l’Esprit ou les Esprits) est en face et le Shimuoza (où s’asseoient les prédécesseurs ou les Ancêtres est à gauche) sur le mur face à l’entrée.
Par expérience quoi qu’il fasse un occidental, et à plus forte raison une occidentale , sera toujours considéré un peu comme un barbare et il suffit de profiter de cet état de fait pour ne pas trop se compliquer en évitant quand même de garder ses chaussures ou ses sous-vêtements !

publicité japonaise pour des bains publics

publicité japonaise pour des bains publics

Publicités japonaises XIXe pour des bains publics (Sento) de Tokyo
Les personnages y sont des chats qui symbolisent la propreté et le sens du rituel.
Preuve, s’il en était, que l’on n’invente rien de bien nouveau dans le domaine de la BD bobo !
Les chats au Japon sont considérés comme Kawaii ou “mignons”.
Ce qui a donné l’épithète Kawaii désignant ce qui est mignon et même “cu-cul” et “nunuche”.
Pourquoi deux i, simplement parce qu’une marque importante Kawai les a fait rajouter pour éviter toute confusion !

Dans tout l’Extrême-Orient et surtout au Japon on fournit généralement un « kimono de bain » (Yukata au Japon) et une ou deux serviettes de bains en soie ou en coton (Furoshiki) et souvent, même, des sandales ou claquettes (Geta).

Hokusai Bains

Hokusai – la toilette avant le bain
L’un des buts recherchés est de provoquer la sudation (Yu) et d’alterner le chaud et le froid (Yumizu).
Au japon on distingue le bain public (Sento) du bain privé privé, Furo et même O Furo qui signifie
« Honorable Bain » O étant une marque de politesse et de déférence du type « Sir » chez les Anglo-Saxons. De même on ne dit pas « le Fuji » mais Fuji San ou O Fuji pour désigner la Montagne, ou le volcan, qui symbolise le Japon.

Onsen : le bain thermal dans la nature

Onsen

Onsen : bain dans les eaux chaudes thermales naturelles
Le caractère de droite indique la vapeur, celui de gauche désigne le fait de se baigner.

Bain Onsen et macaques

onsen et macaques

Les macaques japonais sont des adeptes du Onsen ou bains dans des eaux chaudes thermales naturelles. C’est l’image traditionnelle du “singe en hiver”
Le O Furo est donc un bain que l’on prend chez soi et, normalement, en famille.
Le rituel voulait que ce soit le grand-père puis le père puis les garçons dans l’ordre de naissance de l’aîné au plus jeune puis la grand-mère puis la mère et, enfin, les filles de l’aînée à la plus jeune et peut-être les servantes de la plus ancienne (Sempai) à la plus récente (Kyohai) à moins qu’il n’y ait quelques tantes ou cousines qui rentrent, tout à tout, dans le bain.
Dans le même bain, bien évidemment !

Japon baquet

Le baquet de bois traditionnel japonais O Hitu.
Actuellement on se demande où se situent exactement le chien et les chats de la famille.
Si l’on pouvait faire rentrer la voiture dans l’appartement elle aurait probablement droit à sa juste place.
Juste après le père de famille.

O Furo 1880

O furo 1880

Photos datant de 1880 et publiées dans “Le Japon souriant” -Ses Savourais, ses Bonzes, ses Geishas” par Robert Chauvellot (Berger Levrault Paris 1889).
Ici ce sont des femmes d’un milieu probablement modeste qui se baignent traditionnellement dans le O Furo qui est un simple baquet (Hitsu) de bois.

bains japonais et Obao

Originellement ce bain moussant devait être distribué par une marque allemande et se nommer OBAD avec un jeu de mot, germanique, entre le bain, bad, et une aubade, donc un morceau musical.
Et la publicité devait représenter des danseuses bien occidentales en tutu.
Mais le D de OBAD était mal formé et tout le monde lut OBAO et les danseuses furent donc remplacées au dernier moment par une japonaise dans son bain OBAO évoquant (sic) OFURO !
C’est la consonance avec le japonais qui fut donc retenu.
Par la suite la marque trouva ses marques et se fit l’ambassadrice du bain japonais…sauf que celui-ci n’est jamais moussant !
Depuis OBAO évoque le plaisir du bain à la japonaise bien qu’il n’au strictement rien à voir avec celui-ci.
Dans les familles traditionnelles il est de bon ton que l’invité passe le premier avant même le grand-père, ce qui est très difficile à assumer au vu de la température de l’eau !
Cette mésaventure m’étant arrivé à Okinawa, j’en conserve toujours un très mauvais souvenir ayant manqué m’ébouillanter.

Bains japonais

Une baignoire de pierre dans un bain japonais traditionnel : on se doute que c’est chaud !

La grande maîtrise mène à tout mais pas nécessairement à l’impassibilité !

Ueshiba et Tomiki à Harbin en 1933

Le Maître Morihei Ueshiba et le Maître Kenji Tomiki à Harbin en Mandchourie (Chine) 1933
Le Maître Ueshiba en tenue de curiste a décidé d’aller prendre les eaux dans une station thermale et il est accompagné par l’un de ses plus fidèles disciples.
Lorsqu’on posa au Maître Ueshiba la question “Allez vous souvent en Manchourie donc en Chine ?” Il répondit “Très souvent, presque tous les ans !”.
Mais bien évidemment pour bon nombre de Japonais le Mandchoukuo n’est pas la Chine !
Et que Diable le Maître Ueshiba aurait pu aller faire en Chine ?
A part aller aux bains.
On se le demande !

Une anecdote particulière concernant le Maître Morihei Ueshiba et son bain rituel et purificateur.
Je la tiens de l’un de ses “disciples interne” (Uchi Deshi) directs (et ils ne sont pas trop nombreux !) qui, après, a regretté de me l’avoir confiée un soir, après une démonstration, où il avait probablement bu un peu trop de Saké au restaurant Japonais Ai de l’Avenue de l’Opéra et où je l’avais raccompagné à son domicile en taxi.
Il était donc disciple interne c’est à dire résidant dans la demeure du Maître à Iwama.
Il avait, entre-autres, la tâche de faire chauffer l’eau pour le bain rituel du Maître yui considérait celui-ci comme un rituel essentiel de purification (Himitsu Misogi).
Un jour où il était en retard il poussa le feu sous l’eau afin de rattraper le temps perdu puis pour vérifier la température de l’eau plongea son bras dans le baquet.
L’eau lui sembla à bonne température et il déversa l’eau très chaude dans une baignoire de pierre juste quand le Maître parvint.
Celui-ci souria courtoisement et se plongea dans l’eau.
Il en ressortit immédiatement comme un diable jaillissant d’une boite en hurlant ” Quel est le fils de… qui a osé salir l’eau de mon bain sacré !” Le disciple au vu de la situation fila dans le jardin.
Le Maître prit à bras le corps la baignoire de pierre, la souleva et la laissa retomber lourdement sur le sol où elle se brisa, inondant la pièce.
Et il passa la soirée à rechercher le fameux disciple qui, évidemment, resta prudemment caché dans un arbre.
Le lendemain l’épisode de la baignoire était oublié et il fallu au moins quatre ou cinq gros bras pour sortir les morceaux.
Cela montre d’une part l’extrême sensibilité du Maître et d’autre part le fait qu’il était très loin d’être impassible mais surtout qu’un rituel est un rituel auquel il vaut mieux ne pas déroger lorsqu’on a affaire à un tel phénomène !
Une autre fois, le Maître rentra à l’improviste dans le Dojo où un assistant avait entrepris de faire pratiquer la gymnastique, également rituelle, du “Grand Flux” (Taizo Undo).
Les élèves pratiquaient machinalement les exercices comme si ils ramaient dans une galère.
Le Maître hurla “C’est quoi ce que vous faites, où est le rythme du flux, la pulsion essentielle ?”
L’assistant répondit “C’est la préparation O sensei !”
Le Maître en hurlant de plus belle “Je ne vous ai jamais enseigné une quelconque préparation de ce genre !”
Et il se saisit d’un Bokken (sabre de bois lourd) et entreprit de poursuivre les pratiquants, chaque coup de Bokken crevant un tatami.
Et tout le monde s’égaya comme une volée d’étourneaux dans le jardin ne revenant qu’à la nuit tombée lorsqu’ils étaient certains que le Maître était reparti. .
Le lendemain il fallu changer ou réparer les tatamis et remplacer plusieurs Bokken qui avaient été brisés.

Les japonais ont avec le bouillant un rapport particulier.
Ils se baignent bouillant, boivent leur thé et leur soupe bouillants, parfois le saké bouillant , et avalent leurs plats bouillants, particulièrement les nouilles et autres pâtes bouillantes, si on excepte bien évidemment sushi et sashimi qui, heureusement, sont meilleurs non pas froids mais frais.
Ce qui les rend quelque peu masochistes de nature donc nécessairement un peu sadiques, aussi.
Il ne faut pas le répéter mais rien ne vaut, justement, quelques vrais sushi et sashimi arrosé d’un bon Saké bien chaud avant de rentrer dans le bain mais en sachant se réserver car c’est, évidemment, déconseillé.
Cela n’empèche d’ailleurs pas de re-manger après.
En Thailande dans les salons de massages (traditionnels s’entend !) on a trouvé la solution : on mange aussi pendant !

Kiyonaga Bain public japonais

Kiyonaga – Bain public à Edo
En rappelant, évidemment, que le saké est un vin de riz glutineux JA-PO-NAIS titrant de 16° à 24° et qui se boit tiède (à la température du corps, au moins !) et à table en mangeant (ou avec des amis qui ont déjà, mangé !) et qu’il n’a rien à voir avec le « saké » qu’on vous offre à la fin du repas dans les restaurants asiatiques et qui est en fait du Meikweilou, un alcool de sorgho rouge CHI-NOIS parfumé à la rose et contenant une forte dose de sucre candi dilué, titrant une quarantaine de degrés.
Augurant des réveils difficiles le lendemain.
Ce truc n’est pas du Saké mais, vulgairement, du « Tchum » ou « Jiu » (Tchiou).
Mais comme les Guailo (Kwailos ou « fantômes blancs ») veulent du « saké », du « Kung-Fu », du « Chi-Kung » , du « Feng-Shui », du « Chop-Suei », du « Chow-Mein » ou du « Bruce-Lee » sinon du « Zen » on en a donc en réserve !
Et comme ce même Guailo confond allègrement ginseng et gingembre on profite pour lui vendre ce dernier avec un clin d’œil complice.
Bien que le malheureux gingembre n’ait rien à voir, rien, avec la libido si ce n’est un lointain effet vasodilatateur, frais et à très haute dose.
Son seul avantage au lit est d’éviter la mauvaise haleine due à un excès d’ail dans les crevettes sautées.
En rappelant aussi que l’immense majorité des restaurants à sushi de Paris et probablement de France sont tenus par des Vietnamiens ou des Cambodgiens qui se sont recyclés et qui se déguisent en Japonais.
Comme si un Suédois se déguisait en Portugais ou peu s’en faut.
Et malheureusement si la cuisine sino-vietnamo-cambodgo-laotienne supporte la médiocrité, grâce ou à cause des épices, ce n’est pas le cas de la cuisine japonaise !
Un plat asiatique médiocre demeure un plat asiatique, un sushi médiocre c’est le summum de la médiocrité et même de la médiocratie.

Toyohara Bains publlics

Toyohara – tryptique sur les bains publics on distingue notamment, en noir, un masseur.
Certaines estampes “classiques” s’apparentent fort bien à une bande dessinée et furent, par ailleurs, las ancêtres des Mangas (images illusoires ou dérisoire).
Le mot Manga a d’ailleurs été utilisé pour la première fois par Hokusai ! Mais revenons à nos ablutions rituelles !

Le Hammam et le Moyen Orient

Hammam, qui se prononce « Hr’ammam’ » signifie tout simplement eau chaude.
On le nomme parfois « bain turc » ou « bain maure ».
Les Français de souche européenne l’ont découvert, pour leur immense majorité, dans le film la « Grande Vadrouille » et la scène du « tea for two » où De Funès, équivoque, faisait des minauderies à un Turc moustachu croyant avoir affaire à son contact britannique.
Ou, éventuellement, grâce à Jean Auguste Dominique Ingres pour son tableau probablement le plus connu « bain turc » qui fut , à l’époque, un vaste sujet de polémique et qui, d’une certains mesure l’est toujours car il représente un harem d’Istamboul.
Dans lequel on distingue des occidentales, blondes de surcroît, qui, à priori, n’avaient rien à y faire.

Bain turc par Ingres

Les hétaïres du bain turc de Ingres
D’où, malheureusement, une réputation tenace et injustifiée ,quelque peu sulfureuse, de ce lieu social de rencontre et de bien-être.
Les historiens prétendent qu’il serait passé de Rome vers Byzance où il aurait été connu des Ottomans qui l’auraient ensuite fait connaître dans tout leur empire où la moindre petite cité se devait de posséder son Hammam ceci afin de satisfaire aux ablutions rituelles nécessaires à tout bon croyant avant de pratique la prière.
On rejoint donc tout à fait le principe déjà connu en Extrême-Orient d’une relation particulière entre purification et rituel de méditation ou de prière ce qui diffère des thermes romains où seule l’hygiène et le plaisir sont pris en compte.
Il y a, normalement, une autre dimension que de se plonger simplement dans de l’eau ou dans de la vapeur même et surtout si le plaisir et le bien-être ne sont pas absents de ce rituel singulier.

Abdullah Buhaii jeune fille à la toilette

Jeune fille à sa toilette par Abdullah Buhari – Musée de Topkapu Sarayi XVIIIe siècle
Les cinéphiles apprécieront, à ce sujet, le film « Hammam » (« il bagno turco ») de Ferzan Oztepec (1998) qui met en scène les relations sociales et spirituelles qui se créent à l’occasion d’un séjour dans un Hammam stambouliote.

Hammam Beyazit Turquie

Hammam Beyasit, l’un des plus anciens de Turquie, remontant à l’an mil.
La base du rituel consiste, après s’être dévêtu, à se nettoyer grâce à un gommage-lavage (Kese ou Kessé) effectué avec du ghassoul (rassoul, terme qui provient de ghassala (rassala) qui signifie simplement laver, qui est une argile minérale mélangée à du savon noir liquide et agrémenté d’huiles essentielles que l’on laisse un moment sur la peau puis que l’on râcle délicatement ou vigoureusement afin de se débarrasser des impuretés et des peaux mortes et qui rend cette peau aussi douce que celle d’un bébé.

Bains turcs à Istamboul par Jeran Léon Gerome

Bains turcs à Istamboul par Jean Léon Gérôme (1824 1904)
Après s’être soigneusement rincé on peut alors utiliser une serviette-pagne et parcourir, à son rythme, un parcours dans diverses pièces où alternent le chaud et le froid et, éventuellement, prendre un bain le tout dans une ambiance quelque peu embrumée de vapeurs de pin et d’eucalyptus.
On peut aussi se faire masser ou se prélasser en devisant et, dans certains cas, prendre un thé sucré et à la menthe.

Bain turc par Gérôme

Le bain turc par Jean Léon Gérôme
On y retrouve, évidemment, le mythe de la jeune esclave blanche, ici rousse et probablement vierge, promise au harem d’un sultan libidineux qu’un serviteur noir et dévoué vient laver à l’insu de son plein gré avant de la livrer à son maître.
Tout un univers de fantasmes !
Il convient avant tout de prendre son temps afin de passer du temps commun à un temps propre.
Le hammam permet, avant tout, une réappropriation du temps, on passe du temps des autres à son propre temps, comme on le fait, par ailleurs, dans la méditation.
On se retrouve en quelque sorte, à l’instar du Dojo traditionnel au Japon ou du Guan en Chine, dans un espace-temps intemporel.
On est tout à la fois « ici et maintenant » et « ailleurs et jadis » car dans ce cas particulier passé, présent et futur ne font plus qu’un.
On est à la fois pacifié et profondément revigoré même et surtout si dans l’instant tout effort devient provisoire et surtout illusoire.
La chaleur simplifie la pensée puisqu’elle envahit la sensation et le froid pacifie dans un engourdissement profond mais salutaire.
Mais comme tout ce qui influe profondément sur l’énergie il convient donc de ne pas envisager reprendre une activité acharnée dans l’immédiat et, encore, consacrer quelque temps au bien-être.

Foujita Japon

Foujita – Japon – La rencontre Orient Occident à Paris !

La « Thalasso des Trois Mondes » à Luc sur Mer.

 

Bains Japonais de la Thalasso des Trois Mondes à Luc sur Mer

Thalasso des Trois Mondes à Luc sur Mer : les bains japonais
Autrefois, c’est-à-dire il y a quelques années, il fallait se rendre à l’étranger ou, du moins, dans des lieux et quartiers spécifiques des grandes villes pour bénéficier des bienfaits de cette balnéothérapie.
Toujours, et c’est un peu normal, avec une certaine appréhension de n’être pas nécessairement bien reçu de par le simple fait de commettre des impairs dans la façon de se comporter.
Désormais certains établissements proposent ces arts de vivre dans un cadre plus approprié à la découverte et aux conseils personnalisés.
C’est le cas à Luc sur Mer, à une vingtaine de minutes de Caen ou la « Thalasso des Trois Mondes », créée par Didier Butavand, et que nous a fait découvrir notre ami et confrère Jean Michel Boscher, enseignant des Arts Classiques du Tao, permet de se plonger, au propre, dans trois univers différents : celui de la thalassothérapie avec ses bains d’eau de mer, ses algues, ses boues marines ; celui du hammam traditionnel mais adapté à une clientèle non nécessair