Texte de la Conférence de Georges Charles pour le Colloque International du Meihuazhuang

ISP – Centre International de Sejour à Paris -15 août 2012 PARIS

« Le chemin vers le but importe souvent plus que le but  »

Gandhi.

« De la bouture à l’arbre » Texte intégral

Georges Charles Ecole San Yiquan

Georges Charles – « Au Bord de l’Eau » – Ecole San Yiquan

Texte de Georges Charles pour le Colloque International du Meihuazhuang Paris 15 août 2012-08-18. Conférence effectuée sur place et traduite simultanément par Mme Dongmei Calvet

 

De la bouture à l’arbre par Georges Charles

– Je salue respectueusement le Maître et Professeur YAN Zijie et remercie YAN yan et REN junmin de m’avoir invité.

– L’Ecole San Yiquan est présente en France depuis 1949 et j’ai l’honneur de la diriger depuis 1979 en tant que Maître Héritier (Zhengren Daoshi) ce qui est assez inhabiturl pour un Occidental.

– Il s’agit d’une école rattachée au Xingyiquan de la « branche » du Hebei initiée par Li Laoneng. Elle inclut la pratique de l’art « martial » ou art du poing mais aussi, comme pour le Meihuazhuang, des techniques énergétiques (Qigong et Daoyin) et une partie théorique liée à la pensée chinoise classique de la Chine.

– Le Xingyiquan comme le Meihuazhuang est inscrit sur la liste des trésors culturels et immatériels de l’humanité et c’est donc pour moi une double charge que de transmettre cette école de l’art du poing chinois mais également sa partie culturelle.

– Les difficultés ont été les mêmes que pour le Meihuazhuang, principalement dans la différence de compréhension entre l’Occident, et particulièrement la France, et la Chine.

– En France on veut souvent tout rattacher à la raison ( C.f. Descartes) alors qu’en Chine on se préoccupe principalement de la vertu ou de l’efficace (Te ou De)

– Ici il faut non seulement expliquer mais encore se justifier : Pourquoi ? Comment ? Combien ? Où ? A quel titre ? et perdre, ainsi, plus de temps à organiser la pratique qu’à pratiquer, enseigner ou transmettre.

– Le cadre de la pratique n’est plus l’Ecole mais l’association et les deux se doivent de cohabiter tant bien que mal.

– L’art martial traditionnel est perçu comme un sport de combat et le Qigong comme une gymnastique douce ou un passe-temps.

– Et l’enseignant doit sans cesse faire un compromis entre la tradition et l’aspect soit disant démocratique de l’association.

– C’est peut-être aussi comme cela qu’un pont peut être lancé entre l’Occident, la France et la Chine.

– Mais c’est essentiellement la confraternité entre pratiquants et entre enseignants (Yi Qi Re Re) qui garantit, en fait, le futur et l’avenir de ces pratiques ancestrales.

– San Yiquan et Meihuazhuang ont établi depuis des années des relations d’estime et de respect mutuel et je souhaite que cela continue de par le futur en France mais aussi en Chine et, petit à petit, de par le monde

– « Utilisation rationnelle de l’énergie et prospérité mutuelle ! »

 

Texte intégral de la conférence de Georges Charles

Texte intégral de la conférence de Georges Charles Maître Héritier du San Yiquan Colloque International du Meihuazhuang Paris 15 août 2012 CISP De la bouture à l’arbre par Georges Charles Texte complet de la conférence proposée en français et en chinois

Les origines de ma pratique et de mon enseignement : le terrain.

Ma pratique a commencé en 1958, mon père était un judoka qui avait pratiqué avec Minosuke Kawaishi juste après la seconde guerre mondiale. Il m’a donc inscrit au Judo au JJCE de Enghien avec Riva et Dupuis comme enseignants. Mais le Judo ne m’a pas convenu et en 1960 j’ai commencé la pratique du Karaté avec Henry Plée qui était le pionnier de cette discipline en Occident. Ce qui m’a permis de travailler, en cours ou en stage, sous la direction de plusieurs Maîtres Japonais comme Murakami, Kase, Mochizuki, Nanbu.

En 1966 j’ai également étudié l’Aïkido sous la direction de Dominique Balta qui était l’élève de Masamichi Noro, de André Nocquet et de Jean Daniel Cauhépé. Donc de 3eme génération partir du Fondateur Morihei Ueshiba. En 1968 j’ai également étudié le Taekwondo avec Lee Kwan Young qui venait d’arriver en France. En 1969 je suis parti effectuer un stage aux USA où j’ai travaillé en tant que répétiteur, on dirait actuellement coach, en Taekwondo, pour le compte de Shin Yun Hun au Philadelphia Institute. Parallèlement j’ai dirigé à la même époque des cours d’Aïkido sur le Campus de l’Université de Philadelphie. C’est à cette occasion que j’ai découvert la pratique des arts martiaux chinois avec des étudiants qui pratiquaient l’art des saisies (Qinna Shou) . On a échangé des techniques et j’ai été impressionné par la richesse, la diversité mais aussi la logique du système chinois. Ils m’ont fait rencontrer leur enseignant et nous avons eu un très bon contact.

Il m’a donné une lettre d’introduction pour un maître chinois qui résidait à San Francisco où nous nous rendions avec mon cousin. Son nom d’enseignant était Shen Tian Shi et il était le responsable d’un centre culturel chinois mais qui était en fait une congrégation taoïste du Lingbaoming ouverte au public. L’immense majorité des étudiants étaient d’origine asiatique et nous avons été très bien reçus. Nous avons eu un très bon contact avec le Maître Shen Tian Shi qui s’étonnait que j’ai lu les œuvres de Joseph Needham qu’il connaissait bien. J’ai donc pratiqué sous sa direction une forme de Daoyin Qigong du Lingbao qu’on nommait alors « Gymnastique Chinoise Traditionnelle » ou « Yoga Chinois ». Lorsque j’ai du revenir en France pour effectuer mon service militaire je lui ai demandé si il connaissait un enseignant chinois à Paris et il m’a répondu par l’affirmative me proposant de lui écrire une lettre d’introduction. Il m’expliqua que Wong Tai Ming était un homme d’affaire mais également un maître taoïste laïc qui enseignait également la « Boxe Chinoise » connue aux USA sous la dénomination de Gongfu. Je suis rentré en France mais il était en voyage et j’ai décidé de suivre un stage d’été avec un maître vietnamien nommé Hoang Nam qui enseignait le Karaté mais également le « Kung-Fu Kempo » et le « Taidji » (Taijiquan).

Cela m’a donné l’envie de continuer les pratiques chinoises avec l’intention de les enseigner par la suite. Wong Tai Ming (Tai Ming Wong mais qui se nommait en réalité Wang Zemin) m’accepta comme élève. Il enseignait chez lui et, quand il faisait beau, au Jardin des Plantes près duquel il habitait. J’étais le seul occidental car ses autres élèves étaient Chinois et beaucoup plus âgés que moi. Wong ou plutôt Wang dirigeait une société d’import-export et se rendait assez souvent en Extrême-Orient. J’ai appris pas la suite qu’il avait été l’élève direct, et répertorié dans les archives historique de l’école, du Maître Yip Man. Il avait également été le disciple direct du Maître Wang Xiangzhai de la branche du Xingyiquan du Hebei et qu’il bénéficiait donc d’une autre filiation directe de quatrième génération (Li Laoneng, Guo Yunshen, Wang Xiangzhai…).

Au sein de sa famille, originaire de Hangzhou, il avait également bénéficié d’une transmission incluant la pratique de l’Externe (Waijia) mais également de l’Interne (Neijai) et des formes taoïstes du Ling Bao Ming. Cette transmission incluait de nombreuses armes ainsi qu’une forme « secrète et ancienne » de la « lance fondue à un crochet du Général Yue Fei » qui aurait été à l’origine profonde du Xingyiquan. Wang était également passionné par la culture chinoise et affirmait qu’il avait comme ancêtre un certain Wang Yang Ming (1472 1523), philosophe et homme d’action. Et il parlait parfaitement français ce qui facilitait la transmission orale des principes liés à la pratique et à sa théorie. J’ai donc étudié pendant près de dix années sous sa direction et il m’a proposé de me rendre en Extrême-Orient pour pratiquer sur place, ce que j’ai fait en plusieurs séjours entre 1973 et 1977. Entre temps j’ai passé un 3eme dan de Taekwondo au Kukkiwon de Séoul en 1973. Mais depuis 1973 je me suis exclusivement tourné vers les pratiques chinoises.

Grâce à ses lettres d’introduction j’ai été très bien reçu par divers enseignants à Hong Kong et à Taiwan. A cette époque les portes de la Chine continentale étaient fermées ce qui explique que je me soies rendu à Hong Kong, à Taiwan et dans les diasporas chinoises de Singapour et de Bangkok. J’ai donc rencontré et pratiqué avec les Shifu Chan Hon Chung et Yuen Yik Kai du Hung Gar (Hongquan), Tang Sang et Leung Ting du Wing Chun (Yonchunquan), Lee Yin Argn du Taijiquan et Xingyiquan. J’ai également reçu un diplôme d’enseignant et suis devenu Membre et représentant de la Hong Kong Chinese Martial Arts Association (HKCMAAL) et de la Koushu Federation of the Republic of China (KFROC) avec le titre de Shifu. En 1974 Wang m’a donné l’autorisation d’enseigner l’Externe (Waijia), ce que j’ai fait à la MJV François Villon à Enghien. J’ai donc officiellement commencé à enseigner, en 1974, les fondements des trois écoles externes du Hung Gar (Hongquan), du Tang Lang (Bei Tanglangquan) et du Wing Chun (Yongchunquan) ainsi que les armes comme le bâton long (Gun), l’épée (Jian) et le sabre (Dao) ainsi que l’éventail de fer (Tieshan) à la MJC François Villon puis au JJCE de Enghien les Bains où j’avais commencé le Judo en 1958.

Mais en première partie du cours j’ai naturellement utilisé la « gymnastique chinoise » donc le Daoyin Qigong comme « échauffement » en tant que préparation physique, respiratoire, énergétique ce qui, visiblement, était une première en France et probablement en Europe. Par la suite j’ai ouvert plusieurs cours à Paris et à Neuilly où j’ai rencontré Alain Setrouk qui enseignait le Kyokushinkai. Cette école du maître Oyama entretenait de bons rapports avec Kennichi Sawai qui était l’un des élèves de Wang Xiangzhai et qui enseignait le Taikiken (Xingyiquan en japonais) au Japon. Ce qui me permit de rencontrer l’un de ses disciples occidentaux en la personne de Ian Kallembach. Nous avons d’ailleurs participé en commun à la rédaction d’un numéro de Budokas Magazine (1977).

C’est l’époque où on a fondé la FNBC (Fédération Nationale de Boxe Chinoise) issue de l’ANKFK -Association Nationale de Kung-Fu Kempo de Hoang Nam où j’ai été conseiller technique puis directeur technique national. L’ANKFK regroupait de nombreux enseignants vietnamiens qui enseignaient alors ce qu’on nommait le « Kung-Fu Kempo ». Mon action, en tant que directeur technique, à l’époque, consista à faire connaître et donc à faire reconnaître les écoles chinoises traditionnelles issues des styles externes mais également des styles internes ce qui, évidement, posa quelques problèmes vis-à-vis de l’ancien « Kung-Fu Kempo » qui regroupait principalement des écoles vietnamiennes ou sino-vietnamiennes ainsi que des méthodes personnelles pour ne pas dire occidentales ou très occidentalisées. On me considéra alors à peu près comme un « liquidateur » chargé de remettre de l’ordre dans une situation plus ou moins ambiguë, ce qui fut accompagné de plusieurs articles dans la presse spécialisée. Cela se termina par une scission entre plusieurs groupes.

D’une part la FNBC (Fédération Nationale de Boxe Chinoise), dont j’étais le Directeur Technique National choisit de représenter les écoles chinoises externes et internes dites traditionnelles, c’est-à-dire ayant une relation avec la Chine ou sa diaspora. D’autre part certains enseignants, donc Jacques Chenal qui était un élève de Hoang Nam, choisirent de rejoindre la FFKAMA (Fédération Française de Karaté) qui était alors la fédération « officielle ». La plupart des enseignants vietnamiens préférèrent fonder leur propre structure qui regroupa alors le Vovinam-vietvodao. Le Maître Hoang Nam décida de faire cavalier seul avec un pied ici et un autre pied ailleurs. Je pensais donc pouvoir développer les arts du poing chinois en les rendant plus représentatifs. J’ai voulu faire venir des amis enseignants Chinois représentatifs des écoles authentiquement chinoises, principalement de Hong Kong et de Taiwan, mais on m’a dit qu’on pouvait fort bien se passer d’eux et fait comprendre, lettre à l’appui, que cela dérangeait. Et je finis par me retrouver isolé et sans moyens d’action.

J’ai donc démissionné de la FNBC et suis rentré à la FFRZ ou Fédération Française de Ritsu Zen (Zhan Chan en chinois) où je suis devenu également conseiller technique puis DTN. Cette fédération autonome regroupait des pratiques japonaises, Aïkido, Iai Do, Karatedo, Zazen, Taikyokuken et d’Okinawa (Tode, Tomarite, Kobudo) avec une forte influence du mouvement Zen, on y retrouvait, notamment Pierre Portocarrero. Le fait que San Yiquan, donc l’école que je dirigeai, représentait, par filiation, la pratique chinoise du Zhan Chan (Méditation active ou debout – que l’on nomme aussi « posture de l’arbre » qui correspondait à la pratique japonaise du Ritsu Zen semblait un facteur favorable d’intégration au sein de cette Fédération. Mais il y avait top de différences de mentalité entre le système japonais et le système chinois comme entre le Zazen et le Ritsuzen et le Zhan Chan, donc des incompréhensions qui finirent par compliquer l’organisation même de la Fédération. J’ai donc, une fois de plus, mais pas pour les mêmes raisons, décidé de démissionner de cette fédération qui cessera d’ailleurs son activité peu de temps après mon départ. En 1978 j’ai fondé l’Institut des Arts Martiaux Chinois Traditionnels. Le premier siège de cette association se trouvait 48, rue Amelot à Paris.

C’était l’époque où je travaillais dans la protection pour deux sociétés différentes : Century et Budo Brothers et tant qu’agent de protection rapprochée, donc garde du corps, d’une part et comme responsable de l’entraînement des agents puis comme directeur technique pour Budo Brothers. Ces deux sociétés fournissaient des gardes du corps mais également des agents de surveillance et je fus chargé de leur instruction tant sur le plan des méthodes de combat que sur le plan théorique concernant l’aspect juridique et social, ce qui était une première. Le patron de Budo Brothers ayant appris que je recherchai un siège social à Paris me proposa, très sympathiquement, d’utiliser l’adresse du siège de sa société ainsi que les locaux d’entrainement et administratifs, ce que j’acceptai évidemment. Il me demanda de déposer à la préfecture de Paris les statuts d’une association qu’il venait également de créer. Le même jour, le 18 décembre 1978, j’ai donc déposé les statuts de l’Institut des Arts Martiaux Chinois Traditionnels et ses statuts en Préfecture. Ce qui a été publié au Journal Officiel peu de temps après.

Par la suite certains qui visiblement ne m’aimaient pas trop et qui n’appréciaient pas trop mon action ont fait remarquer, non sans arrières pensées, que le siège de l’Association IDAMCT, donc concernant les Arts Martiaux Chinois, était à la même adresse qu’une Association pour le développement et la promotion des gardes du corps, agents, de protection, maîtres de chiens, agents de surveillance et de sécurité et que les statuts des deux associations avaient été déposés le même jour. Il fut évidemment facile d’effectuer un amalgame entre ces deux activités, qui n’avaient pourtant aucun rapport si ce n’est l’adresse, et ma fonction. En un mot comme en cent j’ai été accusé d’être une espèce de « barbouze » ou, du moins, de recruteur de personnes peu recommandables qui effectuaient on ne sait quelles vilaines besognes.

A tel point que cela remonta aux Renseignements Généraux qui effectuèrent une enquête à ce sujet sans évidemment découvrir quoi que ce soit. La fiche de renseignements que j’ai pu obtenir grâce à la Loi « informatique et liberté » en atteste. Mais il est vrai que de par mon ancienne activité liée à la protection j’ai eu, par la suite, d’autres fréquentations avec des responsables de ce milieu, notamment avec les Clubs des Lilas et du XVIIIe qui étaient gérés par des responsables de sociétés de protection, et que les mêmes individus malveillants ont pu continuer à échafauder des théories toujours déplaisantes. Je veux simplement affirmer que je n’ai jamais mêlé ma pratique et mon enseignement des Arts Chevaleresques Chinois à une quelconque activité parallèle et qu’on rencontre plus souvent, dans la milieu des arts martiaux et des arts de combat, des individus ayant des rapport avec la protection qu’avec la réparation des porcelaines de Chine !

Malheureusement cette image défavorable n’est toujours facile à gérer et a permis à certains, toujours les mêmes, de me faire passer pour une brute épaisse, sinon un soudard de droite, dans le milieu de l’Interne (Taijiquan et Qigong…). Mais, d’autre part, comme dans le milieu de l’externe et des arts de combat on me faisait également passer pour un intellectuel de gauche cela devait, en moyenne, faire bonne mesure et laisser entendre que je suis, en réalité, un praticien du « juste milieu », de la « bonne mesure » et du « bon sens » plutôt qu’un extrémiste ! Entre temps j’ai effectué de très nombreuses démonstrations, plus d’une centaine, et établi de nombreux contact parmi les enseignants des arts martiaux afin de faire connaître les arts chinois et plus particulièrement le Tao-Yin (Daoyin), ceci dans le milieu du Karaté (Plée ; Habersetzer ; Portocarrero…) et de l’Aïkido (Nocquet ; Cauhépé ; Balta…). La plupart des préparations dans ces pratiques « martiales » se bornaient alors à faire des pompes, des marches en canard et des abdominaux puis à courir et à sauter autour de la salle comme dans un cours de gymnastique scolaire et j’ai voulu apporter un aspect énergétique plus traditionnel à ces pratiques, ce qui s’est peu à peu réalisé sans qu’on s’en rende trop compte. Ce changement a été qualifié alors de « syndrome parisien » par un professeur très connu ! Si j’avais été un danseur il y a fort à parier que j’aurais souhaité apporter ces techniques aux préparations dans les cours de danse et que, maintenant, le Qigong serait désormais intégré dans une fédération de danse !

C’est très vaniteux de ma part d’affirmer cela mais il suffit de constater l’évolution des préparations dans certains Arts Martiaux comme l’Aïkido et même le Judo avec, particulièrement, le Taizo (qui est le Taisu donc grand flux en chinois) pour en prendre conscience. Et que dire du Taijiquan qui ne proposait que rarement une préparation adéquate ou du Kung-Fu qui copiait, dans ce domaine, le Karaté ? Mais en 1979 Wang Zemin a décidé de prendre sa retraite et de se retirer à Taiwan en me laissant la succession de son école qui, de Liananquan (Poing des Générations (ou engendrement) en Cercle) devenait alors sous ma direction San Yiquan (San I Chuan) ou « Poing des Trois Unités ». Il est toujours très difficile de faire comprendre à des Occidentaux, et parfois même à des Chinois, que dans cette branche particulière du Xingyiquan « évolutif » (certains traduisent Ziran (Tseujan)par «naturel » ou « spontané » depuis Li Laoneng chaque enseignant en titre, donc ayant reçu l’autorisation de succession doit utiliser un nom d’école qui lui est propre, ou particulier. Si les racines sont représentées par Yue Fei (1103 1142) que l’on donne, généralement, comme l’initiateur du Xingyiquan ou du moins le précurseur avec le Yue Fei Liuheyiquan – Poing de l’Intention et des Six Harmonies – (ce qui est attesté sur la pierre tombale de Guo Yunshen lui-même ), le tronc est représenté par la forme « ancienne » (ou « orthodoxe »)(Laojia) du Xingyiquan, diverses branches principales se sont formées par la suite en fonction des régions de la Chine, notamment le Hunan, le Shanxi, le Hebei) comme ce fut le cas avec cette branche du Hebei de Li Laoneng, puis des branches secondaires qui sont les successeurs. Cela indique, d’une certaine façon, non pas la rupture mais la différenciation avec le Xingyiquan qui est censé porter une grande attention dur la forme, le formel (Xing) au détriment de l’Intention (ou vouloir) le YI. Li Laoneng souhaita donc que le Yi prenne plus d’importance et que la forme (Xing) ne soit plus l’essentiel. Il nomma donc son école basée sur ce principe Yiquan (Poing de l’Intention – Yi étant par ailleurs plus ou moins intraduisible si ce n’est, en énergétique, l’entité viscérale de la Rate !)

Il fit cela en connaissance de cause et en référence directe à Yue Fei et à son Liuheyiquan. Yue Fei fut donc celui, qui dans cette pratique, fut le premier à utiliser le terme de Yiquan.

Il y a une raison précise à ce fait et elle est attribuée à Kongzi (Confucius) lui-même dans le Liji (Rituel) : « Le nom d’une école appartient à son fondateur, ce nom disparaît avec lui à sa mort. Si un disciple souhaite fonder sa propre école, avec l’assentiment du fondateur, il ne doit en aucun cas l’utiliser. Eventuellement il peut le garder en partie, associé au nouveau nom et ce pour lui rendre hommage ». Donc, par la suite, Guo Yunshen nomma son école Wuxingquan (Poing des Cinq Eléments), son successeur Wang Xiangzhai la nomma Dachengquan (Poing du Grand Dénouement), ses successeurs Kennichi Sawai utilisa Taikiken (c’est simplement Xingyiquan en Japonais) et Wang Zemin choisit Liananquan (Poing des générations (engendrements) circulaires) et ce dernier me demanda d’utiliser San Yiquan (Poing des Trois Un). Malheureusement Wang Xiangzhai, se sentant probablement libéré de la contrainte confucianiste, choisit de reprendre, après 1949, le nom de Yiquan.

Et ce faisant il utilisera conjointement à partir de ce moment les noms de Yiquan et/ou de Dachengquan ce qui finit pas provoquer une confusion. Et à partir de ce moment il n’y eut plus non plus de successeur(s) désigné(s) mais des enseignants qui transmettaient non plus une école mais une pratique et qui, de ce fait, ne virent pas pourquoi changer le nom de cette pratique qui demeurera, pour la plupart, Yiquan-Dachengquan sans trop par ailleurs savoir lequel des deux noms utiliser préférentiellement. De son côté Wang Zemin choisit de conserver l’ancien système qui envisageait toujours un successeur et un nouveau nom pour l’école qu’il dirigerait. Le même phénomène s’est d’ailleurs produit au Japon puis en Occident avec l’Aïkido et son fondateur le Maître Morihei Ueshiba dont la plupart des élèves internes (Uchi Dechi) devenus des héritiers directs, donc ayant l’autorisation directe du Maître d’enseigner, utilisèrent un autre nom que celui même d’Aïkido ce dernier étant, en fait, réservé à son fils puis à son petit fils devenus héréditairement les Soke (chefs) d’Ecole.

Tohei utilisa le nom de Shinshin Tohitsu, Noro celui de Ki No Michi ®, Nakazono celui de Onseido Kototama, Tsuda celui de Katsugen Kai…etc. De ce fait Aïkido demeure un terme générique dont il convient de préciser la tendance lorsqu’elle est autre que celle de l’Aïkikai de Tokyo. En réalité il n’existe pas plus d’Aïkido que de Xingyiquan mais de l’Aïkido de l’Aïkikai, de l’Aïkido du Yoshinkan, de l’Aïkido du Sumikiri, de l’Aïkido du Yoseikan…etc. comme il existe du Xingyiquan de la branche du Hunan, du Xingyiquan de la branche du Hebei et au sein de chacune de ces branches des écoles spécifiques comme Yiquan, Wuxingquan, Dachengquan, Liananquan, San Yiquan, Neilianquan pour n’en citer que quelques une dans cette même branche du Hebei. Il est évidemment très difficile de faire comprendre cela en Occident ou le football est du football et le tennis du tennis. Bien que les Américains différentient pour leur part le football du soccer et qu’il existe, aussi, du tennis de table. En réalité le terme générique n’est destiné qu’au non-pratiquants, aux néophytes, sinon aux béotiens, et aux pratiquants qui ne se posent aucune question un peu comme si Zidane se contentait de dire qu’il « joue au ballon ». Ce qui est encore plus vrai pour le terme Kung-Fu ou Gongfu qui signifie simplement « savoir faire » ou « compétence », encore faut-il savoir dans quelle pratique et, dans ce cas, préciser qu’il s’agit du Wushu, littéralement « art du brave » ou « art de la bravoure » et en Occident, par extension, art martial bien que Mars n’ait strictement rien à voir là dedans !

Il conviendrait alors de préciser, par exemple Hongjiaquan Gongfu Wushu ou « art de la bravoure de la famille ou du clan Hong (Hung) ». Ce qui est trop complexe pour la majorité des occidentaux qui se contentent alors de « faire » du Kung-Fu comme on « fait » la Chine, le Thailande, les Pyramides, son âge, la gueule, un infarctus, son âge…donc en touristes. En Occident, et particulièrement en France, on « fait » donc de l’Aïkido, du Kung-Fu, du Tai-chi, du Chi-Kung. Alors qu’il conviendrait de pratiquer l’Aïkido de l’Aïkikai ou du Yoshinkan, le Hongjiaquan, le Meihuazhang, le Taijiquan du style Chen ou Yang, le Xingyiquan de l’Ecole Dachengquan, le Daoyin Qigong du Maochan, du Jingdan ou du Lingbao. Ce qui est un peu différent, convenons-en. La transmission : la bouture

Avant que Wang me lègue la succession, donc jusqu’en 1979, je me contentai d’enseigner, à partir du moment ou San Yiquan eut sa propre existence je me suis rendu compte qu’il fallait maintenant que je transmette un héritage puisque je me retrouvai désormais à la tête de l’Ecole San Yiquan qui se devait d’être la continuité de l’Ecole Liananquan. Wang a organisé une cérémonie de Baishi, donc de l’acceptation d’un disciple, puis une autre cérémonie me désignant comme maître héritier (Zhangmenren). Visiblement les élèves Chinois de Wang n’étaient pas satisfaits du fait qu’il me confie la destinée de cette école. Ils me firent comprendre par la suite qu’ils n’avaient pas à respecter une tradition qui n’était pas une tradition puisque la tradition chinoise à laquelle ils se référaient n’envisageait pas une transmission d’école vers un occidental âgé d’une trentaine d’années.

Le même problème est arrivé récemment avec la transmission de la succession d’une école de Taijiquan où le maître en titre, avant son décès, a désigné une élève occidentale, qui pratiquait avec lui depuis fort longtemps, pour lui succéder. Le lendemain du décès du maître on a fait comprendre à cette Occidentale qu’elle n’avait plus rien à faire en Chine et qu’il valait mieux qu’elle reparte dans son pays. Ce qu’elle a fait. Mais je suis désolé de dire que Wang ne devait pas avoir tout à fait tort puisque ces élèves chinois avaient un âge approchant du sien, soit près de soixante dix ans, et qu’aucun d’entre eux n’envisageait de transmettre quoi que ce soit à des non-chinois ni même à des Chinois fussent-ils de leur famille. Il n’y aurait probablement eu aucune suite à l’enseignement de Wang en France, donc en Occident, car aucun fils, petit fils ou neveu sinon cousin de ses autres disciples n’était prêt à reprendre le flambeau. Wang m’affirma avoir effectué les démarches nécessaires pour me faire reconnaître en tant que son successeur en titre auprès des associations concernées à Hong Kong et à Taiwan. Puis il se retira.

A partir de ce moment j’ai senti comme un devoir, une charge, de transmettre ce qu’il m’avait enseigné et légué. Et j’ai décidé de m’y consacrer entièrement. Entre temps j’avais abandonné un poste de cadre commercial dans une société agro-alimentaire car la haute direction, par courrier, m’avait fait comprendre qu’il fallait que je choisisse entre mes activités professionnelles et mes activités d’enseignement. Je précise que ces activités d’enseignement ne nuisaient nullement à mon activité professionnelle mais visiblement dérangeaient. Ce que j’ai fait en choisissant l’enseignement. Mes revenus ayant notablement été restreints je me suis donc tourné, comme c’est souvent le cas pour les enseignants d’arts martiaux, vers des activités de protection rapprochée. C’était une profession tout à fait récente et qui n’était ni structurée ni réglementée et qui consistait bien souvent à suppléer aux activités de la police dans la protection rapprochée de personnalités officielles ou non. J’ai donc effectué de nombreuses missions puis, peu après, ai été chargé de l’entrainement des agents de protection. Suite à divers problèmes liés à ces activités j’ai préféré démissionner car souvent les missions dépassaient le simple cadre de la protection. Mais j’ai conservé de bonnes relations avec plusieurs responsables des sociétés de protection de l’époque qui, pour la plupart, dirigeaient également des Dojos ou du moins des clubs d’arts de combat. Et j’ai même souvent enseigné au sein de ces clubs sans qu’il y ait de relation entre mon enseignement et les activités de protection qui y avaient lieu et qui, à mon avis, sont assez incompatibles avec l’esprit du Wushu. J’ai peu à peu remplacé cette activité de garde du corps par une activité d’écriture en fournissant à la presse spécialisée de nombreux articles, en tant que rédacteur pigiste, concernant les arts martiaux, l’Extrême-Orient, les pratiques de santé puis en rédigeant plusieurs ouvrages également sur ces sujets. Actuellement ils sont au nombre d’une vingtaine.

Certains d’entre eux sont épuisés mais très recherchés sur Internet (Traité d’Energie Vitale – Encre) d’autres comme Exercices de Santé du Kung-Fu (Albin Michel), publié en 1983, continuent à être distribués. J’ai également produit deux ouvrages sur la gastronomie et la diététique chinoises, un sur les armes de la Chine ancienne, participé à la rédaction en collectif d’un ouvrage sur l’acupuncture… Et de nombreux hors-séries sur la médecine chinoise, la méditation, les pratiques chinoises de santé, le Feng Shui, l’horoscopie chinoise… Donc plusieurs milliers de pages sur ces sujets qui me passionnent et que j’ai essayé de mieux faire connaître au grand public francophone. Mais également des ouvrages spécialisés qui sont désormais une référence dans le domaine de la pratique des Arts du Poing et des pratiques chinoises de santé et d’éveil. Et surtout de nombreux cours à Paris, en région parisienne, de nombreux stages à Paris, en France, dans la CE et à l’étranger. Les problèmes de la culture hors sol A partir de 1974 il a quand même fallu envisager de transmettre une pratique qui n’était ni connue ni reconnue en France et qui n’avait même pas de nom propre puisqu’on la nommait successivement boxe chinoise traditionnelle, Yoga chinois, Gymnastique chinoise traditionnelle. La dénomination de Cong-Fou qui avait été utilisée par Amiot (Mémoire concernant l’histoire, les sciences, les arts, les mœurs les usages etc. des Chinois – 1779), par J Estradère (Du massage, son historique, ses manipulations – 1884) de Kong Fou par de Sambucy (Pour comprendre le Yoga – Synthèse Orient Occident, Analyse du Kong-Fou -1973) ne désignait pas, alors, une pratique martiale mais ce que Maspéro (Le Taoisme et les religions chinoises – 1971) décrivait comme la gymnastique Daoyin ou « procédé de conduire le souffle ». Et d’autre part, aux USA, où j’avais étudié, ce terme « Gongfu » désignait une pratique destinée à l’exportation vers les non-chinois, donc fortement occidentalisée. Ce terme semblait donc fortement entaché d’un souci de commercialisation à tendance folklorique. On faisait et on transmettait du « Qigong » et du « Kung-Fu » sans le savoir comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Ce ne sera que dans le courant des années quatre-vingt que ces pratiques, sous ces termes génériques, débarqueront « officiellement » en France alors qu’elles y étaient enseignées depuis le début des années cinquante par Wang Zemin et par moi-même depuis le milieu des années soixante dix. Il n’est pas bon d’être trop longtemps en avance, donc précurseur précoce. A partir de 1975 j’ai rédigé plusieurs importants articles sur les Arts Martiaux chinois dans les revues spécialisées comme Karaté, Karatékas, Budo Magazine, Do et Jitsu, Bushido en resituant les écoles chinoises dans leur contexte d’Externe et d’Interne et en précisant l’histoire des principales d’entre-elles dont une importante série sur le Monastère de Shaolin. Peu de temps après pas mal d’écoles se trouvèrent un nom ou en changèrent.

J’ai réalisé, également, plusieurs articles sur la « gymnastique chinoise » ou le « Yoga chinois », donc le Qigong en précisant, également les origines des principales tendances. Je précise que c’est le Dr de Sambucy qui m’a incité à transmettre mes connaissances du « Qigong » donc du « Kong-Fou » en 1973 puisqu’il avait traité le sujet mais ne pratiquait pas cette discipline. Après quelques moments de curiosité et quelques tentatives de récupération une certaine animosité des disciplines déjà établies comme le Judo et le Karaté s’est faire ressentir avec, comme il se doit, des pressions et des problèmes de clubs puis des problèmes au sein même des fédérations cherchant à « accueillir » ces pratiques. J’ai donc licencié mes élèves, successivement, au Judo, au Karaté, au Kung-Fu Kempo, à la Boxe Chinoise, au Ritsu Zen, au Tai Chi Chuan, au Kungfu Wushu…sans jamais être reconnu en tant qu’école. On me proposait évidemment des grades très élevés, dont un septième Dan, mais mes anciens et assistants étaient toujours considérés comme des « ceintures jaunes », donc des presque débutants, sauf lors d’un protocole d’accord avec la FFKAMA (Karaté) qui reconnaissait 6 ceintures noires (sans dan !) diplômées au sein de cette Fédération (diplôme fédéral) parmi mes anciens et assistants mais protocole qui ne fut jamais respecté ni dans le fond ni dans la forme.

C’est à partir de ce moment que j’ai décidé de choisir l’autonomie pour l’Ecole San Yiquan au sein de la Loi de 1901 et en regroupant plusieurs associations dans le groupement association COREAM (1984) puis dans les Arts Classiques du Tao (1993). Pour mieux faire connaître ces pratiques, ces techniques et leur contexte j’ai, à partir de 1980 publié une vingtaine d’ouvrages (Sain et Sauf – Encre ; Je m’initie au Kung-Fu – Retz ; Exercices de Santé du Kung-Fu – Albin Michel ; Les armes de la chine ancienne – Amphora ; Cahiers d’acupuncture (collectig dont GC pour les 5 éléments) – Masson ; Hsing I Chuan l’art interne du Kung-Fu Wushu – Sedirep ; Eve défendez-vous – MA Edition ; Traité d’Energie Vitale -Encre ; Taijiquan 8 portes et 13 postures – Encre ; L’Honorable Cuisine Diététique et gastronomie chinoises – Encre ; Le Rituel du Dragon -Chariot d’Or ; Le Lit du Dragon – Chariot d’Or ; La Table du Dragon – Chariot d’Or ; Recettes pour prolonger la vie – Michel d’Orion ; Le Kung Fu en souriant -Budo Editions… J’ai rédigé plus de 200 articles pour la revue « La Vie Naturelle » et fondé le magazine bimestriel Tao-Yin en tant que rédacteur en chef puis rédigé 6 hors séries (Les arts martiaux d’Extrême-Orient ; La médecine chinoise ; La méditation ; Le thé chinois ; le Feng Shui ; la cuisine et la diététique chinoises) pour ce magazine (Groupe de presse Arys).

Si on ajoute une centaine de démonstrations effectuées dans toute la France, en Europe (Italie) et en Amérique (Canada, Québec, Guyane) j’estime que j’ai œuvré à mieux faire connaître ces pratiques et leur contexte philosophique et culturel probablement plus que quiconque. Mais en étant uniquement et finalement reconnu comme auteur, chroniqueur, rédacteur voire comme historien (parfois dépassé) des arts martiaux. La seule reconnaissance officielle dont je dispose est la mention concernant un jugement de la Cour d’Appel de Paris (18eme chambre) et qui affirme « Georges Charles spécialiste en médecine chinoise et en arts martiaux… ». Or, nul n’est censé, et donc ne peut, contester une décision de justice !

En précisant que je n’ai jamais eu, ni par ailleurs demandé, aucune aide officielle ni aucune subvention y compris dans mes activités associatives et fédérales. Avec l’expérience, tant de la pratique que de l’enseignement, je me suis rendu compte, peu à peu, d’une différence fondamentale entre les mentalités occidentales et les mentalités asiatiques, différence liée à deux conceptions opposées de la philosophie. Pour les Occidentaux, et plus particulièrement les Français, l’influence du cartésianisme est essentielle. Cette influence est liée à la raison et plus encore à la raison des choses comme aurait aimé à le préciser Leibniz.

Il faut donc que toute action ait une raison, donc une cause, et soit raisonnée donc raisonnable. Et que, de ce fait, elle soit justifiée et surtout justifiable. Pas de justification pas d’action. Je pense DONC je suis. En dehors de la pensée il n’existe rien puisque je ne suis pas. A l’opposé, concernant la pensée chinoise classique, qui, admettons le a quand même influencée une grande partie de l’Extrême-Orient (Japon, Vietnam, Corée…) et en partie l’Orient, se base principalement sur le principe de l’efficace, de la vertu (Te ou De – comme dans Daodejing ou Tao Te King, le « Traité de la Voie et de son Efficace », donc de la vertu, ou de l’efficacité de la voie). Il suffit que l’efficace se manifeste, donc la vertu (au sens de la vertu du Prince de Machiavel ou de la vertu d’une plante médicinale), pour que le principe (Li) soit. Dans une certaine mesure la vie (Sheng) étant d’essence « simplement efficace » être suffit. Il n’y a (donc) aucunement besoin d’une justification pour être. Je ne suis pas (et je ne précède pas !), je ne pense pas (et ne panse pas !) donc quelque chose. On peut donc supprimer le donc. On peut être sans penser (sans panser, sans dépenser, sans récompenser, sans dispenser…) et sans donc. (Donc) sans justification. Etre suffit. Il suffit d’être. La plante est. Ce qui ne l’empêche pas de posséder sa propre vertu, son « efficace ». Mais elle n’a pas à se justifier. Il n’est pas dommage qu’une plante disparaisse parce que et donc. Cette plante ne doit pas disparaître. Point. Le fait qu’elle aurait pu soigner une éventuelle maladie qui n’existe pas encore ne la concerne pas. C’est ce que nos anciens qui avaient encore du bon sens nommaient « la vertu des simples » avant que l’on décide, scientifiquement, que telle plante est utile et que telle autre ne l’est pas. La plante n’a pas à être utile ou à ne pas l’être. Elle est. Et elle est nécessairement (pas donc !) efficace. Si on en connaît la vertu elle devient simplement plus efficace encore. Lorsqu’un élève Chinois pose la question à son maître Chinois du pourquoi, celui-ci lui répond naturellement parce que cela est ainsi.

Et il suffit à ce maître de démontrer l’efficacité, donc la vertu, du mouvement ou de la pratique pour que la chose soit définitivement entendue et pour que le disciple remercie le maître pour cette réponse. En occident lorsque l’élève pose la question « Pourquoi ? » l’enseignant se doit de lui donner, sur le champ, de multiples explications sur le comment, le combien, le où, le quand et, finalement est obligé de trouver des justifications à ses réponses et, finalement, d’avoir à se justifier. Il faut donner des raisons et expliquer pourquoi et comment ces raisons permettent d’envisager une utilisation rationnelle qui, éventuellement peut, ou pourrait, être efficace. Le fait ne suffit plus comme justification en dehors de la raison. En réalité on finit alors par se contenter qu’un fait soit raisonnable, donc conforme à la raison, sans s’occuper de son efficace, donc de sa vertu.

L’acupuncture n’existe que parce qu’un professeur occidental, Darras pour ne pas le citer, a réussi à matérialiser le circuit d’un méridien en injectant une substance radio-active dans la jambe d’un patient et à faire constater ce fait par une radiographie. Peu lui importe que l’acupuncture existe depuis plus de trois millénaires et a pu servir à soulager ou a guérir des millions de patients non seulement chinois ou japonais, vietnamiens, coréens mais également occidentaux, américains ou africains. Seule lui importe sa preuve scientifique et raisonnable que si un méridien existe, l’acupuncture existe. Qu’elle soit efficace ou non ne le concerne pas. Et seulement à partir du moment où on constate que l’acupuncture existe, on va, éventuellement se pencher sur ses effets et en discuter les résultats. Sans pour autant poser la question à un acupuncteur chinois compétent. Et on nous affirme alors que l’acupuncture a des effets sur les rats parce que lorsqu’on pique ceux-ci avec des aiguilles d’acupuncture (authentique !) ils réagissent en produisant des endomorphines.

On leur aurait tapé avec un crayon sur la tête le résultat aurait été le même mais cela ne rentrerait pas dans le cadre scientifique de cette étude de l’action de l’acupuncture sur des rats ! En précisant, d’autre part, qu’il y a fort peu de chances pour que les expérimentateurs qui ont piqué les rats soient des acupuncteurs compétents. Lorsqu’on connaît l’acupuncture dans sa version chinoise « Zhen Jiu », littéralement « aiguilles et cautérisations » ou « par le fer et par le feu », finalement « piqûres et moxas » on sait qu’il existe des planches et des figurines concernant l’être humain, homme et femme, mais aussi des planches et figurines spécifiques concernant le cheval, la vache, le chien, le chat mais aucune sur le rat.

On voit mal alors comment un non-acupuncteur pourrait connaître ce que les acupuncteurs qualifiés et compétents ne cherchent pas à savoir, c’est-à-dire les points d’acupuncture spécifiques au rat. Les expérimentateurs ont du piquer n’importe où ces bestioles, constaté que ça leur faisait mal et que cette douleur provoquait, naturellement, la production de substances anti-douleur que sont les endomorphines. Le fait qu’un rat qu’on pique n’importe où souffre n’explique pas que l’acupuncture existe. Mais comme on possède désormais une cause et une raison on peut donc en déduire que l’acupuncture existe dans certaines conditions. Pendant ce temps là des millions de patients se font traiter par l’acupuncture sans se poser la question de son existence mais en en attendant une certaine efficacité. Et comme l’acupuncture fonctionne simplement ils en sont satisfaits et continuent à utiliser les services d’acupuncteurs compétents qui n’on jamais fait d’étude scientifique sur les rats. Ils constatent qu’il convient mieux d’utiliser une méthode empirique efficace qu’une méthode scientifique qui ne fonctionne que sur des rats de laboratoire. Il en va de même pour la pratique et pour l’enseignement des arts du poing ou des arts d’éveil et de santé d’origine chinoise.

La transmission s’est toujours effectuée, simplement, de maître à disciple avec la conséquence, et non le but, d’obtenir une certaine efficacité : « demeurer en bonne santé, pouvoir se défendre en cas d’agression, éveiller l’esprit et, éventuellement, modifier le cours de la destinée » (Sun Lutang ou Sun Fukuan). Ce qui est un programme tout à fait honorable et qui peut demander une vie entière. Et, surtout, qui ne souffre aucune autre justification. C’est ainsi et comme ça. Et je comprend alors pourquoi lorsqu’on pose la question à un Chinois il réponde « C’est très compliqué ! » et ajoute, parfois « Et difficile à comprendre ! » en pensant « de toutes façon n’étant pas Chinois vous ne pourriez rien comprendre à ce que je vais tenter de vous expliquer ». En réalité il n’a simplement pas envie d’expliquer ni, surtout, de se justifier. Et c’est pourquoi il ajoute « le secret de la pratique réside dans la pratique » en pensant « Il vous suffirait de pratiquer sans trop vous poser de questions pour ne plus avoir envie de chercher à comprendre ». C’est pour cela que Guo Yunshen affirmait « La pratique est facile car agir est facile, mais obtenir un résultat l’est moins. Il faut tendre à atteindre l’effet recherché avec le minimum de contraintes ». Rejoignant ainsi Zhuangzi « C’est en suivant le chemin que la Voie est tracée. La juste mesure permet la pratique. Pratiquer c’est chercher à atteindre l’efficace (ou un résultat). Lorsqu’on atteint cet efficace on est proche du Tao. Il faut affirmer ce fait ». Ce que résume Audiard, dans un taxi pour Tobrouk « Un con qui marche ira toujours plus loin que deux intellectuels assis ». La vertu est dans l’action pas dans sa raison ou dans sa justification. Etre c’est agir.

Et encore il ne s’agit que de la moitié du chemin à parcourir car cette même pensée chinoise classique insiste sur la vertu, l’efficace du « Wuwei », donc de la non-intervention, de la non-ingérence. Il ne s’agit en aucun cas de non-agir ou de ne pas agir, donc de demeurer assis sans rien faire, mais de faire en sorte que l’action soit, justement, sans justification. C’est l’action juste ou juste l’action. Agir c’est être ainsi.

Une fois que l’on a pris l’arc (ou le pinceau !) (Ti = la structure) que l’on a placé la corde (Daoyin) (Xing la forme), pris la flèche (Qi le souffle), vu la cible (jing l’essence), bandé l’arc, calmé le souffle, posé l’intention (Yi) et libéré l’esprit (Shen) il suffit de décocher (Wuwei) et la flèche doit atteindre le centre de la cible (Zhong). C’est la pierre à encre (Ti), la pierre d’encre (Xing), le liquide (Jing) le mouvement (Dong) qui réunit les « Trois en Un » (San Yi), le pinceau (Qi) qui accueille l’encre (Zheng Jing -essence authentique -) que l’on conduit grâce à l’intention (Yi) sur la feuille de papier (Shen) pour « provoquer autre chose encore » (Hua) qui est image-symbole (Xiang). (Wang Yangming). C’est pour le Yijing « L’Etre Réalisé (ou authentique Zheng Ren) qui sait avancer et reculer (la mobilisation donc la régénération), qui sait prendre et qui sait donner (c’est l’accueil et la conduite, donc le savoir faire) qui sait conserver et abandonner (mettre à bandon donc à disposition de toutes et tous) (c’est l’action juste et juste l’action) sans jamais pour autant perdre sa rectitude (Zheng) ». Et il est précisé dans le Liji (Rites) (Tir à la Cour d’un Prince) « Lorsque la flèche atteint la cible en son centre le juge se contente de dire « Touche ! » et un murmure d’approbation parcourt l’assistance ». Il n’est pas utile de se livrer à des gesticulations puisque le but est simplement atteint. Le fait est accompli. C’est simplement le « Gongfu » qui se manifeste dans l’un des arts chevaleresques et cela n’a pas à se justifier ni à s’expliquer ! C’est toute la différence entre cet enseignement et la compréhension occidentale qui oblige à le justifier. Un Occidental, pourtant, a déjà clairement donné son point de vue sur la question : « Ceux qui sont qualifiés pour parler au nom d’une doctrine traditionnelle n’ont pas à en discuter avec les profanes ni à faire de polémique. Ils n’ont qu’à exposer la doctrine telle qu’elle est, pour ceux qui peuvent le comprendre, et en même temps, à dénoncer l’erreur partout où elle se trouve, à la faire apparaître comme telle en projetant sur elle la lumière de la vraie connaissance, leur rôle n’est pas d’engager une lutte et d’y compromettre la doctrine, mais de porter le jugement qu’ils ont le droit de porter » René Guénon – La crise du monde moderne –
Il ajoute en quatrième de couverture :

 » Un des caractères particuliers du monde moderne, c’est la scission qu’on y remarque entre l’Orient et l’Occident.

[…] Il peut y avoir une sorte d’équivalence entre des civilisations de formes très différentes, dès lors qu’elles reposent toutes sur les mêmes principes fondamentaux, dont elles représentent seulement des applications conditionnées par des circonstances variées. Tel est le cas de toutes les civilisations que nous pouvons appeler normales, ou encore traditionnelles ; il n’y a entre elles aucune opposition esse