SERPENT DE METAL

ou « SERPENT HIVERNAL » par Georges Charles

Depuis le 24 janvier 2001 nous sommes donc passés du cycle de l’année du DRAGON DE BROCARD ou « DRAGON QUI S’ENVOLE DANS L’ABÎME » au cycle, heureusement plus tranquille, du SERPENT DE METAL ou « SERPENT HIVERNAL »

Serpent de Métal : « Bonne renommée ne vaut pas ceinture dorée »

Si, en Occident, 2001 nous a permis de changer à la fois d’année, de siècle et même de millénaire, pour le calendrier chinois traditionnel il ne s’agit, plus prosaïquement, que du 80ème cycle sexagésimal depuis la mise en place du Calendrier de l’Empereur Jaune en 2699 avant notre ère.

Le Serpent de Métal – Naja noir (Inde)

Bonne et Heureuse Année du Serpent ! Donc d’une année comme bien d’autres et c’est justement ce qui est rassurant. L’année du « Dragon de Métal », nous l’avions annoncé, risquait de réserver quelques mauvaises surprises puisqu’il fallait, justement, faire ce « Grand bond en avant » dont nous connaissons désormais les fameux résultats. Nous avions même prévu que ce magnifique envol du Dragon de Brocard se solderait, pour certains, par un atterrissage brutal dans le caniveau où les attendait une moto-crotte compatissante.

Ce qui est fait est fait et c’est heureusement déjà du passé. Nos amis Chinois rendus quelque peu méfiants par plusieurs millénaires de vicissitudes diverses ont pris la mauvaise habitude, afin de tromper l’ennemi, d’attribuer aux moins bonnes années les signes zodiacaux les plus valorisants… on y retrouve donc, en vrac, le Dragon, le Cheval, le Tigre. A l’opposé, aux années les plus favorables se retrouvent affectés des animaux, sinon des bestioles, n’attirant point trop la sympathie de nos contemporains fussent-ils Chinois ou Occidentaux (étymologiquement sympathie signifie textuellement « souffrir ensemble » ! )… comme le rat, le serpent et d’une certaine mesure le cochon… on ajouterait presque, pourquoi pas, le scorpion et le cancer. Dans les campagnes chinoise on donne encore des surnoms dévaluateurs aux nouveaux-nés masculins de manière à ne pas attiser la jalousie des Gui (Kouei, revenants ou entités perturbatrices)… Il n’est donc pas rare de voir un magnifique bébé joufflu se retrouver affublé du qualificatif de « petite chenille malingre » ou de « vermisseau pâlichon ». Nommer ce même bébé « Dragon vigoureux » ou « petit Tigre » exposerait nécessairement celui-ci à des risques que ne prendraient aucun parents chinois… ou vietnamiens.

Il en va donc de même pour notre fameuse année du « Serpent de Métal » que d’aucuns qualifient également de « Serpent Hivernal »… la bestiole se veut particulièrement discrète mais efficace et ne cherche, en aucune façon, l’esbroufe de son digne prédécesseur le Dragon.

Il s’agit, de même que 1881 et 1941 d’une année XIN SI ou XIN (Ricci 1999) représente le 8ème tronc céleste (Tian Gan) donc le Yin du Métal alors que SI (Ricci 4600) représente le 6ème des 12 rameaux terrestres (Di Zhi) donc le Yin du Feu. Cela correspond également à une année dont l’énergie générale est considérée comme Jue Yin (Tsiue Inn) donc gouvernée par le vent (Feng).

La rigidité structurelle du Métal est largement atténuée par l’action du Feu qui réchauffe celui-ci et l’assouplit jusqu’à ce qu’il devienne, comme le fer chauffé à rouge dans une forge, plus malléable ou ductile. Cela peut même aller jusqu’à la fusion où le métal, enfin, se liquéfie (Eau). Le souffle du vent (Jue Yin), comme le soufflet de forge, attise cette fusion. Notre Serpent de Métal qui jusqu’alors hibernait se réchauffe progressivement jusqu’à être libre de ses mouvements qui peuvent devenir rapides et particulièrement précis. Dans les campagnes du Sud de la Chine on a coutume de dire que « l’envol bruyant du Dragon augure le réveil paisible du Serpent » et que si l’on parle plus volontiers du premier; c’est pourtant le second qui est plus utile. Notre ami le reptile n’est pas victime là bas de la même aversion que dans nos contrées septentrionales et occidentales.

Il est même activement recherché, sinon élevé, pour protéger les greniers contre les invasions fréquentes de rongeurs et de moineaux. Il lui arrive également de terminer sa paisible existence sous forme de potage très réputé ou de potion mirifique censée redonner une vigueur toute juvénile à de vieux messieurs. La bile et le venin du serpent passent, en effet, pour des remèdes souverains tandis que sa dépouille, ou mue, est également activement recherchée car elle symbolise la vitalité dans le renouvellement des énergies. C’est le passage difficile des forces de l’obscurité vers la renaissance printannière… elle permet donc le transfert de l’énergie des os (reins et vessie) vers l’énergie des muscles et tendons (fois et vésicule biliaire) et permet de renforcer la vue. Son attitude discrète lui vaut d’être le symbole de l’intelligence sélective et de la richesse non ostentatoire.

A Hong Kong le « Serpent de Métal » (Jin She) désigne très populairement les fameuses ceintures de voyage dans lesquelles on dissimulait jadis des pièces d’or et désormais des billets verts, qualifiés de feuilles de salade… donc, en quelque sorte, notre fameuse « ceinture dorée qui vaut mieux que bonne renommée ». Le « Serpent de Métal » représente donc, au propre et au figuré, un fameux viatique qui, bien que très discret, n’est n’est pas moins redoutablement efficace.

Sa manière de se faufiler tant entre les herbes que dans les rochers et même de pouvoir sans difficulté traverser une mare ou un cours d’eau, lui, permet de représenter l’adaptabilité et la capacité de mener rondement des affaires complexes tant dans le travail qu’en société… ou en amour. De sang froid et de respiration lente, il évoque également le pragmatisme et le contrôle de soi. On lui reproche, évidemment, d’être quelque peu paresseux et d’appliquer en toutes choses la fameuse loi taoïste du minimum d’effort pour le maximum de résultats et d’efficacité. On l’accuse également d’une certaine tendance à la flatterie, à l’enjôlerie, à la concupiscence et à l’autosatisfaction.

Il est, en outre, réputé pour son machiavélisme dans certains calculs sournois et combinaisons particulièrement complexes échappant ainsi au commun des mortels. Prodigue et dépensier pour lui-même et ses amis de confiance, il est, par contre, avare pour tous les autres. Il est surtout très rancunier vis à vis de tous ceux qui ont eu le tort de lui marcher sur la queue en lui faisant perdre du temps et de l’argent. En somme, officiellement, ce serpent est affublé de vilains défauts qui justement font son charme et qui, officieusement, deviennent des qualités tout à fait mandarinales qui le font apprécier de bon nombre de milieux où l’on ne saurait se passer de ses services et de ses conseils. De ce fait, entre « initiés », bon nombre de Chinois se reconnaissent en lui et lui vouent une affection secrète.

C’est notamment en observant le combat entre un serpent et un échassier que le taoïste Zhang Sanfeng (Chan San Feng) eut une illumination qui fut à l’origine de la création de la Boxe du Mont Wudang qui fut l’ancêtre des arts internes… d’où provient le Taijiquan (Tai Chi Chuan). Tandis que le volatile gesticulait en tous sens, tentant de saisir le reptile, celui-ci déroulait tranquillement ses anneaux, frappant tantôt avec la tête, tantôt avec la queue, tant et si bien que l’oiseau découragé s’en alla… Cette stratégie de la souplesse et du mouvement continu impressionna notre taoïste qui, immédiatement, se mit à l’oeuvre créant ainsi une nouvelle forme de pratique encore utilisée par des millions de personnes de par le monde entier.

Sur le cadran solaire ancien, le serpent (She) se place à onze heure, moment où la lumière et la clarté permettent la réalisation des énergies internes. C’est selon les sages de la Chine ancienne, avec le Dragon, le Phénix et la Tortue l’un des animaux capable de regarder le soleil en face et d’en absorber l’énergie vitale. Le Serpent s’entend très bien avec le Coq et le Bœuf mais possède quelques inimitiés avec le sanglier, ou cochon, qui le dérange dans ses flâneries.

Sur un plan climatique, l’énergie Jue Yin se manifeste dans le vent. Il faudra donc encore s’attendre à quelques tempêtes… Le Métal (Jin) influencé par le Feu (Huo) symbolise de son coté la sécheresse de la végétation. Les inondations à répétition ne devraient plus être qu’un mauvais souvenir…

En résumé il devrait s’agir d’une année plus reposante que celle du Dragon et beaucoup plus profitable aux affaires… à condition de savoir quelque peu manœuvrer en souplesse et avec stratégie et surtout d’éviter toute gesticulation fébrile et hystérique.

Le Serpent de Métal, symbole profond de la sagesse, de la réflexion est également très favorable à la méditation et au développement spirituel… ce qui ne l’empêche nullement de savoir et de pouvoir réagir avec rapidité, sagacité et vivacité si le besoin s’en fait sentir.