Le Baron Rouge est tombé
Par Saint Georges !

contre-enquete
Il y a quatre vingt dix ans, le 21 avril 1918, tombait le Baron Rouge.
 Mais est-ce bien une simple coïncidence ? 

Les services secrets britanniques SIS et MI6 sont ils à l’origine de ce fait ?

baron_stgeorgeflag
La Croix de Saint Georges Saint Patron de l’Angleterre

Le Jour de la Saint Georges

Le 23 avril 1918, le Roi George de Saxe Cobourg Gotha, qui avait peu de temps auparavant fait changer le nom de sa famille en Windsor, ce qui faisait quelque peu plus britannique mais qui était simplement connu de ses sujets sous le nom du Roi George, le cinquième du nom, prit son petit déjeuner de bonne heure mais d’assez mauvaise humeur.

 

Baron_georgeV

le Roi George V
Notez la ressemblance avec son autre cousin le Tzar Nicolas II 
En fait tout cela est une histoire de famille !

 

Baron-NicolasII
L’autre cousin le Tzar de Toutes les Russies
 L’Empereur Nicolas
II 
Il a refusé de quitter la Russie, sa famille a été massacrée.

Le petit déjeuner était excellent mais les nouvelles du front occidental ne l’étaient pas et son cousin, l’Empereur Guillaume II, Empereur du Saint Empire Germanique, paradait encore à la tête de ses généraux et, suivant des informations issues du service de renseignement allié, préparait même une nouvelle offensive qui avais simplement pour but un objectif : Paris. 
Le 9 avril deux divisions britanniques et une division portugaise avaient été bousculées sur la Lys et les Allemands s’étaient encore rapprochés des ports de la Manche. 
Instinctivement, le Roi George, chercha le plateau d’argent massif où étaient généralement disposés les journaux quotidiens et ne le trouva pas.
Il fit un signe discret au majord’homme qui attendait, fixé au garde-à-vous, qui s’empressa alors de rejoindre la table.

Le Roi s’étonna de l’absence des journaux, pressentant une mauvaise nouvelle. 
Le jour de la Saint Georges, jour de la fête du Roi mais aussi jour de la Fête Nationale de l’Angleterre et de l’Empire Britannique commençait fort mal. 
Le Roi se demanda un instant pourquoi il n’avait pas conservé son nom de famille germanique, au moins il aurait eu la sensation de ne pas avoir tout perdu.
Il releva la tête et eut la surprise de découvrir le visage souriant de Carter Easby, son confident et garde du corps personnel, Officier de la Household Cavalry de la Life Guard.

Le jeune officier lui tendit alors le plateau d’argent avec de multiples journaux portant tous la Croix de Saint Georges et un titre formidable s’étalant sur quatre colonnes à la une :
 »Le Baron Rouge est mort ! »
Certains journaux comportaient même la photo du pilote, couché sur une tôle, et de son avion en mauvais état.
Le Roi laissa retomber le journal qu’il tenait et dit, simplement, « Oh My God ! » 
Le jeune officier demanda au Roi la permission de s’exprimer qui lui fut accordée.
 » Majesté, Saint Georges a enfin eu raison de ce maudit diable rouge »

 

baron-Stgeorges
Saint Georges terrassant le Dragon

 

Et haussant le ton : 
 »Pour Saint Georges et la Fête de sa Majesté. Pour le Roi ! » 
Trois formidables « Hourrah ! » retentirent dans la cour et dans le château.
Le Roi Georges s’était levé.
La musique de la Garde entama alors un majestueux « God Save the King ! » 
En fait, Windsor, ce n’était pas si mal que ça.
Et George V imagina alors le choc que la nouvelle devait propager en Allemagne et chez ses alliés.

 

 

baron_willemII

Le cousin Guillaume II
Pas très fréquentable ! 
Tiens, si on lui retaille la moustache et qu’on lui enlève le casque et la ferblanterie 
il fait déjà penser à quelqu’un ! 
Un bon modèle mais un très mauvais exemple.
Et il plaignit son cousin Guillaume !
Il ne s’en remettrait pas.

 

Une opération préparée de longue date

Le S.I.S. (Secret Intelligence Service) qui deviendra le MI6 fut officiellement créé en 1909 et avait pour but de mener des opérations de déstabilisation et d’intoxication (deception) de l’ennemi ainsi que de rechercher les renseignements essentiels à l’organisation de ces opérations.
En 1918 il était dirigé par Sir Mansfield Smith-Cumming, alias « MC » , qui était secondé par le Vice-Amiral Sir Hugh « Quex » Sinclair qui le dirigera lui-même de 1924 à 1938.

Un autre membre du Clan Sinclair, Sir John Sinclair, alias « C » qui dirigera encore le MI6 en pleine guerre froide de 1953 à 1956.
On dit que c’est ce dernier qui servit de modèle à Ian Flemming, également membre du MI6, pour « M » dans les James Bond.
 Le SIS, comme le MI6, possédait, en fait, de multiples divisions possédant chacune sa spécialité.

Sa particularité était d’être composée de militaires de carrière, d’active ou en retraite, officiers, sous officiers et homme du rang mais également de civils recrutés dans de nombreux corps de métiers allant d’universitaires de haut rang d’Oxford ou de Cambridge, jusqu’à des cambrioleurs plus ou moins repentis.
Et probablement des individus moins recommandables, encore. 
Le fameux Conan Doyle, le père du dective Sherlock Holmes, un autre romancier de génie, servit plus ou moins de modèle au recrutement de ces agents très spéciaux qu’on nomma, par la suite, les « Baker’s Street Boys ».

Baron_Conan_doyle
Sir Arthur Conan Doyle, créateur de Sherlock Holmes, Sir Robert Donald, Membre actif du SIS, futur MI6, et le Capitaine Dupont (comme son nom l’indique mais avec un D) du 2eme Bureau sur le front de la Somme en 1917.

Un trio assez particulier et qui ne paye pas de mine mais dont il faut se méfier. 
Comme Ian Flemming, créateur de James Bond, ou Rudyard Kipling, auteur du Livre de la Jungle, ou Pierre Nord, Conan Doyle en sait beaucoup plus qu’on ne le pense généralement sur les coups les plus tordus. 
A coté Monsieur X est un pensionnaire du Couvent des Oiseaux. 
En fait il s’est représenté sous les traits de Mycroft Holmes, le frère de Sherlock Holmes.
Et c’est un fervent admirateur, sinon disciple, de Gordon.

Mais on vous a rien dit !

Initialement il s’agissait des informateurs justement « spéciaux » du détective dont l’appartement était censé se situer au 221 B Baker Street.
Or le SIS, puis le MI6 et enfin le SOE (service action des Services Secrets Britanniques) possédaient plusieurs bureaux discrets situés également à Baker Street (N° 62, 64, 82, 84…) sous diverses couvertures très éprouvées.

Conan Doyle, comme Rudyard Kipling et Ian Flemming, écrivains britanniques au dessus de tout soupçon, grands voyageurs devant l’éternel, firent tous trois partie des services de renseignement de Sa Majesté et furent donc de très honorables correspondants et le furent même tous trois à haut niveau. 
En quelque sorte même, Conan Doyle, dans deux romans de Sherlock Holmes, donne purement et simplement son propre rôle au frère présumé de ce dernier : Mycroft Holmes qui travaille justement pour les services secrets britanniques.
Ian Flemming fut lui-même présent aux réunions très secrètes qui organisèrent le débarquement en Normandie de Juin 1944.

Mais cela ne les empêcha pas de prendre leur thé à cinq heures.
 C’est donc souvent dans des clubs très privés, des bibliothèques très feutrées, des restaurants très huppés que s’élaborèrent, entre gentlemen paisibles et souriants, des stratégies redoutables échappant bien évidemment à la compréhension du commun des mortels.
 Mais, comme il s’agit de Britanniques, donc d’exentriques, ils prennent de plus un malin plaisir à signer leurs actions comme le faisait Arsène Lupin en laissant sa carte de visite sur le lieu du méfait.

Evidemment pas une vulgaire carte de visite en bristol, cela aurait été trop simple, trop français, mais des indices sinon des indications qui ne devaient pas échapper à un investigateur tout juste un peu moins naïf que la moyenne. 
Un simple Dr Watson, en quelque sorte aurait du être en mesure de démontrer le forfait sans pour autant, bien évidemment, en apporter la preuve. 
Manque de preuve qui satisfera toujours les tenants de la morale et qui leur permettra de claironner bien fort : 

 »Ce n’est que le fruit du hasard ou de votre imagination, jeune homme ! ».

Ils n’en n’ont évidemment aucune, ces braves gobeurs de fadaises toutes cuites par les historiens officiels qui, eux-mêmes, ne se posent jamais la moindre question.

Pourquoi ?
 C’est ainsi et c’est comme ça depuis toujours ! 
Où irait-on si il fallait refaire l’histoire pour un oui ou pour un non, ou pire, pour un peut-être ?
Et pourquoi pas « peut-être » ?
En avril 1918 les choses allaient fort mal et malgré l’agitation sur l’arrière, en Allemagne, agitation quelque peu entretenue par le MI6 et des agents provocateurs, le front risquait de se rompre à chaque instant.
Il fallait casser le moral du soldat allemand en cassant le moral du peuple allemand.
Il fallait trouver une faille.

Il fallait frapper un symbole.
 De nombreuses batailles avaient déjà été gagnées ou perdues, de nombreuses villes avaient été prises puis reconquises, de nombreux coups d’éclat s’étaient transformés en catastrophes.
Et le moral des Alliés n’était pas très bon.
Il était embourbé dans quatre années de tranchées sordides, de rats, de poux, de boue, de cadavres pourris vomissant leurs asticots et leurs mouches bleues, de merde dysentrique, de fièvre espagnole, d’amputations, d’alcoolisme à grande échelle, d’incompétences, de millions de morts, de tribunaux militaires, de planqués, de fanfaronades, de bourrage de mou de la presse civile, de limogeages, de privations.

 

baron_tranchee
Une tranchée quelque part dans la Somme

Il fallait faire cesser ça !
Les Américains commençaient à débarquer déguisés en cow-boys et n’ayant jamais vu une tranchée ni subi le moindre feu, avec un matériel rutilant mais totalement dépassé et un commandement se référant encore aux guerres indiennes.
Or, l’un des services du SIS était chargé de lire la presse germanique et de remettre un rapport hebdomadaire à « Quex » qui remarqua assez rapidement que de nombreuses pages étaient consacrées à l’As des As de l’aviation allemande, le Capitaine Manfred Von Richthofen, alias « Le Baron Rouge » qui sévissait au dessus des Flandres et de la Somme.

L’un de ces journaux relatait une constatation de Guillaume II :

 »A lui seul, le Baron Rouge, vaut tout un régiment et probablement plus encore ! « 

 »Quex » se fit immédiatement cette réflexion 

 »Celui qui abattra à son tour le Baron Rouge touchera l’Allemagne en plein coeur ». 

Il décida alors de proposer à Sir Smith-Cumming une « opération spéciale » qui aurait pour but de descendre, par tous les moyens, le fameux Baron puis d’utiliser le choc psychologique pour porter un redoutable coup au moral des Allemands.
Smith-Cumming en accepta le principe et donna carte blanche à « Quex ». 
Hugh « Quex » Sinclair convoqua immédiatement le Major Beavis, du MI6 5G (deceptions operations) pour régler les détails pratiques de l’opération.

Pour la petite histoire Hugh « Quex » Sinclair, alias « C », décèdera en 1938 d’un cancer et sera remplacé à la tête du MI6 par un autre Ecossais, Stewart Menzies.
Beavis, devenu Général, sera pendant la seconde guere mondiale, l’un des cerveaux « Bigot » de l’opération « Fortitude » qui préparait la couverture du débarquement allié en Normandie.
La seconde partie de cette opération, nommée « Faith » est encore méconnue. Un coup d’essai : Verner Voss le Hussard de Kreufeld.

Avant de s’en prendre au Baron Rouge il convenait de se faire la main.
Les services de renseignement anglais suivaient également de près la carrière d’un autre As allemand, Verner Voss dit « le hussard de Kreufeld » qui venait d’atteindre sa cinquantième victoire et qui venait d’intégrer le « Cirque volant » de Richthofen.

 

Baron_mandred_voss

Von Richthofen et Voss : derniers conseils avant la chasse
Verner Voss était un excellent pilote et un redoutable combattant mais qui avait l’habitude, contrairement au Baron Rouge, de voler seul à la recherche d’une proie, méthode que Von Richtofen défendait formellement à ses pilotes.
Un correspondant en Hollande fit parvenir aux Anglais une information très intéressante, le créateur des fameux avions Fokker, Anthony Fokker, surnommé « le Hollandais Volant », avait invité Voss à fêter son anniversaire en Hollande car il tenait à le rencontrer pour lui demander quelques conseils sur le Triplan DRI qui présentait alors quelques défauts.
Voss avait accepté l’invitation et devait se rendre en Hollande aux environs du 20 septembre 1917.
Mais, chose encore plus importante, les Services Secrets avaient été informés que Voss convoierait lui-même un nouveau modèle de triplan à son retour et qu’il serait probablement seul, une escorte lui ayant été affectée lorsqu’il parviendrait au dessus de la France.
Les choses se passèrent comme prévu et Voss se rendit chez Anthony Fokker où une fête eut lieu en son honneur.

 

baron_anthonyfokker

Anthony Fokker le « Hollandais volant »
Un milliardaire exentrique qui travaillait pour l’aviation allemande
. Les « Fokker » volent toujours mais pour le civil.
Le Hollandais volant avait bien fait les choses et il ne manqua pas de jolies filles ni de champagne à tel point que Voss en abusa quelque peu et passa une bonne partie de la journée du 23 septembre au lit.
Le temps était beau et il décida de rentrer en France, à son escadrille, dans l’après midi.
Fokker, comme promis, lui remis le nouveau modèle du Triplan amélioré et deux douzaines de bouteilles de champagne pour les pilotes de la Jasta.

Voss décolla vers 17h et se dirigea vers la France en passant au dessus de la Belgique.
Le vol se passa très bien jusqu’à Frezenberg où il apperçu un SEa5 anglais qui semblait en difficulté.
Il décida alors de s’offrir une victoire de plus.
Il fonça sur l’avion britannique et se préparait à ouvrir le feu lorsqu’il entendit le crépitement de plusieurs mitrailleuses derrière lui et vit passer une gerbe de balles.
Par chance il n’avait pas été touché.

Un simple coup d’oeil lui permit de comprendre qu’il venait de tomber dans un guet-appens puisque sept avions de chasse le poursuivaient.
Il décrocha et entreprit d’engager le combat en vendant chèrement sa peau.
Ce ne fut pas très facile car les bouteilles de champagne roulaient jusque dans l’habitacle.
Il se rendit rapidement compte qu’il n’avait pas affaire à des novices et que les Britanniques, bien qu’inférieurs à lui dans les manoeuvres, ne le lâchaient pas.
Il ne savait évidemment pas que l’Etat Major avait accepté cette mission et qu’il l’avait confié aux Squadrons 60 et 56, deux unités particulièrement aguerries.

Pour ne prendre aucun risque, ce qui était par ailleurs contraire au règlement, sept pilotes ayant tous le titre d’As avaient été mis à contribution.
Il y avait donc là les meilleurs chasseurs de tout l’Empire : Albert D. Carter, Arthur Rhys Davis, Ronald Hammersley, Reginald Hoidge, Richard Mayberry, Keith Muspratt et le plus redoutable d’entre tous James Mc Cudden.

 

mccudden

James Mac Cudden « Old Mac » 58 victoires.
L’un des cinq grands as anglais. 
Il fut crédité de la victoire sur Voss mais ne s’en vanta jamais. 

C’est d’ailleurs ce dernier qui, finalement, pourra revendiquer la victoire sur Voss.
 Celui-ci se démena comme un beau diable et les Britanniques avouèrent avoir eu beaucoup de mal à le descendre, chacun d’entre eux ayant été touché par Voss dans une partie de leur avion.
Mais ils finirent par l’envoyer au tapis, malheureusement pour eux dans une zone où l’atterrissage était impossible.

Une partie de la mission avait réussi mais l’autre fut un échec car ils ne purent ramener de photos de Voss et de son appareil.
La victoire fut confirmée par un avion d’observation mais qui dut prendre la fuite à l’arrivée des chasseurs allemands se demandant où Voss était passé.
Donc sans pouvoir prendre aucune photographie de l’épave. 
Le S.I.S. tira conclusion de cette mission : si elle était une réussite, puisque Voss avait été tué, elle avait quand même risqué de coûter la vie à plusieurs pilotes très expérimentés qui, de plus, étaient moralement très mécontents d’avoir participé à cette battue contraire au fair-play. 
Mc Cudden, en particulier regretta longtemps d’avoir descendu Voss et avoua qu’à un moment il avait songé le laisser s’enfuir tant sa virtuosité était remarquable.

Voss lui avait plusieurs fois adressé un signe de la main, l’ayant reconnu.
Et les pilotes l’avaient vu se débarrasser une à une des bouteilles de champagne comprenant alors qu’il avait eu un sérieux handicap dès le début du « dogfight ». 
Sur le plan de la propagande l’opération était un fiasco car il était difficile d’avouer le traquenard et d’admettre que Voss avait tenu tête à sept As alors qu’il était en état d’infériorité d’autant plus qu’il n’y avait aucune photo prouvant qu’il avait bel et bien été tué.

Chaque semaine la presse alliée annonçait la mort du Baron Rouge ou d’un autre As allemand, ce qui était démenti assez rapidement par les faits. 
 »Quax » décida donc de classer le dossier Voss et de changer de méthode. Pour chasser un tigre il faut savoir sacrifier une chèvre !

 

Baron_photofficielle

La photo « officielle » du Baron rouge qu’il aimait à dédicacer 
Il savait entretenir son image.
En ce printemps 1918 il devenait essentiellement important de frapper un grand coup.
Le Baron Rouge venait de fêter ses quatre vingt victoires confirmées et s’était bien remis d’une blessure à la tête qui avait failli lui coûter la vie : un néophyte britannique avait ouvert le feu sur son Fokker alors qu’il se trouvait à plus de quatre cents mètres.
En entendant au loin la rafale qui lui était destinée Von Richthofen avait souri.

A cette distance il ne risquait rien.
Un instant plus tard il était à demi inconscient et complètement aveuglé par le sang car une balle lui avait lacéré le crâne.
Il parvint, non sans mal à se poser, heureusement dans les lignes allemandes et fut amené inconscient à l’hôpital où on craignait fort pour sa vie.
Mais la balle n’avait fait que de tracer un sillon dans l’os causant un traumatisme réparable.

Il fut donc assez rapidement debout et l’Empereur Guillaume, lui-même, vint le décorer.
Le père de Von Richthofen et son frère Lothar, un autre As du Cirque, étaient présents.
Von Richthofen, la tête bandée, se fit photographier au milieu d’infirmières jeunes et jolies ce qui accrut encore son aura auprès de la gente féminine quelque peu jalouse.
Certaines mauvaises langues affirmaient, en effet, qu’il préférait les garçons car il était très coquet et aimait bien les cuirs et les fourrures.
 Et qu’il adorait se faire photographier dans des poses avantageuses.
Personne n’est décidémentparfait !

 

baron_mandred_furs

Mandred à gauche et Lothar à droite
Mandred en manteau de peau de loup et bottes de fourrure
Pour faire cesser ces bruits malveillants il sortit donc quelques temps avec une infirmière française qui aurait fort bien pu illustrer un calendrier.
 »Quax » eut donc une autre idée : organiser un traquenard mais combinant cette foi une force aérienne et une force terrestre utilisant des tireurs d’élite bien placés.
Après avoir étudié les cartes de la somme, où était stationné le fameux cirque du Baron Rouge et la Jasta 11 qu’il dirigeait en personne, il jeta son dévolu sur un site quelque peu particulier : le Cirque de Vaux, ou belvédère Sainte Colette situé à proximité de Corbie.

 

baron_jasta11

La Jasta 11 du Baron Von Richthofen
Dans l’avion Mandred
. Assis Lothar

 

MVR_jasta11_portraits

Les pilotes de la Jasta 11 d’après un fusain d’époque (archives GC) 
Mandred est au centre

La particularité du lieu est de présenter une falaise en forme de cirque dominant les étangs et la Somme canalisée à cet endroit en canal.
 »Il veut du cirque il va en avoir du cirque ! » s’était extasié Sir Smith-Cumming en contemplant la maquette que « Quex » lui présentait.

On y distinguait nettement le belvédère et plusieurs nids de mitrailleuses en haut et à mi flanc, le canal, l’étang et un bâtiment visible : une usine avec sa cheminée.
 »Quex » indiqua quel était le plan « Il faut arriver à ce que BVR se lance à la poursuite d’un avion cible, donc de l’appat, au dessus du canal de la somme, entre deux rangées d’arbres, et pris sous le feu de chasseurs soit obligé de buter contre le cirque de Vaux.

Il sera alors contraint d’obliquer à droite, vers les lignes allemandes, et ce faisant préféra le flanc à nos mitrailleuses servies par des tireurs chevronnés, le reste sera question de chance et surtout de moyens appropriés ».
 »Quex » indiqua que le problème de la « chèvre » qui devait attirer le tigre vers le point prévu était réglé et qu’il avait déjà pris contact avec l’Etat Major de l’Armée de l’Air qui lui avait recommandé un pilote canadien, un jeune lieutenant nommé Wilfrid May.
Mais qui était surnommé « Wop » car il était un pilote remarquable adepte indonditionnel du rase-mottes et de la voltige.

A vrai dire avant la guerre « Wop » gagnait déjà bien sa vie en organisant des meeeting de voltiges aériennes auxquelles il prenait part et dont il était généralement la vedette. 
De plus il était ami d’un certain Roy Brown qui devait se charger, quant à lui, d’organiser la poursuite du Baron dès que celui-ci se serait engagé.
Roy Brown était un as canadien qui avait abattu en peu de temps une douzaine d’avions allemands et qu’il allait falloir retirer du front et même de l’active à cause d’un vilain ulcère à l’estomac.

 

brown

Roy Brown
 »Il ressemblait à un petit fonctionnaire aux yeux tristes »
Hugh « Quex » Sinclair
Les deux homme s’étaient rencontrés à l’école de pilotage et Roy Brown avait été très impressionné par « Wop » et ses figures étonnantes.
Et son tempérament de casse cou, lui qui était renfermé et méthodique. 
Ils acceptèrent tous deux la mission non sans quelques réticences mais Sir Smith-Cumming leur expliqua l’enjeu qui, à son avis, pourrait influer sur le sort de la guerre et donc sur la victoire alliée.
Devant cet argument ils ne purent que se déclarer volontaires.

 

baron_wopmay1
« Wop May » – le casse cou professionnel – pas tout à fait un néophyte !

 

baron_wopcrash

Photo de « Wop » May avant la guerre : un as de la voltige habitué à « casser du bois »
Donc une proie pas si facile qu’on a pu le prétendre sans se poser la moindre question 
Dans les conditions décrites par les témoins un novice n’aurait pas résisté plus de dix secondes au Baron.
Où est l’erreur ?

Quant aux tireurs embusqués « Quex » jeta son dévolu sur des mitrailleurs néo-zélandais habitués à chasser les oiseaux dans le bush et leur donna carte blanche quant à leur armement.

D’un commun accord les compères Buie et Evans avaient opté pour des mitrailleuses Lewis munies d’un viseur en forme de collimateur comme on en utilisait dans l’aviation. 
L’officier d’armement failli en avaler sa cravatte car il ne s’agissait pas d’armes réglementaires et il ne disposait que de vickers, lourdes et peu maniables.
Un coup de téléphone le remit à sa place et il fit tout son possible pour dégotter deux Lewis bricolées suivant les instructions.

Il serait évidemment convenu que Brown serait flanqué de trois gardes du corps qui n’étaient pas au courant de l’opération mais qui avaient pour ordre de ne pas le quitter d’une semelle et d’exécuter immédiatement tous ses ordres, même et surtout ceux qui sembleraient inhabituels.

La presse, enfin, serait discrètement convoquée afin de ne pas perdre de temps et de bénéficier de photographies du tableau de chasse.
On trouverait un bon prétexte pour les amener au château de Bertangles, siège de l’ état major de l’aviation alliée, lieu proche du traquenard. 
Il convenait de définir d’une date.
Le 21 avril fut choisi car il fallait que, symboliquement, la mort officielle du Baron Rouge, soit annoncée le jour de la Saint Georges. 
Après il s’agissait d’une simple question d’organisation et de météo favorable.

 

 

La Grande Chasse

 

baron_dri2
Le fokker DRI rouge de Mandred Von Richthofen

Le 21 avril au matin plusieurs escadrilles de bombardement britanniques furent déployées au dessus du front de la Somme entre Péronne et Corbie.
Une multitude de coucous prit donc l’air et remplit le ciel qui était parcouru par de petits nuages cotonneux : une magnifique journée pour prendre des photos ou pour balancer quelques bombes sur les tranchées et les rassemblement.

Des observateurs allemands remarquèrent que les avions étaient fort peu protégés et semblaient évoluer en toute impunité dans le ciel dégagé. 
Ils appelèrent immédiatement le commandement du « Grand Cirque » afin de le prévenir de cette agitation inhabituelle. 
Von Richthofen prit lui-même la décision de lancer toutes les escadrilles dans l’interception de cette force aérienne et prit lui-même le commandement de la Jasta 11.

Quelques minutes plus tard les avions multicolores que les alliés nommaient les « papagei » (perroquets) étaient dans le ciel et volaient à la rencontre de l’immense formation anglaise.
Mais en se rapprochant de celle-ci ils constatèrent rapidement que les chasseurs britanniques étaient également de la partie et en très grand nombre.
L’on à estimé le total des avions en l’air à ce moment à 30 escadrons !
Jamais bataille aérienne n’avait à ce jour engagé autant de protagonistes.
Les Allemands rompirent donc leur impeccable formation pour engager les chasseurs et le ciel éclata alors en une multitude de combats individuels.
Ils se rendirent vite compte qu’ils étaient tombés dans un piège car la supériorité alliée était évidente et de nouveaux chasseurs vert olive à cocarde arrivaient de toute part.
Von Richthofen engagea le combat mais celui-ci était d’une telle intensité que ses ailiés, qui étaient censés le protéger disparurent dans la mêlée.
C’est au moment où il s’apprètait à rompre l’engagement qu’il aperçu un avion anglais, probablement désemparé, qui descendait en filant vers les lignes alliées.
Son instinct de chasseur l’incita à le poursuivre, négligeant alors tous les conseils qu’il n’arrêtait pas de prodiguer à ses pilotes.

 

baron_poursuite1

Le Baron rouge vient de s’engager à la poursuite de « Wop » May
Il fondit donc vers le fuyard et lui envoya une rafale.
Celui-ci effectua une figure étrange et le Baron se dit qu’il avait eu beaucoup de chance.
Au moment où il allait appuyer sur la queue de détente de ses Maxims il entendit une rafale et une gerbe de balles passa au dessus de son avion.
Il regarda dans le petit rétroviseur rond qu’il avait fait installer et vit, derrière lui, une meute de britanniques dans des avions de dernier modèle, les fameux Sopwith Camel, réputés aussi maniables que le DRI mais plus rapide.

 

baron_poursuite2

Mais il est rapidement suivi par Roy Brown

Les trois avions vont bientôt être proches de l’eau A chaque rafale il fit plonger son avion, les balles alliées manquant à chaque fois de toucher l’avion qu’il poursuivait, ce qui limita les tirs.
De son coté il ouvrit plusieurs fois le feu sur ce maudit fuyard qui, étrangement le promenait maintenant au dessus du canal entre deux rangées d’arbres.
Impossible de le toucher !

Il semblait que ses balles étaient attirées par l’eau dont le reflet acier le gênait considérablement.
Tout au bout du canal, sur une butte, il aperçut une cheminée et pensa « ce sera mon point de mire si j’ai un problème »
Et il tira à nouveau, l’avion poursuivi fit une embardée et rasa les arbres mais sans les toucher.
Manfred Von Richthofen eut une sueur froide : ce n’était pas un pilote habituel mais un sacré professionnel bien rompu à des manoeuvres inhabituelles.

Pas un novice !

Il entendit une rafale et se dégagea à son tour, les balles frappèrent l’eau dans une double gerbe qui s’écrasa sur ses lunettes à pans coupés.
Il les essuya d’un revers de manche et retrouva la vision.
Il se trouvait face à une muraille verte et ocre, le fameux Belvèdére Sainte Colette.
Il vira brutalement à droite et fut étonné d’entendre les avions anglais s’éloigner sur sa gauche.
Il n’eut pas le temps de réflèchir et sentit une trerrible douleur près du coeur, il cria de douleur et il vit, à quelques mètres à sa gauche, les flammes de plusieurs mitrailleuses.
Il vomit du sang et prit la direction du point de mire : la cheminée.
Dans un dernier sursaut il réussit à se poser et la dernière chose qu’il vit était une vallée paisible au milieu de laquelle coulait une rivière.
Et il rendit l’âme en s’affaissant lentement sur le manche à balais.

 

Baron_reconstitution

Reconstitution effectuée avec les conseils et photos de Georges Charles
Mais malheureusement les avions sont représentés volant trop haut
Au moment de l’impact un des mitrailleurs entendit un cri du Baron Rouge
La balle mortelle lui pénètra spous les côtes flottantes et ressortir par la poitrine aux environs du coeur ce qui démontre un tir presque horizontal.
La balle qui l’a atteint provenait bien d’un tir provenant du sol. 
Ici le tir de la mitrailleuse est représenté verticalement.
Difficile de bouger les habitudes.
L’halali et la curée
A peine le Baron Rouge avait cessé de vivre qu’une multitude de militaires et de civils arriva sur le lieu à pied, à cheval et en voiture.
Ce fut la grande kermesse.
Les photographes redressèrent la plaque en tôle sur laquelle on l’avait couché et le clichèrent sous tous les angles.

 

baron_mort1

Le Baron Rouge peu de temps après sa mort

la presse était déjà sur place alors qu’il était encore chaud

L’avion fut peu à peu dépouillé de sa toile, de ses instruments et termina en carcasse squelettique. 
On posa fièrement devant les fameuses mitrailleuses Spandau.

Roy Brown, revenu de Bertangles avec plusieurs officiers était le seul à ne pas parader et eut beaucoup de mal à regarder son adversaire mort donc les yeux étaient encore ouverts.
On maintenait à distance les Néo-zélandais tapageurs qui voulaient prendre part au spectacle et qui revendiquaient déjà haut et fort leur victoire sur le pilote allemand. 
Roy Brown ne resta que quelques minutes et repartit l’air sombre et presque courbé en deux à cause de son ulcère qui s’était réveillé de plus belle.

On ne vit pas Wilfrid « Wop » Mai qui avait préféré se reposer à Bertangles et rester seul.
Ni les autres pilotes qui avaient pris part à cette opération et qui avaient été envoyés en permission.

Le sur-lendemain, jour de la Saint Georges, des obsèques solennelles furent organisées à Bertangles en présence de nombreux officiers supérieurs.
Des soldats rendirent les derniers hommages en déposant une gerbe  » A leur valeureux adversaire » et tirèrent trois salves.
Mais une fois de plus les aviateurs canadiens du Squadron 209 qui avaient pris part à l’opération ne participèrent pas à la cérémonie.
Ni Roy Brown qui resta derrière les grilles du cimetière.

Le cercueil du Baron fut porté en terre dans le petit cimetière civil de Bertangles et les gens du village apportèrent quelques fleurs et se recueillirent car c’était quand même un « monsieur » et un bon chrétien puisqu’il était Baron.
Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

 

Le choc

En Allemagne et chez tous ses alliés ce fut un choc immense.
Le preux chevalier rouge avait été abattu par un inconnu qui ressemblait à un petit fonctionnaire à l’air triste et au regard absent.
Tant au front qu’à l’arrière, sans que qui que ce soit ne l’ait demandé, ce fut une journée de deuil national et tous les drapeaux furent mis en berne.
Dans les tranchées on se repassait les journaux sans trop y croire.

La troupe se méfiait des aristos et des Junkers mais respectait les pilotes et suivait leurs exploits et chacun avait en mémoire l’image d’un frèle jeune homme blond et souriant, plusieurs fois blessé et qui faisait son devoir sur le front au lieu de demeurer planqué dans un êtat major de l’arrière comme il aurait fort bien pu le faire depuis longtemps.
Et qui ne manquait jamais de faire chanter son avion lorsqu’il passait au dessus de leur tranchées pouilleuses ni de leur adresser un signe amical.
Ou même de leur envoyer quelques boites de saucisses et du tabac blond.

Les Anglais, toujours fair play, avaient survolé l’aérodrome de Cappy et balancé une magnifique gerbe de fleurs ainsi que quelques effets du Baron, comme sa Croix Pour le Mérite, le « Blue Max », afin qu’on puisse les remettre à sa mère et, surtout, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur son sort.
La Jasta 11, déjà fort éprouvée fut placée sous l’autorité d’un nouveau commandant, un certain Herman Göring qui déclara que le Baron n’avait eu que ce qu’il méritait puisqu’il avait désobéi aux ordres qu’il avait lui-même donnés.

Ce sont à peu près les mêmes paroles que prononça Fonck quand il apprit que Guynemer s’était fait descendre ! 
Et il ajouta qu’il allait reprendre les choses en main.
Les pilotes comprirent que quelque chose venait de changer.

 

baron-goring

Herman Göring ou Goering qui remplacera le Baron Rouge à la tête de l’Escadrille Richtofen »
On passe du baron-chevalier au reître.

A Londres « Quex » referma le dossier.

Il se tourna vers Sir Mansfield Smith-Cumming et dit simplement
 »La pièce vient de se terminer et le rideau est tombé, il est probable que certains se poseront des questions mais elles porteront uniquement sur la polémique entre les pilotes et les mitrailleurs et contrairement au théâtre il n’y aura ni rappel ni critiques. Cette opération n’aura pas permis de gagner la guerre mais elle aura contribué à la victoire des alliés en affaiblissant le moral de l’ennemi au bon moment. Et c’est cela seul qui compte, le reste n’est que bagatelles « . 
Smith-Cumming eut un sourire fatigué, posa sa pipe, et marmonna 
 »En effet, Sinclair, cela seul compte. Il faut parfois fermer les yeux et penser à l’Angleterre ».

 

 

Et alors ?

Il s’agit, bien évidemment, d’une autre vision des choses et il est préférable, bien évidemment, de ne se poser aucune question et d’avaler la version « officielle » surtout lorsqu’il n’y a jamais eu de version officielle.
La seule polémique comme le prévoyait Hugh « Quex » Sinclair eut lieu entre la version des aviateurs et celle des mitrailleurs.
On attribua tout d’abord la victoire à Roy Brown puis on la partagea, ensuite, avec Buie et Evans à la suite de leur réclamation et des faits qu’ils exposèrent.

Et on en resta là préférant invoquer le hasard d’un coté ou la malchance de l’autre.
Et en balayant d’un revers de main dédaigneux toutes les coïncidences, donc les faits.
On trouva normal qu’un novice, May en l’occurence, ai pu échapper, par hasard, au Baron Rouge.

Celui-ci, après la guerre retourna au Canada et continua à organiser des meetings aériens et des exhibitions acrobatiques.
Drôle de novice qui était par ailleurs lieutenant directement placé sous les ordres du capitaine Roy Brown qu’il connaissait parfaitement pour avoir, tous deux, fait partie de la même promotion d’école de pilotage.
Et qui abattit sept avions en trois semaines.

On trouva normal que quatre pilotes alliés cessèrent tout à coup de poursuivre un seul avion et rompirent le combat alors que leur supériorité numérique était évidente.
En toute autre circonstance cela aurait immédiatement valu le conseil de guerre.

On trouva normal que la presse fut presque immédiatement sur le lieu où le Baron Rouge avait été descendu alors qu’on était en pleine guerre.

On trouva normal que des mitrailleurs qui auraient du se trouver à quinze km de là aient pu prévoir ce qui allait se passer et aient été dotés de mitrailleuses non réglementaires et trafiquées.
Et qu’à l’endroit où ils étaient placés, au dessus des étangs de Vaux, ils étaient parfaitement inutiles puisque le front allemand se trouvait ailleurs et qu’aucune attaque terrestre ne pouvait y avoir lieu.

On trouva normal que cette affaire ayant été réglée on ne trouve aucun objectif à l’immense déploiement de bombardiers et d’appareils d’observation au dessus d’un secteur calme du front.

On trouva normal que personne ne se pose la moindre question et que le plan de vol décrit dans les commentaires et sur les plans de la reconstitution ne corresponde aucunement à la réalité puisque les témoignages d’époque des protagonistes et des témoins visuels attestent que les avions volaient presque au ras du sol et non en plein ciel comme on a tenté de le faire croire et comme ont tente encore de le faire croire dans des illustrations récentes.

Pourquoi ?

Simplement par paresse, par facilité, par conformisme, par habitude et un peu par lâcheté puisqu’il faudrait contredire la thèse habituellement admise et qui, nécessairement, fait force de loi. 
A cause ou grâce au politiquement correct. 
Parce qu’avant la contre-enquête personne ne s’était rendu sur place pour vérifier, de visu, les hypothèses en cause, sauf quelques touristes allemands ou canadiens.
Et parce que le Baron Rouge a été mis à toutes les sauces et est une bonne image marketing pour vendre de tout et n’importe quoi, il suffit de le constater sur le Web.

Le dernier poilu étant disparu la mémoire doit maintenant s’éveiller.
De la chrysalide il faut passer au papillon.

Et quatre vingt dix ans après, jour pour jour, avoir une pensée pour cet aviateur hors pair qui fut, certe, un ennemi mais qui est aussi un symbole éternel : celui de la jeunesse sacrififé au profit de ceux que la guerre a toujours enrichi et pour qui la vie humaine ne compte pas.

 

baron_rothelm

La capuche de vol du Baron Rouge – le chaperon rouge –
« Mère-Grand comme tu as de grandes dents ! » 
 »C’est pour mieux te croquer mon enfant ! »
Il n’y a que les enfants naïfs et les historiens pour croire aux Contes de Fées !

Et au hasard.
« Ma conscience est une brave fille avec laquelle j’ai toujours eu quelques arrangements »
« En temps de guerre la vérité nue doit toujours se dissimuler derrière quelques épais nuages »
« La première victime de la guerre est la vérité
La seconde victilme de la guerre c’est les Dix Commandements »
Winston Churchill qui dirigea activement le MI6 pendant toute la durée de la seconde guerre mondiale.
« Tout l’art de la guerre réside dans la duperie » Sun Tzu 

Les 13 chapitres de Sun Tsu (Sunzi) furent traduits en anglais par Charles George
Gordon alias « Chinese Gordon » alias « Gordon Pacha » le maître à penser de Lawrence d’Arabie.

 

baron_pourlemerite

La prestigieuse décoration allemande « Pour le Mérite » – en français dans le texte !
Les aviateurs la nommaient « Blue Max » en la mémoire de Max Immelman, l’Aigle de Lille 
Mandred Von Richthofen la portait sur son uniforme en dessous de sa combinaison de vol
Elle fut renvoyée à sa mère avec quelques effets personnels par les Anglais toujours très « fair-play ».

 

LA FIN ETRANGE DU FILM ALLEMAND « BARON ROUGE »

DE NICOLAI MULLERSCHON

rotebaron4

Le samedi 15 août 2009 Canal + à programmé à 20H45 le film « Baron Rouge » de Nicolaï Mullerschön (Der Rote Baron – 2007).
Ce film est inédit sur les écrans français et était plus probablement destiné à un public germanique et éventuellement anglo-saxon.
Surtout saxon. 
Le Baron Rouge y est interprété par l’acteur allemand Matthias Schweighöfer et Roy Brown par le ténèbreux britannique Joseph Fiennes.

 

rotebaron1

Matthias Schweighöfer dans le rôle du Baron Rouge
Quand on demanda à Ernst Udet (60 victoires) de devenir conseiller technique pour un film sur le Baron Rouge dans les années trente il répondit sêchement « Von Richthofen est trop grand pour Hollywood » Et il aurait eu d’autant plus raison pour cette version allemande !
Il y est surtout question de l’intrigue sentimentale nouée entre le Baron et son infirmière Käte Otersdorf reprenant, en quelque sorte, le thème du « Crépuscule des Dieux » (The Blue Max – 1966) où Georges Peppard tombait amoureux de Ursula Andress.
Mais on est quand même à des années lumières du soufle épique qui animait ce film qui alors ne bénéficiait pas des effets spéciaux numériques !
En fait tout le film est basé sur une photographie où on voit Mandred Von Richthofen, la tête bandée, en compagnie de cette infirmière belge d’origine allemande, assez jolie de surcroit.

Photographie qui fut largement diffusée à l’époque car certains insinuaient assez lourdement que notre fameux Baron Rouge préfèrait les amitiés particulières.
Mars without Vénus !
 »Nobody is perfect » comme aurait dit Chinese Gordon.
Quoi qu’il en soit notre Baron finit, dans ce film, par ressembler à un caniche entiché d’une sufragette.
C’est le coté « romantique » de nos amis d’outre-Rhin.
Il suffit juste de regarder les photos d’époque pour se rendre compte qu’entre Schweighöfer et Von Richthofen il existe une petite différence pour ne pas dire un abime difficile à combler.

 

rotebaron3

Il est trop mignon le petit baron !
On n’est pas tout à fait sur le même romantisme ! 
Passons allégrement sur les invraissemblances historiques qui font rencontrer Richthofen et Brown, lequel joue les beaux ténébreux à la Maximillian Schell, sur la caricature volante de Hawker barbu obèse et braillard dont l’avion se retrouve affublé de « la mort qui fauche » emblème de l’escadrille française SPA 94, sur les décors loufoques des avions de la Jasta 11 et sur le fait que le metteur en scène ait cru bon, ou « romantique » d’affubler les pilotes allemands de tenues de repos dignes de ceux de la RAF pendant la Bataille d’Angleterre (les Allemands ne s’en sont jamais remis d’avoit été battus par des blondinets pas rasés aux pulls troués aux manches et mâchonnant des pipes de bruyère tout en buvant du thé avec des scones tartinés à la confiture de myrtille pour accroître leur acuité visuelle !).

De là à entretenir un vieux complexe il n’y a qu’un pas visible dans le film. 
Passons.
Passons également sur le fait que les Allemands d’aujourd’hui se sentent toujours obligés de préciser, lourdement, qu’il existait même, à l’époque, des pilotes juifs.
Comme si nous en doutions encore un seul instant.
Il suffit de se rappeler des exploits de Wilhelm Frankel, l’un des plus grands as allemands de l’époque, titulaire du Blue Max, pour s’en persuader simplement. 
Il devait même y avoir, peut-être, quelques pilotes catholiques, protestants, agnostiques, athées, francs-maçons, rouquins, gauchers !

Mais si le film avait été américain il est probable que nous aurions eu droit à un co-équipier noir ou Porto-Ricain !

 

rotebaron2

Joseph Fiennes dans le rôle de Roy Brown.
 Le beau ténébreux viendra-t-il à bout du petit blondinet ?
Donc ne nous plaignons pas trop. 
Le film est sorti en salle, en Allemagne, le 31 mars 2008, juste avant le 90eme anniversaire de la mort du Baron Rouge. 
Mais très étrangement le film fait l’impasse sur le « dernier vol du Baron Rouge » !
Donc sur la mort de Von Richthofen.

On voit le Baron partir pour ce dernier vol du 21 avril 1918.
Puis Käte Osterdorf, la fameuse infirmière, venir se recueillir sur sa tombe accompagné de Roy Brown qui lui restitue l’écharpe blanche du Baron.
Entre deux il y a un trou noir.
Et le film conclut « La victoire a été attribuée à Roy Brown mais on ne saura jamais réellement qui a tué le Baron Rouge !

 » 
Si j’étais juste un peu mégalo je me dirais « tiens, tiens, est-ce qu’une certaine contre-enquête n’aurait-t-elle pas quelque peu influé sur cette fin étrange où, pour une fois, la vérité « historique officielle » n’aura pas été imposée ? » 
C’est probablement pour cela que le « dernier combat » aura été évité car il aurait obligé à une remise en cause probablement dérangeante pour la morale de l’histoire.
Si il reste une raison, une seule, d’aimer ce film elle réside dans cette absence, donc dans cette porte ouverte vers une autre vérité ou du moins vers une autre réalité.

Pour retrouver la contre-enquête plus complète sur le 
 »Dernier vol du Baron Rouge » : cliquer ici

 

index-baron1_r2_c2

Georges Charles tient ici à saluer la mémoire de Sir Cecil Ronald Sinclair 
Officer RNAS Lt Cdr VC DFC – et de Fernande Sinclair-Charles, son épouse.

 

Baron-sirronald_sinclair

Sir Cecil Ronald Sinclair et Georges Charles 
La mémoire s’est transmise.