Coronavirus et Confucius

Par Georges Charles

Il y a déjà quelques années en Chine une épidémie se répandit dans la population. On la nomma ici SRAS ou Syndrôme Respiratoire Aigu Sévère. Il s’agissait, en réalité d’une pneumonie atypique. Le virus 219-nCov appartenait à la famille des coronavirus. D’après les chercheurs il s’était transmis à l’homme par le biais de la consommation de viande de civette asiatique (paradoxurus hermaphroditus) littéralement « paradoxalement hermaphrodite ». Avec un nom pareil type « transgenre » on aurait déjà du se méfier. Traditionnellement on consommait les grains de café contenus dans les excréments de ce petit animal aussi nommé civette palmiste ce qui ne posait généralement aucun problème. Puis on eut l’idée géniale de bouffer la bestiole considérée comme « un super chat ». De « Super-Cat » à « Super Bat » il n’y avait plus qu’un pas à franchir.

La civette asiatique qui est à l’origine du SRAS

Déjà les Thaïlandais et les Mélanésiens proposaient dans leur cuisine « ancienne » (d’après Chulalongkorn University) des soupes à base de sang de pigeon, de chauve souris ou de roussette (renard volant). Mais les autorités ayant constaté plusieurs cas ayant entraîné la mort interdirent cette consommation. 
Et c’est en Chine que le phénomène apparut récemment. L’année chinoise du Rat y est probablement pour quelque chose puisque le « rat volant » (Bian Fu ou Pien Fou) ou « Rat de Bonheur » n’est autre que la chauve-souris ! En Chine ce petit animal volant est le symbole du bonheur et volette nécessairement autour des taoïstes et de leurs temples répandant dans l’atmosphère des bienfaits.

Chauve souris ou Rat du Bonheur. Ici une roussette ou renard volant (Acerodon jubatus).

C’est donc une « super-souris » ou un « super-rat » puisque les deux bestioles sont confondues en un seul caractère. De là à imaginer une « super-soupe » de Nouvel An du Rat la tentation était trop forte. Une soupe de « Batman » en quelque sorte. En France l’hirondelle porte bonheur, le trèfle à quatre feuilles et le fer à cheval aussi. Mais il ne nous viendrait pas à l’idée de proposer une soupe au nid de martinet ni un fer à cheval farci d’une purée de trèfles. En Chine, c’est Lin Yutang (1885 1976) qui l’affirme dans « L’importance de vivre »

« la chirurgie n’a pas pu se développer car le médecin devant le foie de son patient se demandait d’abord si il conviendrait de le cuisiner au gingembre ou à la ciboule ».

C’est tout dire. A Canton (Guangdong), capitale gastronomique de la Chine du Sud, il existe un adage qui dit :

« A Canton on mange tout ce qui a quatre pattes sauf les chaises et les tables, tout ce qui flotte sauf les bateaux et tout ce qui vole sauf les avions ».

La tentation, imbécile, fut donc trop forte une fois encore. Et les chauve-souris, qui n’étaient pas chauves et qui ne se marraient pas, passèrent à la casserole. Et leur vengeance fut terrible car ces animaux sympathiques on plus d’un tour dans leur sac. Après la nature a fait le reste et le virus est probablement passé dans le chat, le chien, l’ours, le pangolin ou que sais-je encore que certains Chinois consomment encore pour la santé. On n’est pas loin des pattes d’ours, du fiel d’ours, des griffes et dents de lion ou des cornes de rhinocéros et autres poudres de perlimpinpin issues des « os de Dragon ». Des bibliothèques antiques comprenant des dizaines de millions de caractères ont ainsi été détruites jusqu’a ce qu’un pharmacien français, Jean Léon Soubeiran, professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris, en visite vers 1850, dans une officine découvre horrifié la réalité. On y broyait pour confectionnes des potions « magiques » des carapaces de tortues, des os de félins ou de bovins comportant la sagesse plusieurs fois millénaire de la Chine. Contenue dans une écriture antique dite « ossécaille » ou Jiaguwen. Il était heureusement accompagné d’un Consul de Chine qui prit immédiatement des mesures pour sauvegarder ce patrimoine extraordinaire. Cette découverte fut revendiquée par le Chinois Wang Yirong (1845 1900). Mais l’étude de Soubeiran, relatée dans une thèse, est antérieure aux recherches du Chinois. Et paf ! A la décharge de la Chine des études médicales et pharmacologiques d’une importance essentielle ont mis des années et des années à intéresser la médecine occidentale. C’est le cas pour l’armoise à fleurs jaunes annuelles (Artemisia annua) (Qinghao ou Duang Hua Hao)citée dans les grottes de Long Men (IXe siècle) et qui est un remède exceptionnel pour traiter et soigner le paludisme, la malaria mais aussi de nombreuses affections causées par les piqûres d’insectes. La Chinoise Tu Youyou attendra plus de quarante ans pour recevoir son Prix Nobel de Médecine concernant ses recherches et découvertes sur l’artémise. Recherches qui déplaisent évidemment à certains labos occidentaux produisant des produits dérivés de la quinine. Citons également le « champignon parfumé » alias Mu Xiang en chinois et Shiitake en japonais, champignon connu depuis des siècles mais reconnu il y a seulement quelques année en Occident pour ses vertu anticancéreuses et antitumorales et duquel on extrait désormais le lentinan, substance présente dans la plupart des trithérapies (cancers, sida…).

Donc d’un côté des poudres de perlimpinpin issues d’un univers fantasmagorique et de l’autre une médecine classique répondant à des critères plus que respectables. De même pour la cuisine. D’un côté une cuisine très classique aux règles plus que trois fois millénaires (Yin Yang Wuxing), que Confucius aimait à citer, et de l’autre une cuisine digne de la décadence romaine et ses vulves de truies farcies aux figues. Une cuisine de nouveaux riches s’accommodant de tous les excès et nourries de fables sans le moindre fondement mais qui profite au trafic d’animaux sauvages bien souvent protégés. Avec les dérives que l’on sait. Et sur laquelle la Chine ferme les yeux. Si on revient à la fameuse chauve-souris, celle-ci avait déjà été incriminée dans la fameuse « malédiction de Toutankhamon » où plusieurs personnes qui avaient pénétré dans le tombeau du jeune pharaon étaient décédées quelques temps après. Un cartouche en hiéroglyphes placé à l’entrée de la chambre mortuaire déclarait « la mort touchera de ses ailes celui qui entrera ici ». A l’époque cela fit pas mal de bruit et la cause des décès fut attribuée aux excréments de chauve-souris. Bien évidemment lors de la récente exposition au Grand Palais on évita soigneusement d’évoquer cette malédiction. Admettons qu’il faut bien mourir un jour ou l’autre mais l’on n’aime point trop en parler. Si ce n’est Wang Yang Ming qui explique

« Avant de vivre vous n’aviez pas peur de naître n’ayez donc pas peur de mourir ».

Que dit la tradition classique ? 
A commencer par ce cher Confucius alias Maître Kong.

Confucius hormis quelques recettes de cuisines, ou conseils en assaisonnements, ne craignait pas de donner, également, des conseils écologiques de première valeur en se référant au Livre des Rites (Li Ji).

Un des commentaires précise même « Confucius lorsqu’il était jeune avait la charge de ses parents. Pour les nourrir il était donc contraint de chasser et de pécher. Mais il ne tirait jamais sur un oiseau posé et n’utilisait jamais un filet afin de laisser une chance à ces animaux. Quand on observe comme Confucius jeune était bon avec les animaux on imagine quelle fut sa bonté à un âge plus avancé vis à vis des hommes »

Belle leçon que nos amis Chinois, qui se piquent de Confucius à toutes les sauces, feraient bien de méditer en matière de nourriture et de potions magiques !

Wang Yang Ming

Son lointain disciple Wang Yangming (Wang Shuren ou O’Yomei au Japon) (1472 1529) philosophe et homme d’action, ancêtre de Wang Zeming (Wong Tse Ming, Tai Ming Wong) (1909 2002), Professeur de Georges Charles qui sera désigné comme son successeur en titre (Mémorial de Shenzhou dans le Hebei « Sur le Terre Sacrée du Xingyiquan » est encore plus direct concernant la Bienveillance (Ren) que certains persistent malheureusement à nommer « humanité ».

« A la vue d’un enfant sur le point de tomber dans un puits, serait-ce le fils se son pire ennemi, il ne peut réprimer un sentiment d’effroi et de pitié et se précipiter pour retenir l’enfant. Certes l’enfant appartient à l’espèce humaine (humanité) mais devant les cris apeurés et pitoyables de bêtes sur le point d’être massacrées il ne pourra d’avantage supporter ce spectacle, sa bienveillance faisant alors corps avec toutes ces bêtes. Mais les bêtes sont douées de conscience ; or à la vue de plantes menacées de destruction, il ne pourra s’empêcher de ressentir de la commisération, sa bienveillance (Ren) faisant corps avec ces plantes. Les plantes sont malgrè tout des êtres vivants mais devant des débris de tuiles et de pierres, il sentira son cœur se serrer, sa bienveillance faisant également corps avec ces détritus. » (Daxue Wen ou Questions sur le Grande Etude Wang Yang Ming Quanji 2 page 968)

Suivant Wang Yang Ming il est donc nécessaire d’élargir cette bienveillance, cette bonté issue de Tao et ne pas se limiter à ses proches. Si on est simplement humain comment peut-on se réjouir au spectacle de la souffrance d’autrui ? D’un enfant, fut-il étranger, que l’on maltraite ; d’animaux que l’on massacre pour le simple plaisir ; d’un arbre que l’on abat ou d’un site que l’on détruit. 
Wang Yang Ming est l’un des quatre philosophes de la Chine a avoir sa statue dans le Temple de Confucius à Qufu. Longtemps en disgrâce il retrouve une période de renouveau et on trouve même ses ouvrages dans les aéroports chinois. Un pont situé près de Hangzhou a été rebaptisé Pont de Wang Yang Ming et inauguré par le Président Xi Jinping récemment. Le philosophe y tenait des discussions qui étaient très suivies par la population. 
Wang Yang Ming passe, en Occident, pour un « néo confucianiste » alors que sa doctrine essentielle se résume en « San Jiao He Yi » « Les Trois Doctrines (« s’harmonisent ») ne font qu’Un » . Il est donc à la fois néo-confucianiste, néo-bouddhiste et néo-taoïste. Et le « néo » est réellement de trop.

Zhuangzi (Tchouang Tseu) et Yangzi (Yang Tseu) Philosophes taoïstes


« Ceux qui se dévoient sont comme la vermine dans les poils d’un cochon. Ils oublient qu’un jour le Grand Boucher viendra avec son grand couteau et une torche enflammée, qu’il étalera de la paille, tuera le cochon et le brûlera. Et la vermine disparaîtra. »

Zhuangzi
 On pourrait presque ajouter enfin ! 
Il demeurera le cochon qui, visiblement est la Terre. 
Qui est « Le Grand Boucher » ? Probablement le climat.

« Si il fallait que je sacrifie une rognure d’un de mes ongles pour sauver cette planète, j’hésiterai ! » Yangzi.

Pas très rassurants, parfois, les taoïstes.
Mais ils ont coutume d’affirmer « Avant il y avait déjà « quelque chose », après il y aura « autre chose » encore. Donc c’est kool.

Le Prince Liu Han neveu du fondateur de la Dynastie Ha, auteur de Huai Nan Tseu (Houainanzi)


« Lorsque la Terre peut facilement se passe de l’Etre humain, l’être humain ne peut pas se passer de la Terre. L’être humain a simplement intérêt à respecter la Terre ».

En 200 Av. J.C. Voilà qui est simplement dit, pas besoin de danses du ventre ou de petits zoziaux ni de princesses et de lapins roses.

Bouddhisme Chan (…ou Son…ou Zen…)
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Maître le Bouddha réside-t-il dans ce chien ?
 WOU ! fait le Maitre comme si il aboyait. Le Disciple reçoit alors l’illumination.
 Le Maître chinois répond « NON ! » en aboyant très fort et le disciple tombe à la renverse.

Malheureusement en japonais (et en français !) le Gong An (Koan) n’a pas la même valeur puisque le chien ne peut pas dire MOU ou NON ! Cela ne marche qu’en chinois !

Le disciple : « Maître, le Bouddha réside-t-il dans ce chien ?
 Le Maître : « Oui, dans ce chien et même dans cette fourmi et jusque dans l’excrément de cette fourmi. Si le Bouddha est omniprésent il réside en tout temps et en tous lieux »

Un Maître plus actuel ajoutera « L’univers est une chiure de fourmi sur la sandale du Bouddha ».
 Ce qui remet l’univers, fût-il chinois, à sa juste place.

Photo prise par « Shawei » Xavier Garnier dans un aéroport chinois.

Le titre de l’ouvrage est un adage très connu de Wang Yang Ming : « Zhi Xing He Yi » (Connaissance et action ne font qu’un » (Harmonie dans l’Unité entre savoir et faire…mais aussi on ne peut pas penser une chose et en faire une autre. Ce qui se résume par « je pense donc j’agis).

Laozi ou Lao Tseu.

« Après la perte de Tao vient efficace (Te ou De – la vertu, celle des plantes ou du Prince de Machiavel). Après la perte de efficace (de) vient bienveillance (Ren ou Jen) (et non pas l’humanité qui ne concerne que certains humains). Après la perte de bienveillance vient équité (Yi) ( et non pas la justice qui, selon Clémenceau est au Droit ce que le bordel est à l’amour. Il faut rendre à César ce qui est à César mais à chacun ce qui lui est du). Après la perte de équité vient politesse (Li) (ce qui émane du rituel lorsqu’il est sincère).

On retrouve ce commentaire dans plusieurs autres textes dont le Houai Nan Tseu du Prince Liu Han, neveu du fondateur de la dynastie Han…et du peuple des Han, donc des chinois qui se prétendent toujours Han. La vertu, l’efficace, ne consiste pas à se rendre malade en utilisant des produits dits de santé. Il convient alors de « rendre aux mots leur juste valeur », de les « rectifier »

‘Zheng Ming. Et de ne pas dire une chose et d’en faire une autre non conforme à Tao.

En résumé la Chine est un immense pays avec une immense histoire et une immense philosophie (les Occidentaux disent « pensée » car à leurs yeux seules les Grecs, les Romains ont droit à appellation contrôlée de « philosophes ». Et aussi quelques Français et quelques Allemands aux noms imprononçables – comme dirait Donald Trump. ) et des sources de sagesse et de bon sens âgées de plusieurs millénaires. C’est donc un sacré modèle. Mais, malheureusement, parfois, c’est un mauvais exemple surtout lorsqu’elle trahit elle-même ce patrimoine et qu’elle se livre à des excès contraires à cette sagesse et à ce bon sens. Et, malheureusement, ce sont toujours les Chinois qui sont les premières victimes.

La Duchesse ou Marquise de Dai
La Noble Dame Xin Zhui est décédée en 165 Av.J.C. et a été inhumée dans un tombeau dit de Mawangdui (Tombeau du Roi Chevalier) près de Changsha. Ce tombeau a été ouvert lors de fouilles se sauvegarde en 1972. Les archéologues y trouvèrent la dépouille de cette Dame qui était la femme du Premier Ministre du Roi de Qin. Mais également un très important matériel funéraire (Ming Yi) dont une bibliothèque, des soieries et des laques, un grand banquet et une imposante pharmacopée. Comme si cette Dame avait souhaité que l’on puisse témoigner de la richesse culturelle de son époque. Pas d’imposantes richesses mais des objets d’un grande qualité artistique. Dans un couffin portant la mention « Cornes de rhinocéros » on trouve effectivement ces fameuses cormes mais sous la forme de reproductions en bois accompagnées d’un mot de l’Intendant précisant :
 » La Duchesse m’a demandé de remplacer les cornes de rhinocéros par des reproductions en bois car elle trouve inconvenant de tuer de si nobles animaux pour traiter des maladies vulgaires » .
La corne de rhinocéros passait et passe toujours pour résoudre des problèmes de bandaison, comme aurait dit Brassens. La Duchesse qui pratiquait le Daoyin (Tao-Yin ou Do In en japonais) était donc bien en avance pour son époque dans le domaine de la protection des animaux et dans un certain état de conscience que bon nombre de nos contemporains soit loin de posséder. Parmi les ouvrages de la bibliothèque figure un « Traité du Daoyin » (Daoyin Tu) qui est un témoignage historique de la pratique de cette « gymnastique du Tao » deux siècles avant notre ère.

Dernière minute : 
Suivant l’AFP (dépêche du 24/02/20 à 14H26) La Chine décide d’interdire complètement le commerce d’animaux sauvages notamment destinés à l »alimentation humaine. « Il convient d’abolir l’habitude de consommer des animaux sauvages et de protéger efficacement la santé et le vie de la population ».
Cette information est diffusée en permanence sur la télévision d’Etat CCTV. De très fortes amendes et des peines de prison seront requises pour ceux qui transigeraient cette interdiction.
Finalement ce n’est pas trop tôt !

Georges Charles vous conseille un exercice de Qigong médical pour renforcer le Qi de vos organes donc le système auto-immunitaire.
Il est issu du Ling Baoming Xiao Dan bai Daoyin Qigong « Pratique Energétique de la Petite Réalisation de la Clarté du Joyau Ecarlate »
http://tao-yin.fr/exercice-de-grande-tonification-organique/

La Loi de l’évolution
Question masques de protection on est passés en quelques siècles du corbeau, ou de la corneille, vers le canard. Ni plus ni moins.
Sauf qu’à l’époque (XVIe XVIIe) on remplissait la base du masque, le bec, de plantes médicinales. Le canard se contente de barbotter. Coin Coin.

Le fameux Docteur Diafoirus à l’époque de Molière. Il lui manque juste les gants.

Le Professeur Canaerdo à notre époque. Il se protège du « connard de virus » comme il peut !

 

Et en parlant de Pangolin…

 

Crédits photo : Wikipédia, Pixabay, Georges Charles.